XVI.

Adolphe Dumas se dressa alors sur son séant et passa son pantalon et

ses pantoufles pour aller jusqu'à sa table de travail chercher dans un

tiroir d'autres poésies; je lui offris mon bras.--Non, me dit-il, vous

ne m'aideriez qu'à tomber, et je vous entraînerais dans ma chute, vous

allez voir; j'ai calculé et disposé les appuis que ma douloureuse

infirmité me rend nécessaires pour aller en sûreté de ce grabat à ma

table, et de ma table à mon lit, sans assistance: il n'y a pas si loin

du travail à la mort d'un pauvre poëte estropié, pour qu'il ne puisse

passer, avec l'aide de Dieu, du dernier labeur au dernier sommeil, et

encore, en rencontrant son Dieu en chemin, me dit-il en se tenant

contre ses meubles devant un christ d'ivoire donné par sa mère.

Voyez mes bras nerveux, ils me servent de jambes, et s'appuyant en

effet tout tremblant et tout chancelant sur le bois de son lit, de

son lit sur le dossier d'un lourd fauteuil, du dossier du vieux

meuble sur le marbre de la cheminée, et de la cheminée sur sa table,

il arriva tout essoufflé sur un autre fauteuil, et s'attabla. Son

front ruisselait de sueur devant le tiroir qui contenait ses papiers.

--M'y voilà, dit-il, et causons!

Et nous causâmes.

Quand il était assis et causant, sa belle tête inspirée n'indiquait

aucune fatigue; sa voix vibrait comme celle d'un Jérémie moderne. Il

me dit que son frère était venu le chercher à Paris pour le mener en

Normandie, dans sa famille, où le bon air des champs et les jeux de

ses enfants lui rafraîchiraient la tête et lui rendraient les forces.

Il me pria, pendant son absence de Paris, de m'informer du prix d'un

logement pour lui à l'hospice volontaire de Sainte-Perrine.

Je m'en chargeai; mais je n'eus pas le temps d'accomplir ma

commission: son frère entra avec le visage joyeux, affectueux et

tendre d'un homme qui se réjouit d'emmener bientôt un frère aimé et

glorieux sous son toit, à sa femme et à ses petits enfants qui

l'attendent.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 62 / 228 题