Raymond VII écrit à Philippe-Auguste (juillet 1222): «Ad vos, domine,

sicut ad meum unicum et principale recurro refugium... humiliter vos

deprecans et exorans quatenus mei misereri velitis.» _Preuves de

l'Histoire du Langued._, III, 275.--(Décembre 1222): «Cum... Amalricus

supplicaverit nobis ut dignemini juxta beneplacitum vestrum, terram

accipere vobis et hæredibus vestris in perpetuum, quam tenuit vel tenere

debuit, ipse, vel pater suus in partibus Albigensibus et sibi vicinis,

gaudemus super hoc, desiderantes Ecclesiam et terram illam sub umbra

vestri nominis gubernari et rogantes affectuose quantum possumus,

quatenus celsæ majestatis vestræ regia potestas, intuitu regis regum, et

pro honore sanctæ matris Ecclesiæ ac regni vestri, terram prædictam ad

oblationem et resignationem dicti comitis recipiatis; et invenietis nos

et cæteros prælatos paratos vires nostras effundere in hoc negotio pro

vobis, et expendere quidquid ecclesia in partibus illis habet, vel est

habitura.» _Preuv. de l'Hist. du Langued._, III, 276.--(1223): «Dum

dudum et diu soli sederemus in Biterris civitate, singulis momentis

mortem expectantes, optataque nobis fuit in desiderio, vita nobis

existente in supplicium, hostibus fidei et pacis undique gladios suos in

capita nostra exerentibus, ecce, rex reverende, intravit kal. Maii

cursor ad nos, qui... nuntiavit nobis verbum bonum, verbum

consolationis, et totius miseriæ nostræ allevationis, quod videlicet

placet celsitudinis vestræ magnificentiæ, convocatis prælatis et

baronibus regni vestri apud Melodunum, ad tractandum super remedio et

succursu terræ, quæ facta est in horrendam desolationem et in sibilum

sempiternum, nisi Dominus ministerio regiæ dexteræ vestræ citius

succurratus, super quo, tanto moerore scalidi, tanta lugubratione

defecti respirantes, gratias primum, elevatis oculis ac manibus in

coelum, referimus altissimo, in cujus manu corda regum consistunt,

scientes hoc divinitus vobis esse inspiratum, etc.. Flexis itaque

genibus, reverendissime Rex, lacrymis in torrentem deductis, et

singultibus lacerati, regiæ supplicamus majestati quatenus vobis

inspiratæ gratiæ Dei non deesse velitis... quod universalis Ecclesiæ

imminet subversio in regno vestro, nisi vos occurratis et succurratis,

etc...» Ibid., 278.

119--page 407--_Le dogme de l'immaculée conception_, etc...

L'Église de Lyon l'avait instituée en 1134. Saint Bernard lui écrivit

une longue lettre pour la tancer de cette nouveauté (Epist. 174). Elle

fut approuvée par Alain de Lille et par Petrus Cellensis (L. VI, epist

23; IX, 9 et 10). Le concile d'Oxford la condamna en 1222.--Les

Dominicains se déclarèrent pour saint Bernard, l'Université pour

l'Église de Lyon. Bulæus, _Hist. Univ. Paris_, II, 138, IV, 618, 964.

Voyez Duns Scot, Sententiarum liber III, dist. 3, qu. I, et dist. 18,

qu. I. Il disputa, dit-on, pour l'immaculée conception, contre deux

cents Dominicains, et amena l'Université à décider: «Ne ad ullos gradus

scholasticos admitteretur ullus, qui prius non juraret se defensurum B.

Virginem a noxa originaria.» Wadding., Ann. Minorum, ann. 1394. Bulæus,

IV, p. 71.

_«La Vierge ouvrit son capuchon devant son serviteur Dominique, etc...»_

Acta SS. Theodor. de Appoldia, p. 583. «Totam coelestem patriam

amplexando dulciter continebat.»--Pierre Damiani disait que Dieu

lui-même avait été enflammé d'amour pour la Vierge. Il s'écrie dans un

sermon (Sermo XI, de Annunt. B. Mar., p. 171): «O venter

diffusiorcoelis, terris amplior, capacior elementis! etc.»--Dans un

sermon sur la Vierge, de l'archevêque de Kenterbury, Étienne Langton, on

trouve ces vers:

Bele Aliz matin leva,

Sun cors vesti et para,

Ens un vergier s'en entra,

Cink fleurettes y truva;

Un chapelet fit en a

De bele rose flurie.

Pur Dieu trahez vus en là,

Vus ki ne amez mie;

Ensuite il applique mystiquement chaque vers à la mère du Sauveur, et

s'écrie avec enthousiasme:

Ceste est la belle Aliz,

Ceste est la flur,

Ceste est le lis.

