Adolphe Dumas était évidemment un de ces esprits tentés par le grand
jour et aveuglés par lui. Il battait d'une aile forte et vaste les
murs éblouissants des grandes cités. On le regardait, et on disait:
Qu'est-ce que cela? c'est trop grand pour nous; jamais cet homme, qui
sait monter, ne pourra descendre! Hélas! on avait raison, il n'était
pas proportionné à notre taille, il était géant, il n'était pas homme;
ce fut son seul défaut.
Il était né dans cette Provence, où semble s'être réfugiée
aujourd'hui, dans un patois hellénique et latin, toute la poésie qui
reste en France; il était du village d'_Eyragues_, voisin, presque
contemporain, ami et tuteur de ce Mistral qui nous apporta un beau
poëme, le seul poëme pastoral qui ait été comparé à Homère depuis tant
de siècles, le plus grand éloge qu'on ait jamais fait d'un poëme
depuis trois mille ans!
Lui-même avait commencé aussi, dans la langue provençale, à chanter
avec ces _Mélibées_ de son cher pays. Il m'adressa une fois une
très-belle épître en français, et j'y répondis comme un écho qui se
souvient d'avoir été une voix dans sa jeunesse. On peut voir cette
réponse dans mes oeuvres poétiques.