Ce livre est l'_Hermès_ ou _Mercure Trismégiste_. Saint Augustin dans
son livre de la _Cité de Dieu_, Voltaire dans ses recherches
philosophiques, Scaliger lui-même, n'hésitent pas à reconnaître dans
ce livre la main d'un sage Égyptien. Les deux philosophes grecs, Timée
et Pythagore, qui avaient voyagé aussi en Égypte, ont dans leurs
doctrines les mêmes analogies avec les dogmes de ce livre. Quels sont
donc ces dogmes, que nous allons retrouver sous d'autres noms, mais
sous le même sens, tout à l'heure dans le _Phédon_? Ces dogmes, les
voici:
Un Dieu unique;
Une triple essence en Dieu, la puissance, la sagesse, la bonté;
Le Dieu créateur de la nature;
Le _Verbe_, la _Pensée_, la _Parole divine_, en grec le _Logos_,
modèle ou type de cette création;
Une hiérarchie de dieux secondaires créés et subordonnés au Dieu
unique;
Ces dieux secondaires, ou ces anges, ces démons, ces esprits, chargés
de diriger les astres et de présider aux phénomènes de l'univers;
Un fils de Dieu, qui est la lumière;
La pensée de Dieu se reflétant dans l'homme, qui est l'image de son
Créateur;
La parenté de l'homme et de Dieu par la raison.
L'Évangile de saint Jean, lui-même, rappelle dans son magnifique début
ces vérités indiennes, égyptiennes, platoniques, ainsi que
chrétiennes:
«_Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le
Verbe était Dieu_ (le Logos, la pensée, la parole, le type des
choses); _tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n'a
été fait sans lui; en lui était la vie, et la vie était la lumière._»
Saint Paul écrit quelques années après aux Hébreux: «Dieu a créé les
siècles par son Fils, «le Verbe, la parole divine, la lumière, la
«vie!»
Peut-on méconnaître les analogies frappantes entre ces doctrines
engendrées les unes des autres jusqu'à l'explosion philosophique du
dogme chrétien?
Les vices choquants qui scandalisent l'intelligence et le coeur de
l'homme dans le mécanisme de la nature, dans le bien imparfait, dans
le mal universel, dans la souffrance, dans la mort, firent présumer
aux Égyptiens, aux Grecs, que ce monde n'était pas l'oeuvre directe du
Dieu suprême, mais l'oeuvre maladroite et imparfaite des divinités
inférieures auxquelles il avait accordé la faculté de créer d'après
lui.
Cette opinion est naturelle à l'homme, qui ne peut pas comprendre
l'existence du mal et qui la sent.
Comment une oeuvre si vicieuse et si malfaisante peut-elle émaner de
la sagesse, de la puissance et de la bonté suprêmes? Il y a là une
contradiction apparente, qui donne naissance à la philosophie des deux
principes, de Zoroastre; mais Zoroastre oubliait que, pour juger
l'oeuvre de Dieu, il faut la voir dans son ensemble et dans son
éternité. Nous ne la voyons que dans un atome et dans une seconde:
c'est l'universalité et l'éternité qui justifient sans aucun doute
l'oeuvre divine.
Revenons au dialogue de _Phédon_.