Et qu'est-ce donc qu'Adolphe Dumas, cet estropié sublime? demanderont
les hommes qui ne sont pas familiers avec ces noms à qui le bruit a
manqué ici-bas, mais à qui la mémoire intime des grandes âmes et des
grands talents dans le dernier jour ne manqua jamais.
Vous savez que sur les hauteurs, où l'air trop raréfié et trop pur ne
retentit pas, il n'y a pas d'écho. Les régions qu'habitait Dumas
étaient trop hautes pour que son nom y fît ce bruit que nous autres
habitants des collines et des plaines nous appelons gloire.
Je me souviens du temps où l'on me demandait: Qu'est-ce donc que
Xavier de Maistre qui a écrit le _Lépreux_ ou le _Voyage autour de ma
chambre_? ou M. de Sainte-Beuve qui a écrit des _Consolations_, ou M.
de Guérin qui a écrit le _Centaure_, ou Ugo Foscolo qui a écrit les
_Lettres de Jacopo Ortiz_, ou M. de Surville qui a écrit les _Poésies
de Clotilde_?...
Ce sont des solitaires de la littérature, des ermites du génie, des
cénobites de la poésie; vivant sur les hauteurs, et ne fréquentant que
les sommets où ils conversent à voix basse et à coeur ouvert avec les
esprits intimes de la terre. Ce sont, si vous aimez mieux, des oiseaux
de nuit, des rossignols, qui nichent très-haut dans les flèches des
cathédrales, qui chantent pour eux-mêmes pendant que l'homme dort, ou
qui ne se révèlent pas par des notes étranges et sublimes à ceux que
l'insomnie tient éveillés, qui, comme des mystères inentendus en bas,
traversent l'air d'une plainte ou d'un cri dont l'oreille ne perd
jamais la mémoire.
Adolphe Dumas était de cette famille de penseurs solitaires, et de
chanteurs de nuit, rossignols de ténèbres!--Aérolithes plaintifs des
jours d'été.
Mais le jour vient une fois, pour ces grands esprits solitaires, et
ils descendent de leurs niches aériennes, et le grand jour les
éblouit. Ils sont faits pour les derniers jours!