ROQUEFORT, _Poésies_ du douzième et du treizième siècle.

On a attribué au franciscain saint Bonaventure le Psalterium minus et le

Psalterium majus B. Mariæ Virginis. Ce dernier est une sorte de parodie

sérieuse où chaque verset est appliqué à la Vierge. Psalm. I: «Universas

enim foeminas vincis pulchritudine carnis!»

120--page 410--_Vingt-cinq seigneurs et dix-sept archevêques et

évêques_, etc...

Voy. la lettre des évêques du Midi à Louis VIII, _Preuves de l'Histoire

du Lang._, p. 289, et les lettres d'Honorius III, ap. Scr. fr. XIX,

699-723.

121--page 411--_Le testament de Louis VIII_, etc...

_Archives du royaume_, J, carton 401, Lettre et témoignage de

l'archevêque de Sens et de l'évêque de Beauvais.--J, carton 403,

_Testament de Louis VIII_.

122--page 413--_La régente empêcha le comte de Champagne d'épouser la

fille de Mauclerc..._

Elle lui écrivit, dit-on: «Sire Thibaud de Champaigne, j'ai entendu que

vous avez convenance et promis à prenre à femme la fille au comte Perron

de Bretaigne. Partant vous mande que si ne voulez perdre quan que vous

avez au royaume de France, que vous ne le faites. Si cher que avez tout

tant que amez au dit royaume, ne le faites pas. La raison pourquoy vous

sçavez bien. Je n'ai jamais trouvé pis qui mal m'ait voulu faire que

luy.» D. Morice, I, 158.

123--page 414--_Soumission du comte de Toulouse..._

Voy. les articles du Traité, inséré au tome III des Preuves de

l'Histoire du Languedoc, p, 329, sqq., et au tome XIX du _Recueil des

Historiens de France_, p. 219, sqq.

124--page 417--_Saint Louis, Espagnol du côte de Blanche..._

Il était parent par sa mère d'Alphonse X, roi de Castille; celui-ci lui

avait promis des secours pour la croisade; mais il mourut en 1252, et

saint Louis «en fut fort affligé.» Math. Paris, p. 565.--«À son retour,

il fît frapper, dit Villani, des monnaies où les uns voient des

menottes, en mémoire de sa captivité; les autres, les tours de

Castille.» Ce qui vient à l'appui de cette dernière opinion, c'est que

les frères de saint Louis, Charles et Alphonse, mirent les tours de

Castille dans leurs armes. Michaud, IV, 445.

125--page 417--_Le sultan d'Égypte était le meilleur ami de Frédéric

II..._

Extraits d'historiens arabes, par Reinaud (_Bibl. des Croisades_, IV,

417, sqq.). «L'émir Fakr-Eddin était entré fort avant, dit Yaféi, dans

la confiance de l'empereur; ils avaient de fréquents entretiens sur la

philosophie, et leurs opinions paraissaient se rapprocher sur beaucoup

de points.--Ces étroites relations scandalisèrent beaucoup les

chrétiens... «Je n'aurais pas tant insisté, dit-il à Fakr-Eddin, pour

qu'on me remît Jérusalem, si je n'avais craint de perdre tout crédit en

Occident; mon but n'a pas été de délivrer la ville sainte, ni rien de

semblable; j'ai voulu conserver l'estime des Francs.»-«L'empereur était

roux et chauve: il avait la vue faible; s'il avait été esclave, on n'en

aurait pas donné deux cents drachmes. Ses discours montraient assez

qu'il ne croyait pas à la religion chrétienne; quand il en parlait,

c'était pour s'en railler... etc.. Un moezzin récita près de lui un

verset de l'Alcoran qui nie la divinité de Jésus-Christ. Le sultan le

voulut punir; Frédéric s'y opposa.»--Il se fâcha contre un prêtre qui

était entré dans une mosquée l'Évangile à la main, et jura de punir

sévèrement tout chrétien qui y entrerait sans une permission

spéciale.--On a vu plus haut quelles relations amicales Richard

entretenait avec Salaheddin et Malek-Adhel.--Lorsque Jean de Brienne fut

assiégé dans son camp (en 1221), il fut comblé par le sultan de

témoignages de bienveillance. «Dès lors, dit un auteur arabe (Makrizi),

il s'établit entre eux une liaison sincère et durable, et tant qu'ils

vécurent, ils ne cessèrent de s'envoyer des présents et d'entretenir un

commerce d'amitié.» Dans une guerre contre les Kharismiens, les

chrétiens de Syrie se mirent pour ainsi dire sous les ordres des

infidèles. On voyait les chrétiens marcher leurs croix levées; les

prêtres se mêlaient dans les rangs, donnaient des bénédictions, et

offraient à boire aux musulmans dans leurs calices. Ibid., 445, d'après

Ibn-Giouzi, témoin oculaire.

