III.

Mais cette science des choses immatérielles, invisibles, impalpables,

au-dessus de la portée de nos sens, est-elle susceptible du même genre

de démonstrations et du même genre d'évidences que les sciences

naturelles? Nous n'hésitons pas à vous dire: Non.

Les démonstrations de l'ordre naturel, telles que le témoignage des

yeux, de l'oreille, de la main, ne sauraient s'appliquer aux choses

qui ne tombent pas sous les sens.

Mais, bien que ces choses ne se démontrent pas de même, elles ont

cependant, au moins en ce qui touche leurs principales vérités, un

degré de certitude égal, et, je dirai plus, un degré de certitude

supérieur à la certitude des phénomènes matériels.

Ainsi, par exemple, cette opération de l'esprit par laquelle

l'intelligence se dit: «Il n'y a pas d'effet sans cause, et, puisque

j'aperçois une multitude d'effets, il y a donc une cause suprême;

c'est-à-dire il y a donc un Dieu!» cette opération de l'esprit atteste

l'existence de Dieu avec autant et plus de certitude que si des

milliers de mathématiciens, d'astronomes ou de chimistes tenaient Dieu

lui-même sous leurs compas, sous leurs télescopes ou dans leurs

cornues. Je me trompe: l'existence de Dieu est mille fois plus

certaine par cette conclusion logique et infaillible de l'esprit que

par les expériences faillibles des philosophes de la matière; car

l'expérience, oeuvre des sens, peut se tromper; la logique, oeuvre de

Dieu, est absolue, et ne nous tromperait que si Dieu nous trompait

lui-même, chose incompatible avec la nature divine ou avec la suprême

vérité.

J'en dirai autant de la CONSCIENCE, cette preuve sans preuve que nous

portons en nous-mêmes du bien ou du mal moral: ses jugements, pour

être certains, n'ont pas besoin d'autres témoignages qu'elle-même; ce

qu'elle condamne est mal, ce qu'elle approuve est bien; que nous le

voulions ou que nous ne le voulions pas, elle prononce en nous, pour

nous ou contre nous, des arrêts contre lesquels il nous est impossible

de protester.

C'est le dernier mot de la morale, comme la logique est le dernier mot

de la raison. La conscience est, parce qu'elle est comme Dieu

lui-même; c'est une faculté innée de notre âme donnée par Dieu, qui

est à elle-même sa propre démonstration. Ôtez la logique,

l'intelligence est folle; ôtez la conscience, la moralité est morte;

le crime et la vertu deviennent des choses discutables et douteuses

comme des problèmes ordinaires, susceptibles de oui ou de non; ils ne

sont crime et vertu que parce qu'ils sont au-dessus de toute

discussion.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 84 / 228 题