La colère le saisit et ne l'a plus quitté jusqu'à la mort! Il jura de
se venger, il se vengea; il prit le _Journal des Débats_ pour armée et
sa plume d'écrivain pour arme. La nature, quoi qu'il en dise, ne
l'avait pas créé éloquent; il avait besoin de cuver longtemps, sa
plume à la main, des discours rares et lus; ses foudres se forgeaient
péniblement dans son cabinet, au feu soufflé de ses rancunes.
Ses brochures et ses articles de journaux avaient l'éclat, mais
n'avaient pas la chaleur soudaine de l'improvisation. C'était un homme
d'État, ce n'était nullement un homme de tribune; il se soignait trop
par excès d'amour-propre, pour se présenter à l'Europe en négligé.
Mais ses sentences rédigées avec une patience laborieuse, et ses mots
aiguisés de sang-froid, indiquaient bien la passion de l'opposition.
Il se popularisait, tantôt comme royaliste, tantôt comme bonapartiste,
tantôt comme républicain, pour nuire au ministère. Son nom, qui
servait ainsi tous les ennemis des Bourbons, grandissait comme une
arme à deux tranchants propre à toute main. Les hommes supérieurs
n'ont pas de peine à se faire pardonner le passé! Leurs talents les
amnistient aussitôt qu'ils consentent à les prêter. Royalistes,
bonapartistes, républicains, prenaient de toutes mains leur vengeance.
La monarchie s'affaiblissait de toute la popularité, à trois feux
comme la foudre, que forgeait M. de Chateaubriand contre M. de
Villèle. Un moment relégué à Rome par le ministère de conciliation qui
suivit la disgrâce de ce ministre, M. de Chateaubriand espérait le
remplacer. Ce fut la dynastie d'Orléans qui le remplaça.
Quelques écoliers ameutés, sans autre but que l'émeute, rencontrèrent
par hasard M. de Chateaubriand dans les rues de Paris, et le
rapportèrent en triomphe à son hôtel de la rue d'Enfer. Il prit cela
pour un triomphe, c'était le triomphe de sa défaite. Il balbutia avec
eux quelques mots de liberté, et on les applaudit dans sa bouche; il
rentra chez lui pour se féliciter de sa haine assouvie contre les
ministres, mais les ministres avaient entraîné les Bourbons.