Vous savez que les Égyptiens, évidemment colonie intellectuelle du
haut Orient, divinisèrent symboliquement la nature entière sous le nom
d'Isis; ils lui jetèrent dans ses figures un voile sur le visage,
comme pour signifier le mystère sous lequel elle cache mais laisse
entrevoir ses vérités. Le plus sage des peuples est évidemment celui
qui a le premier écrit sur l'univers ce mot _mystère_, car _mystère_
est aussi le dernier mot de toute science, de toute sagesse et de
toute vérité jusqu'à la consommation des temps. C'est le plus bel
hymne que l'homme puisse chanter à l'incompréhensible, c'est-à-dire à
Dieu.
Cependant un livre unique, échappé aux incendies, aux débordements,
aux sépulcres de l'Égypte, soulève un coin de ce voile jeté sur le
front de l'Isis égyptienne, et révèle une partie des mystères de la
philosophie primitive. La ressemblance de cette philosophie occulte
avec la philosophie de Socrate et de Platon est trop complète pour que
cette similitude soit l'oeuvre du hasard. On en conviendra après avoir
lu le _Phédon_. On le conjecturera avec plus de vraisemblance encore,
quand on saura que Platon, l'éditeur plus ou moins fidèle des dogmes
de Socrate, était allé, avant d'écrire, consulter les prêtres et les
philosophes égyptiens.