XX.

Adolphe Dumas était évidemment un de ces esprits tentés par le grand

jour et aveuglés par lui. Il battait d'une aile forte et vaste les

murs éblouissants des grandes cités. On le regardait, et on disait:

Qu'est-ce que cela? c'est trop grand pour nous; jamais cet homme, qui

sait monter, ne pourra descendre! Hélas! on avait raison, il n'était

pas proportionné à notre taille, il était géant, il n'était pas homme;

ce fut son seul défaut.

Il était né dans cette Provence, où semble s'être réfugiée

aujourd'hui, dans un patois hellénique et latin, toute la poésie qui

reste en France; il était du village d'_Eyragues_, voisin, presque

contemporain, ami et tuteur de ce Mistral qui nous apporta un beau

poëme, le seul poëme pastoral qui ait été comparé à Homère depuis tant

de siècles, le plus grand éloge qu'on ait jamais fait d'un poëme

depuis trois mille ans!

Lui-même avait commencé aussi, dans la langue provençale, à chanter

avec ces _Mélibées_ de son cher pays. Il m'adressa une fois une

très-belle épître en français, et j'y répondis comme un écho qui se

souvient d'avoir été une voix dans sa jeunesse. On peut voir cette

réponse dans mes oeuvres poétiques.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 70 / 228 题