Il y a donc, en philosophie, un certain ordre de vérités
intellectuelles, ou de vérités morales qui sont, ou susceptibles d'une
démonstration absolue, comme l'existence de Dieu, ou supérieures et
préexistantes à toute démonstration par la parole, comme la
conscience. Ce sont des vérités innées; autrement dit: des certitudes,
des ÉVIDENCES.
Mais, en dehors de ces vérités innées, il y a en philosophie un nombre
infini de problèmes secondaires, quoique très-importants, qui ne sont
pas susceptibles de démonstration absolue, mais dans lesquels la
philosophie la plus transcendante n'arrive qu'à de consolantes
conjectures et à de magnifiques probabilités.
Dans vingt passages de ses dialogues, Socrate lui-même, par l'organe
de Platon, avoue, comme moi, que ces démonstrations ne sont que des
conjectures.
«J'espère, dit-il, sans pouvoir le prouver, que je retrouverai, dans
une autre vie, les hommes vertueux qui y seront mieux traités que les
méchants. Mais, quant à y trouver une divinité parfaite, c'est ce que
j'ose affirmer, si l'on peut affirmer quelque chose.»
C'est néanmoins de ces consolantes conjectures, et de ces magnifiques
probabilités, que le monde vit depuis qu'il est né, et qu'il vivra
jusqu'à son dernier jour. Nous vivons sur parole: respectons donc la
parole, quand Dieu la met sur les lèvres des grands philosophes tels
que Confucius, Socrate ou Platon; ces philosophes sont les révélateurs
de la raison; ils ne commandent pas impérativement la foi au nom de
Dieu, ils la demandent humblement à la conviction raisonnée de
l'intelligence et du coeur de l'homme. Ils pensent pour nous, et ils
nous rapportent les conquêtes de leurs pensées; prêtons-leur l'oreille
et ouvrons-leur nos coeurs. S'ils ont donné leur vie comme Socrate, en
témoignage de leur sincérité, de leur foi, de leur amour de Dieu et
des hommes, proclamons-les maîtres et martyrs de la raison humaine, et
lisons, avec une respectueuse piété d'esprit, les arguments raisonnes
de leur philosophie.