126--page 420--_Les Mongols avançaient lents, irrésistibles..._

«Ils avaient, dit Mathieu Paris, ravagé et dépeuplé la grande Hongrie:

ils avaient envoyé des ambassadeurs avec des lettres menaçantes à tous

les peuples. Leur général se disait envoyé du Dieu très haut pour

dompter les nations qui lui étaient rebelles. Les têtes de ces barbares

sont grosses et disproportionnées avec leurs corps; ils se nourrissent

de chairs crues et même de chair humaine; ce sont des archers

incomparables; ils portent avec eux des barques de cuir, avec lesquelles

ils passent tous les fleuves; ils sont robustes, impies, inexorables;

leur langue est inconnue à tous les peuples qui ont quelque rapport

avec nous (quos nostra attingit notitia). Ils sont riches en troupeaux

de moutons, de boeufs, de chevaux si rapides qu'ils font trois jours de

marche en un jour. Ils portent par devant une bonne armure, mais aucune

par derrière, pour n'être jamais tentés de fuir. Ils nomment khan leur

chef, dont la férocité est extrême. Habitant la plage boréale, les mers

Caspiennes, et celles qui leur confinent, ils sont nommés Tartares, du

nom du fleuve Tar. Leur nombre est si grand qu'ils semblent menacer le

genre humain de sa destruction. Quoiqu'on eût déjà éprouvé d'autres

invasions de la part des Tartares, la terreur était plus grande cette

année, parce qu'ils semblaient plus furieux que de coutume; aussi les

habitants de la Gothie et de la Frise, redoutant leurs attaques, ne

vinrent point cette année, comme ils le faisaient d'ordinaire, sur les

côtes d'Angleterre, pour charger leurs vaisseaux de harengs: les harengs

se trouvèrent en conséquence tellement abondants en Angleterre, qu'on

les vendait presque pour rien; même dans les endroits éloignés de la

mer, on en donnait quarante ou cinquante d'excellents pour une petite

pièce de monnaie. Un messager sarrasin, puissant et illustre par sa

naissance, qui était venu en ambassade solennelle auprès du roi de

France, principalement de la part du Vieux de la Montagne, annonçait ces

événements au nom de tous les Orientaux, et il demandait du secours aux

Occidentaux, pour réprimer la fureur des Tartares. Il envoya un de ses

compagnons d'ambassade au roi d'Angleterre pour lui exposer les mêmes

choses, et lui dire que si les musulmans ne pouvaient soutenir le choc

de ces ennemis, rien ne les empêcherait d'envahir tout l'Occident.

L'évêque de Winchester, qui était présent à cette audience (c'était le

favori d'Henri III), et qui avait déjà revêtu la croix, prit d'abord la

parole en plaisantant. «Laissons, dit-il, ces chiens se dévorer les uns

les autres, pour qu'ils périssent plus tôt. Quand ensuite nous

arriverons sur les ennemis du Christ qui resteront en vie, nous les

égorgerons plus facilement, et nous en purgerons la surface de la terre.

Alors le monde entier sera soumis à l'Église catholique, et il ne

restera plus qu'un seul Pasteur et une seule bergerie.» Math. Paris, p.

318.

127--page 428--_Les envoyés du Vieux de la Montagne_, etc...

Il envoya demander au roi l'exemption du tribut qu'il payait aux

Hospitaliers et aux Templiers. «Darière l'amiral avoit un Bacheler bien

atourné, qui tenoit trois coutiaus en son poing, dont l'un entroit ou

manche de l'autre; pour ce que se l'amiral eust été refusé, il eust

présenté au roy ces trois coutiaus pour li deffier. Darière celi qui

tenoit les trois coutiaus, avoit un autre qui tenoit un bouqueran (pièce

de toile de coton) entorteillé entour son bras, que il eust aussi

présenté au roi pour li ensevelir, se il eust refusée la requeste au

Vieil de la Montaigne.» Joinville, p. 95.--«Quand le viex chevauchoit,

dit encore Joinville, il avoit un crieur devant li qui portait une hache

danoise à lonc manche tout couvert d'argent, à tout pleins de coutiaus

férus ou manche et crioit: «Tournés-vous «de devant celi qui porte la

mort des rois entre ses mains.» P. 97.

