II.

Il y a deux sciences, continue le platonisme: l'une, qui vient par les

sens, et qui est faible, étroite, fautive, subalterne comme les sens;

de ce genre sont les mathématiques elles-mêmes, qui ne définissent que

des choses matérielles elles-mêmes comme les sens, _espaces_,

_étendues_, _nombres_, etc.

L'autre science, qui préexiste en nous, et qui est en nous une sorte

de réminiscence des choses divines, est la science de ce qui est et ce

qui doit être en soi-même, de ce qui est conforme au modèle intérieur

divin des choses, le beau, le bon, le juste, le saint, le parfait,

l'absolu, l'idéal, comme nous disons aujourd'hui.

Platon dégage de cette théorie toutes les applications morales ou

politiques qui en découlent. Sa théologie et sa législation sont d'une

seule et même nature: l'idéal de la perfection.

Une seule chose l'embarrasse dans cette théologie, c'est l'existence

de la _matière_; il ne veut pas la reconnaître divine, et cependant il

ne veut pas reconnaître que Dieu ait pu créer, lui esprit, une

substance si étrangère à sa perfection; il fait donc coexister la

matière avec Dieu.

Les théogonies indienne, persane, égyptienne, biblique même, qui

toutes présentent au commencement une sorte de matière confuse et

inorganique, nommée chaos, sur laquelle Dieu opère, en apparaissant,

la forme, la vie, l'ordre, la lumière, la beauté, ont donné l'exemple

de cette erreur.

Ici encore, Platon se trouble et balbutie comme tous ses

prédécesseurs, faute de reconnaître son insuffisance à expliquer

l'inexplicable, et à prononcer le grand mot de mystère, seule

définition des opérations de Dieu.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 118 / 228 题