XII.

Dans le deuxième livre de _la République_, après avoir magnifiquement

développé cette idée de la divinité de la justice, le dialogue passe

du particulier au général. On examine si la justice, vertu de

l'individu, n'est pas logiquement aussi vertu de l'État.

«Qui est-ce qui a donné naissance aux États?

«Voyons, dit Socrate: c'est, selon moi, l'impuissance de chaque

individu isolé de se suffire à lui-même. Ainsi, le besoin d'une chose

ayant poussé un homme à se joindre à un homme, la multiplicité des

besoins a réuni dans une même demeure plusieurs hommes pour

s'entr'aider, et nous avons donné à cette association le nom dérivant

d'État.»

Les fondements de l'État sont donc nos besoins, et, de cette vérité,

Platon, dérivant tout à coup des spécialités de besoins, qui demandent

des spécialités de fonctions pour les satisfaire, établit des

catégories de citoyens et des castes de professions correspondantes à

tous ces besoins.

On voit tout de suite ce que devient la liberté matérielle, morale et

politique de l'individu. Puis il passe à la catégorie capitale des

gardiens de l'État, les soldats, et, dans la vue de former cette

catégorie de défenseurs de l'État avec toutes les conditions et les

vertus de la profession, il se jette dans des utopies presque aussi

révoltantes et aussi absurdes que les utopies des blasphémateurs de la

propriété, des destructeurs de la famille et des expropriateurs de nos

jours.

Et d'abord, il s'occupe de leur éducation sur les genoux des

nourrices; il en exclut les fables qui défigurent les dieux dans

l'imagination de ce premier âge; il prescrit pour cela des règles aux

poëtes, pour qu'ils n'attribuent aux dieux, dans leurs oeuvres, que le

bien et jamais le mal; il leur défend de faire craindre la mort à ces

hommes par la déception des enfers; il n'autorise le mensonge que

dans les magistrats, pour l'utilité du peuple, maxime honteuse qui

honore dans l'État le crime contre la vérité puni dans le citoyen,

sophisme qui rappelle les deux morales de Machiavel, de Mirabeau, de

tous les faux politiques, une morale pour la vie privée, une pour la

vie publique; absolution philosophique des crimes d'État.

Platon flétrit ensuite Homère, pour avoir donné aux dieux des passions

humaines.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 128 / 228 题