XVII.

Ce livre est l'_Hermès_ ou _Mercure Trismégiste_. Saint Augustin dans

son livre de la _Cité de Dieu_, Voltaire dans ses recherches

philosophiques, Scaliger lui-même, n'hésitent pas à reconnaître dans

ce livre la main d'un sage Égyptien. Les deux philosophes grecs, Timée

et Pythagore, qui avaient voyagé aussi en Égypte, ont dans leurs

doctrines les mêmes analogies avec les dogmes de ce livre. Quels sont

donc ces dogmes, que nous allons retrouver sous d'autres noms, mais

sous le même sens, tout à l'heure dans le _Phédon_? Ces dogmes, les

voici:

Un Dieu unique;

Une triple essence en Dieu, la puissance, la sagesse, la bonté;

Le Dieu créateur de la nature;

Le _Verbe_, la _Pensée_, la _Parole divine_, en grec le _Logos_,

modèle ou type de cette création;

Une hiérarchie de dieux secondaires créés et subordonnés au Dieu

unique;

Ces dieux secondaires, ou ces anges, ces démons, ces esprits, chargés

de diriger les astres et de présider aux phénomènes de l'univers;

Un fils de Dieu, qui est la lumière;

La pensée de Dieu se reflétant dans l'homme, qui est l'image de son

Créateur;

La parenté de l'homme et de Dieu par la raison.

L'Évangile de saint Jean, lui-même, rappelle dans son magnifique début

ces vérités indiennes, égyptiennes, platoniques, ainsi que

chrétiennes:

«_Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le

Verbe était Dieu_ (le Logos, la pensée, la parole, le type des

choses); _tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n'a

été fait sans lui; en lui était la vie, et la vie était la lumière._»

Saint Paul écrit quelques années après aux Hébreux: «Dieu a créé les

siècles par son Fils, «le Verbe, la parole divine, la lumière, la

«vie!»

Peut-on méconnaître les analogies frappantes entre ces doctrines

engendrées les unes des autres jusqu'à l'explosion philosophique du

dogme chrétien?

Les vices choquants qui scandalisent l'intelligence et le coeur de

l'homme dans le mécanisme de la nature, dans le bien imparfait, dans

le mal universel, dans la souffrance, dans la mort, firent présumer

aux Égyptiens, aux Grecs, que ce monde n'était pas l'oeuvre directe du

Dieu suprême, mais l'oeuvre maladroite et imparfaite des divinités

inférieures auxquelles il avait accordé la faculté de créer d'après

lui.

Cette opinion est naturelle à l'homme, qui ne peut pas comprendre

l'existence du mal et qui la sent.

Comment une oeuvre si vicieuse et si malfaisante peut-elle émaner de

la sagesse, de la puissance et de la bonté suprêmes? Il y a là une

contradiction apparente, qui donne naissance à la philosophie des deux

principes, de Zoroastre; mais Zoroastre oubliait que, pour juger

l'oeuvre de Dieu, il faut la voir dans son ensemble et dans son

éternité. Nous ne la voyons que dans un atome et dans une seconde:

c'est l'universalité et l'éternité qui justifient sans aucun doute

l'oeuvre divine.

Revenons au dialogue de _Phédon_.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 98 / 228 题