_Les Francs dans l'abondance s'énervaient..._

Joinville, p. 37: «Le commun peuple se prist aus foles femmes, dont il

avint que le roy donna congié à tout plein de ses gens, quant nous

revinmes de prison; et je li demandé pourquoy il avoit ce fait; et il me

dit que il avoit trouvé de certein, que au giet d'une pierre menue,

entour son paveillon tenoient cil leur bordiaus à qui il avoit donné

congié, et ou temps du plus grant meschief que l'ost eust onques

été.»--«Les barons qui deussent garder le leur pour bien emploier en

lieu et en tens, se pristrent à donner les grans mangers et les

outrageuses viandes.»

128--page 428--_Un coup de vent ayant poussé saint Louis vers

Damiette..._

«Il est vraisemblable que saint Louis aurait opéré sa descente sur le

même point que Bonaparte (à une demi-lieue d'Alexandrie), si la tempête

qu'il avait essuyée en sortant de Limisso, et les vents contraires

peut-être, ne l'avaient porté sur la côte de Damiette. Les auteurs

arabes disent que le soudan du Caire, instruit des dispositions de saint

Louis, avait envoyé des troupes à Alexandrie comme à Damiette, pour

s'opposer au débarquement.» Michaud, IV, 236.

129--page 433--_Saint Louis prisonnier..._

On dit au roi que les amiraux avaient délibéré de le faire soudan de

Babylone... «Et il me dit qu'il ne l'eust mie refusé. Et sachiez que il

ne demoura (que ce dessein n'échoua) pour autre chose que pource que ils

disoient que le Roy estoit le plus ferme crestien que en peust trouver;

et cest exemple en monstroient, à ce que quant ils se partoient de la

héberge, il prenoit sa croiz à terre et seignoit tout son cors; et

disoient que se celle gent fesoient soudanc de li, il les occiroit tous,

ou ils deviendroient crestiens.» Joinville, p. 78.

_Les Arabes chantèrent sa défaite et plus d'un peuple chrétien_, etc...

Suivant M. Rifaut, la chanson qui fut composée à cette occasion se

chante encore aujourd'hui.--Reinaud, Extraits d'historiens arabes

(_Biblioth. des Croisades_, IV, 475).--Suivant Villani, Florence, où

dominaient les Gibelins, célébra par des fêtes le revers des croisés.

Michaud, IV, 373.

_Sa mère était morte..._

Joinville, p. 126: «À Sayette vindrent les nouvelles au Roy que sa mère

estoit morte. Si grand deuil en mena, que de deux jours on ne pot

oncques parler à li. Après ce m'envoia querre par un vallet de sa

chambre. Quant je ving devant li en sa chambre, là où il estoit tout

seul, et il me vit et estandi ses bras et me dit: À! Seneschal! j'ai

pardu ma mère.»--Lorsque saint Louis traitait avec le soudan pour sa

rançon, il lui dit que s'il voulait désigner une somme raisonnable, il

manderait à sa mère qu'elle la payât. «Et ils distrent: Comment est-ce

que vous ne nous voulez dire que vous ferez ces choses? et le roy

respondi que il ne savoit se la reine le vourroit faire pour ce que elle

estoit sa dame.» Ibid., 73.

130--page 436--_L'insurrection des Pastoureaux..._

Math. Paris, p. 550, sqq.--«Aux premiers soulèvements du peuple de Sens,

les rebelles se créèrent un clergé, des évêques, un pape avec ses

cardinaux.» Continuateur de Nangis, 1315.--Les Pastoureaux avaient aussi

une espèce de tribunal ecclésiastique. Ibid., 1320.--Les Flamands

s'étaient soumis à une hiérarchie, à laquelle ils durent de pouvoir

prolonger longtemps leur opiniâtre résistance. Grande Chron. de Flandre,

quatorzième siècle.--Les plus fameux routiers avaient pris le titre

d'archiprêtres. Froissart, vol. I, ch. CLXXVII.--Les Jacques eux-mêmes

avaient formé une monarchie. Ibid., ch. CLXXXIV.--Les Maillotins

s'étaient de même classés en dizaines, cinquantaines et centaines.

Ibid., ch. CLXXXII-III-IV, Juvén. des Ursins, ann. 1382, et Anon. de

Saint-Denis, hist. de Ch. VI; Monteil, t. I, p. 286.

131--page 440--_Une association s'était formée_, etc...

