Quoi qu'il en fût, M. de Marcellus, par esprit littéraire, et par
esprit sérieusement chrétien, se mit à parcourir la Grèce nouvelle et
l'Albanie, ni littéraire ni chrétienne, mais tour à tour, et selon le
goût des Albanais, chrétienne ou mahométane comme son héros
Scanderbeg, pour y chercher un nouvel Homère. Il n'y trouva rien que
des chants dits populaires qu'on admira par parti pris, mais qui ne
sont pourtant que des complaintes du peuple.
Défions-nous en toute langue de la poésie des rues, des mers et des
montagnes, destinée à charmer les peuples ignorants. Cela est court,
cela est monotone, cela est affecté ou trivial; cela contient cinq ou
six images gracieuses, naïves, fortes, mais toujours les mêmes scènes:
les airs que le berger siffle à son cheval, ceux que le matelot
psalmodie à sa barque, couché à l'ombre de sa voile, ou l'amant à sa
maîtresse au clair de lune. Ce n'est ni la malignité spirituelle et
savante de Béranger, poëte d'opposition, épigrammatique, libéral, mais
nullement populaire; ni la belle et naïve poésie homérique de Mistral
dans son poëme antique de _Mireille_: c'est un patois pour les
veillées des peuples de Provence!
C'est là un poëte populaire, ou plutôt c'est là un poëme écrit dans la
langue du peuple avec les idées, les habitudes, les travers, les
loisirs des amants, dans les basses classes des peuples!
Mais c'est Hugo, Vigny, Dumas, Laprade, Marcellus, Autran, Lamartine,
qui les lisent.
Le peuple n'a ni le goût ni le temps, il a l'haleine courte; s'il est
pieux, un couplet des cantiques de Marseille; s'il est impie, un
couplet de Béranger, voilà son affaire; s'il est soldat, une strophe
armée de la _Marseillaise_; voilà la poésie populaire. Or la
_Marseillaise_, sublime en musique, est peu admirable en poésie; c'est
un beau choeur des frontières de la France résonnant au pas de charge
sous les pieds de l'étranger; mais les paroles sont des cris et non un
poëme.
M. de Marcellus, comme M. Fauriel son devancier, ne rapporte donc que
des scènes poétiques et peu de poésie. Quelques-unes de ces scènes
sont de _Salvator Rosa_, quelques autres de l'_Albane_, jugez-en: