Et toi aussi, Adolphe Dumas! ô second Gilbert français! plus fécond,
plus ardent, et moins acerbe que le premier, tu n'es plus!
Peu de jours après avoir quitté Paris, j'appris, en ouvrant un
journal, qu'il était mort au bord de cet Océan dont il avait la
grandeur, les orages, l'infini dans le coeur! Titan plus qu'homme!
Titan enchaîné, révolté, non contre Dieu, mais contre les hommes. Tu
n'étais plus! Je versai des larmes: j'en versai de plus amères un mois
après, quand je lus dans le feuilleton du _Journal des Débats_ cette
héroïque et pathétique élégie de Jules Janin, intitulée: _La Mort
d'Adolphe Dumas._
Jules Janin, cet homme qui a autant d'esprit que Voltaire, autant
d'érudition littéraire que Fontenelle, autant de bon sens que Boileau,
autant de coeur qu'une jeune fille quand elle verse ses premières
larmes dans le sein de sa mère sur la mort de son serin..., Jules
Janin, ce véritable homme de lettres, en action perpétuelle depuis
trente ans, qui a tout vu, tout su, tout retenu, tout raconté, et dont
le sentiment est éternellement jeune parce qu'il est sans cesse
renouvelé par la verve aimable de ce coeur qui ne s'est jamais racorni
sous la mauvaise humeur.
Voulez-vous le connaître, si vous ne le connaissez pas? Souvenez-vous
de Sterne, débarqué à Calais, et causant avec le pauvre moine qu'il a
l'intention de railler un peu sur sa robe, sur son oisiveté, sur sa
mendicité volontaire; le pauvre moine ne l'entend pas, ou fait
semblant de ne pas le comprendre par bonhomie et par humilité; il
s'incline, et, ouvrant sa tabatière de buis, il offre à son caustique
étranger une prise de son tabac. Sterne y plonge ses deux doigts, et
s'étonne de trouver sous ses paupières deux larmes, de ces larmes du
critique attendri.
C'est M. Jules Janin, non pas seulement le plus lettré, mais le plus
tendre des hommes! Oh! que le véritable esprit est bon à tout, même à
pleurer!