III.

On a vu cependant combien, dans le _Phédon_, cette philosophie

spiritualiste, la seule vraie, la seule noble, la seule honnête dans

ses conséquences, produit la moralité dans les paroles, dans la vie et

dans la mort de Socrate. Quand on a lu cette mort dans le _Phédon_, on

se sent comme un air de joie et de fête dans l'âme; on croit sortir

d'un banquet au lieu de sortir d'un supplice. Une émanation du ciel a

découlé sur la terre de cet holocauste d'un philosophe à la vérité,

d'un homme de bien à la vertu, et d'un mourant à l'immortelle

espérance.

Mais, nous le répétons avec douleur, là s'arrête la divinité

philosophique de Platon; presque dans tous ses autres dialogues le

saint disparaît, le rhéteur se montre, argumente, et le dialecticien,

faisant un ennuyeux abus de la parole, se livre à des puérilités

d'esprit qui font rougir le génie grec.

Nous ne vous en donnerons ici qu'un exemple; il y en a presque autant

que de pages dans ce pire des jeux d'esprit, _le jeu de mots_, le son

pris pour l'idée, la parole pervertie de son sens.

Ouvrez le dialogue intitulé l'_Euthydème_. M. Cousin, justement

scandalisé, n'y voit qu'une simple parodie des sophistes; mais

l'argumentation sophistique est trop semblable à d'autres

argumentations employées très-sérieusement et très-habituellement par

Platon, pour n'y pas reconnaître la manière de Platon lui-même.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 119 / 228 题