Il y a deux sciences, continue le platonisme: l'une, qui vient par les
sens, et qui est faible, étroite, fautive, subalterne comme les sens;
de ce genre sont les mathématiques elles-mêmes, qui ne définissent que
des choses matérielles elles-mêmes comme les sens, _espaces_,
_étendues_, _nombres_, etc.
L'autre science, qui préexiste en nous, et qui est en nous une sorte
de réminiscence des choses divines, est la science de ce qui est et ce
qui doit être en soi-même, de ce qui est conforme au modèle intérieur
divin des choses, le beau, le bon, le juste, le saint, le parfait,
l'absolu, l'idéal, comme nous disons aujourd'hui.
Platon dégage de cette théorie toutes les applications morales ou
politiques qui en découlent. Sa théologie et sa législation sont d'une
seule et même nature: l'idéal de la perfection.
Une seule chose l'embarrasse dans cette théologie, c'est l'existence
de la _matière_; il ne veut pas la reconnaître divine, et cependant il
ne veut pas reconnaître que Dieu ait pu créer, lui esprit, une
substance si étrangère à sa perfection; il fait donc coexister la
matière avec Dieu.
Les théogonies indienne, persane, égyptienne, biblique même, qui
toutes présentent au commencement une sorte de matière confuse et
inorganique, nommée chaos, sur laquelle Dieu opère, en apparaissant,
la forme, la vie, l'ordre, la lumière, la beauté, ont donné l'exemple
de cette erreur.
Ici encore, Platon se trouble et balbutie comme tous ses
prédécesseurs, faute de reconnaître son insuffisance à expliquer
l'inexplicable, et à prononcer le grand mot de mystère, seule
définition des opérations de Dieu.