«L'âme, continue-t-il, qui est immatérielle, qui va dans un autre
séjour, de même nature qu'elle, séjour parfait, pur, immatériel, et
que nous appelons pour cette raison l'_autre monde_, auprès d'un Dieu
parfait et bon (où bientôt, s'il plaît à Dieu, mon âme va se rendre
aussi), l'âme, si elle sort pure, sans rien emporter du corps avec
elle, comme celle qui pendant sa vie n'a eu aucune faiblesse pour ce
corps, qui l'a vaincu et subjugué au contraire, qui s'est recueillie
en elle-même, faisant de ce divorce son principal soin, et ce soin est
précisément ce que j'appelle bien philosopher ou s'exercer à mourir;
«L'âme donc, en cet état, se rend vers ce qui est semblable à elle,
immatériel, divin, immortel et sage, et là elle est heureuse,
affranchie de l'ignorance, de l'erreur, de la folie, des craintes, des
amours déréglées et de tous les maux des humains, et, comme on le dit
des initiés, elle passe véritablement l'éternité avec les dieux (les
êtres divins).
«Mais, poursuit-il, si elle sort de la vie toute chargée des liens de
l'enveloppe matérielle, enveloppe pesante, formée de terre et
sensuelle, l'âme, mes amis, chargée de ce poids, y succombe, et,
entraînée vers le monde des corps par son incompatibilité avec ce qui
est immatériel, elle va errant, à ce qu'on dit, parmi les monuments
funèbres et les sépulcres, autour desquels on a vu parfois des
fantômes ténébreux, tels que doivent être les apparences d'âmes
coupables qui ont quitté la vie avant d'être entièrement purifiées,
etc.»
De là, il part pour faire à ses amis l'exposé édifiant des vertus, des
sagesses, des abnégations, des dévouements à la vérité, à Dieu, aux
hommes, en un mot de la philosophie pratique, à l'aide desquels l'âme
perfectionnée et purifiée peut remonter d'une seule épreuve à sa
source après la mort.