II.

Mais, avant de feuilleter avec vous Platon, disons ce que nous

entendons ici par philosophie.

Ce mot veut dire amour ou zèle de la SCIENCE; mais quelle science? la

science des sciences, la science suprême, la science première et la

science dernière, la science surnaturelle, c'est-à-dire la science des

choses qui sont au-dessus de la portée des sens.

Cela était nécessaire à vous dire pour ne pas vous laisser confondre

cette philosophie surnaturelle, ou cette science des choses invisibles

et impalpables, avec toutes ces autres sciences naturelles qui se

sont appelées aussi improprement du nom de philosophie, mais qui n'ont

pour objet que les choses sensibles et matérielles, telles que la

physique, la chimie, l'astronomie, les mathématiques.

Ces sciences systématisées sont des philosophies aussi, si vous

voulez, mais ce sont des philosophies inférieures, secondaires,

subalternes, courtes, finies, parce qu'elles ne touchent qu'à la

matière et à ses phénomènes, et parce qu'en enseignant une multitude

de faits, elles n'enseignent néanmoins directement aucune vertu et

aucune immortalité.

Voilà pourquoi, quand il s'agit de philosophies surnaturelles, telles

que celles dont nous allons vous entretenir, on a confondu le mot de

sagesse avec le mot de science, et l'on a dit: La philosophie est

l'amour ou le zèle de la SAGESSE. Cette science-là, en effet, englobe

et domine toutes les autres, parce qu'elle est la science de l'âme

elle-même, la science de l'infini, la science de Dieu, la science de

nos rapports avec l'Être des êtres, la science de notre origine, la

science de notre vie morale, la science de notre fin!

Pouvait-on appeler d'un autre nom que SAGESSE cette science qui

enseigne à l'homme où il est, ce qu'il est, où il va, et comment il

doit penser, agir, adorer, vivre, mourir et revivre?

C'est là ce que nous entendons, dans cet Entretien, par ce mot

«philosophie.»

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 83 / 228 题