XXII.

«L'âme, continue-t-il, qui est immatérielle, qui va dans un autre

séjour, de même nature qu'elle, séjour parfait, pur, immatériel, et

que nous appelons pour cette raison l'_autre monde_, auprès d'un Dieu

parfait et bon (où bientôt, s'il plaît à Dieu, mon âme va se rendre

aussi), l'âme, si elle sort pure, sans rien emporter du corps avec

elle, comme celle qui pendant sa vie n'a eu aucune faiblesse pour ce

corps, qui l'a vaincu et subjugué au contraire, qui s'est recueillie

en elle-même, faisant de ce divorce son principal soin, et ce soin est

précisément ce que j'appelle bien philosopher ou s'exercer à mourir;

«L'âme donc, en cet état, se rend vers ce qui est semblable à elle,

immatériel, divin, immortel et sage, et là elle est heureuse,

affranchie de l'ignorance, de l'erreur, de la folie, des craintes, des

amours déréglées et de tous les maux des humains, et, comme on le dit

des initiés, elle passe véritablement l'éternité avec les dieux (les

êtres divins).

«Mais, poursuit-il, si elle sort de la vie toute chargée des liens de

l'enveloppe matérielle, enveloppe pesante, formée de terre et

sensuelle, l'âme, mes amis, chargée de ce poids, y succombe, et,

entraînée vers le monde des corps par son incompatibilité avec ce qui

est immatériel, elle va errant, à ce qu'on dit, parmi les monuments

funèbres et les sépulcres, autour desquels on a vu parfois des

fantômes ténébreux, tels que doivent être les apparences d'âmes

coupables qui ont quitté la vie avant d'être entièrement purifiées,

etc.»

De là, il part pour faire à ses amis l'exposé édifiant des vertus, des

sagesses, des abnégations, des dévouements à la vérité, à Dieu, aux

hommes, en un mot de la philosophie pratique, à l'aide desquels l'âme

perfectionnée et purifiée peut remonter d'une seule épreuve à sa

source après la mort.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 103 / 228 题