Cébès alors lui confie ses doutes sur l'immortalité de l'âme:
«Il me semble, dit-il, qu'en quittant le corps elle cesse d'exister;
elle se dissipe comme une vapeur ou comme une fumée; elle s'évanouit
sans laisser d'apparence.
«--Examinons donc, reprend Socrate, si cette immortalité est
vraisemblable, ou si elle ne l'est pas.»
Il se livre ici à une longue argumentation, plus sophistique que
réelle, pour prouver, à la façon des sophistes, que toute chose naît
de son contraire: le jour de la nuit, la veille du sommeil, la vie de
la mort, la mort de la vie.
Misérable argument, selon nous, qui repose tout entier sur une
confusion de mots à double sens, comme tant de sophismes de Platon.
Ces choses, en effet, le jour et la nuit, la veille et le sommeil, la
vie et la mort, se _succèdent_ l'une à l'autre, mais ne procèdent pas,
ne naissent pas l'une de l'autre.
Le jour ne naît pas de la nuit, car la nuit est ténèbres, et le jour
lumière; la veille ne naît pas du sommeil, car la veille est l'homme
éveillé, le sommeil est l'homme endormi; la vie ne naît pas de la
mort, car la vie est l'absence de la mort, et la mort est la privation
de la vie. Ici, comme mille et mille fois dans Platon, le philosophe
trompe ses auditeurs avec des apparences de raisonnements qui ne sont
pas des raisonnements sincères; aussi inclinons-nous à croire que
cette preuve erronée de l'immortalité de l'âme est du disciple et non
du maître. Socrate était sincère, et Platon était un discoureur.