XXI.

Mais Socrate est plus heureux quand il réplique à un des

interlocuteurs qui compare l'âme à l'harmonie résultant de l'unisson

des cordes de la lyre, harmonie, dit le faiseur d'objections, qui

périt avec l'instrument lui-même. Socrate n'a pas de peine à le

confondre en lui démontrant que l'harmonie est une chose abstraite qui

subsiste en soi-même, indépendamment de l'instrument où elle est

exprimée, et qui ne périt pas avec la corde..... Elle se manifeste.

Socrate part de là pour exposer la partie fondamentale de son système

philosophique, tout spiritualiste et tout divin, système qui a

scandalisé de tout temps les partisans de l'axiome matérialiste: _Tout

vient à l'esprit par les sens._

Le système de Socrate consiste à dire:

Avant d'être unie aux sens par sa naissance sur cette terre, l'âme,

qui n'est que la faculté d'_idéaliser_, et qui ne peut être comprise

indépendante des _idées_ qu'elle conçoit, a conçu en Dieu certaines

idées primordiales qui sont l'essence, le type, l'exemplaire divin de

tout ce qui est ou doit être. Ce sont les idées innées, les

révélations préexistantes à toute révélation des sens; c'est eu vertu

de ces idées typiques, coexistantes avec l'âme et préexistantes à nos

sens, que nous portons en nous les notions innées du bien, du bon, du

beau, des qualités, des vertus, des saintetés des choses.

Le type suprême et universel de ces idées, l'_exemplaire_ primitif et

sans autre exemplaire que lui-même de ces idées, c'est _Dieu, idée_

par excellence, qui a tout imaginé et créé à son image, âme et

matière, il porte en lui les _essences_, c'est-à-dire les qualités

essentielles, fondamentales, de tous les êtres animés ou inanimés.

Notre âme existait en lui avant son existence terrestre, et ses

instincts moraux ne sont que les réminiscences de sa préexistence,

dans des conditions que nous ignorons, avant cette vie; et si elle

existait avant nos corps, elle doit aussi leur survivre, et

l'impossibilité de la décomposer en parties atteste qu'elle est _une_,

et par conséquent indissoluble et immortelle; car la mort n'est que la

dissolution des parties qui composent le corps: mais comment se

décomposerait l'âme, qui n'est pas composée? Voilà une des preuves

d'immortalité.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 102 / 228 题