Adolphe Dumas se dressa alors sur son séant et passa son pantalon et
ses pantoufles pour aller jusqu'à sa table de travail chercher dans un
tiroir d'autres poésies; je lui offris mon bras.--Non, me dit-il, vous
ne m'aideriez qu'à tomber, et je vous entraînerais dans ma chute, vous
allez voir; j'ai calculé et disposé les appuis que ma douloureuse
infirmité me rend nécessaires pour aller en sûreté de ce grabat à ma
table, et de ma table à mon lit, sans assistance: il n'y a pas si loin
du travail à la mort d'un pauvre poëte estropié, pour qu'il ne puisse
passer, avec l'aide de Dieu, du dernier labeur au dernier sommeil, et
encore, en rencontrant son Dieu en chemin, me dit-il en se tenant
contre ses meubles devant un christ d'ivoire donné par sa mère.
Voyez mes bras nerveux, ils me servent de jambes, et s'appuyant en
effet tout tremblant et tout chancelant sur le bois de son lit, de
son lit sur le dossier d'un lourd fauteuil, du dossier du vieux
meuble sur le marbre de la cheminée, et de la cheminée sur sa table,
il arriva tout essoufflé sur un autre fauteuil, et s'attabla. Son
front ruisselait de sueur devant le tiroir qui contenait ses papiers.
--M'y voilà, dit-il, et causons!
Et nous causâmes.
Quand il était assis et causant, sa belle tête inspirée n'indiquait
aucune fatigue; sa voix vibrait comme celle d'un Jérémie moderne. Il
me dit que son frère était venu le chercher à Paris pour le mener en
Normandie, dans sa famille, où le bon air des champs et les jeux de
ses enfants lui rafraîchiraient la tête et lui rendraient les forces.
Il me pria, pendant son absence de Paris, de m'informer du prix d'un
logement pour lui à l'hospice volontaire de Sainte-Perrine.
Je m'en chargeai; mais je n'eus pas le temps d'accomplir ma
commission: son frère entra avec le visage joyeux, affectueux et
tendre d'un homme qui se réjouit d'emmener bientôt un frère aimé et
glorieux sous son toit, à sa femme et à ses petits enfants qui
l'attendent.