I.

Toute la substance et toute la beauté de la philosophie de Platon, ou

plutôt de Socrate, sont contenues dans le sublime dialogue du

_Phédon_, que nous venons de lire ensemble. Cette philosophie peut se

résumer en ces mots:

L'intelligence humaine n'est que le reflet de l'intelligence divine;

nos idées ont leur source et leur type en Dieu, idée et type suprême

de tout ce qui est dans l'ordre moral comme dans l'ordre matériel.

Les idées de Dieu sont le moule et le modèle de tout, la raison

efficiente de toute beauté et de toute bonté dans les choses. Ces

idées ne nous sont point données par les sens; les sens, étant

matière, ne peuvent pas penser, ni par conséquent produire les idées.

Les idées sont nées avec notre âme, et ne font que s'appliquer,

pendant notre existence terrestre, aux phénomènes qui sont sous notre

perception.

Comment l'âme, qui est immatérielle, peut-elle agir sur nos sens, qui

sont matière? et comment les sens, qui sont matière, peuvent-ils agir

sur l'âme immatérielle? Platon s'arrête ici comme l'esprit humain; il

s'embarrasse dans ses paroles équivoques, et il ne conclut pas, parce

qu'il n'y a évidemment rien à conclure.

Un seul mot explique cette inexplicable union de l'âme et du corps, et

ce mot est: mystère.

La philosophie arabe dit seule le vrai mot de ce mystère, comme la

philosophie du christianisme: DIEU L'A VOULU AINSI! C'est le mot vrai,

et hors ce mot tout est absurde.

L'âme ne tire donc, selon Platon, la lumière innée, ou la révélation

préexistante qui l'éclaire, que d'une certaine participation non

définie, et indéfinissable en effet, de l'essence divine ou de la

nature de Dieu. Ce dogme vient évidemment du haut Orient; il touche à

ce qu'on appelle improprement panthéisme, panthéisme dont on pourrait

également accuser le christianisme dans ces mots de saint Paul: _Nous

vivons en Dieu, nous nous mouvons en Dieu, nous_ SOMMES, _nous

existons en Dieu._

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 117 / 228 题