À la tête se trouvait Robert Twinge, chevalier du Yorkshire, qu'une

provision papale avait privé du droit d'élire à un bénéfice provenant de

sa famille. Ces associés, bien qu'ils ne fussent que quatre-vingts,

parvinrent, par la célérité et le mystère de leurs mouvements, à

persuader au peuple qu'ils étaient en bien plus grand nombre. Ils

assassinèrent les courriers du pape, écrivirent des lettres menaçantes

aux ecclésiastiques étrangers, etc. Au bout de huit mois, le roi

interposa son autorité. Twinge se rendit à Rome, où il gagna son procès,

et conféra le bénéfice, etc. Lingard, III, 161.

132--page 447--_L'empereur Frédéric II..._

«Frédéric, dit Villani (l. VI, c. I), fut un homme doué d'une grande

valeur et de rares talents; il dut sa sagesse autant aux études qu'à sa

prudence naturelle. Versé en toute chose, il parlait la langue latine,

notre langue vulgaire (l'italien), l'allemand, le français, le grec et

l'arabe. Abondant en vertus, il était généreux, et à ses dons il

joignait encore la courtoisie; guerrier vaillant et sage, il fut aussi

fort redouté. Mais il fut dissolu dans la recherche des plaisirs; il

avait un grand nombre de concubines, selon l'usage des Sarrasins; comme

eux, il était servi par des mameluks; il s'abandonnait à tous les

plaisirs des sens, et menait une vie épicurienne, n'estimant pas

qu'aucune autre vie dût venir après celle-ci... Aussi ce fut la raison

principale pour laquelle il devint l'ennemi de la sainte Église.»

«Frédéric, dit Nicolas de Jamsila (Hist. Conradi et Manfredi, t. VIII,

p. 495), fut un homme d'un grand coeur; mais la sagesse, qui ne fut pas

moins grande en lui, tempérait sa magnanimité, en sorte qu'une passion

impétueuse ne déterminait jamais ses actions, mais qu'il procédait

toujours avec la maturité de la raison... Il était zélé pour la

philosophie; il la cultiva pour lui-même, il la répandit dans ses États.

Avant les temps heureux de son règne, on n'aurait trouvé en Sicile que

peu ou point de gens de lettres; mais l'empereur ouvrit dans son royaume

des écoles pour les arts libéraux et pour toutes les sciences; il appela

des professeurs de différentes parties du monde, et leur offrit des

récompenses libérales. Il ne se contenta pas de leur accorder un

salaire; il prit sur son propre trésor de quoi payer une pension aux

écoliers les plus pauvres, afin que dans toutes les conditions les

hommes ne fussent point écartés par l'indigence de l'étude de la

philosophie. Il donna lui-même une preuve de ses talents littéraires,

qu'il avait surtout dirigés vers l'histoire naturelle, en écrivant un

livre sur la nature et le soin des oiseaux, où l'on peut voir combien

l'empereur avait fait de progrès dans la philosophie. Il chérissait la

justice, et la respectait si fort, qu'il était permis à tout homme de

plaider contre l'empereur, sans que le rang du monarque lui donnât

aucune faveur auprès des tribunaux, ou qu'aucun avocat hésitât à se

charger contre lui de la cause du dernier de ses sujets. Mais, malgré

cet amour pour la justice, il en tempérait quelquefois la rigueur par sa

clémence.» (Traduction de Sismondi. Remarquez que Villani est guelfe, et

Jamsila gibelin.)

133--page 447--_Le royaume de Naples resta au bâtard Manfred, au vrai

fils de Frédéric II..._

Voici le portrait qu'en font les contemporains, Math. Spinelli,

Ricordon, Summonte, Collonueio, etc. Il était doué d'un grand courage,

aimait les arts, était généreux et avait beaucoup d'urbanité. Il était

bien fait et beau de visage; mais il menait une vie dissolue; il

déshonora sa soeur, mariée au comte de Caserte; il ne craignait ni Dieu

ni les saints; il se lia avec les Sarrasins, dont il se servit pour

tyranniser les ecclésiastiques, et s'adonna à l'astrologie

superstitieuse des Arabes.--Il se vantait de sa naissance illégitime, et

disait que les grands naissaient d'ordinaire d'unions défendues.

Michaud, V, 43.

134--page 452--_L'horreur pour les Sarrasins avait diminué..._

Saint Louis montra pour les Sarrasins une grande douceur. «Il fesait

riches moult de Sarrasins que il avait fèt baptizer, et les assembloit

par mariages avecque crestiennes... Quand il estoit outre mer, il

commanda et fist commander à sa gent que ils n'occissent pas les femmes

ne les enfans des Sarrasins; ainçois les preissent vis et les amenassent

pour fère les baptisier. Ausinc il commandoit en tant come il pooit, que

les Sarrasins ne fussent pas ocis, mès fussent pris et tenuz en prizon.

Et aucune foiz forfesait l'en en sa court d'escueles d'argent ou

d'autres choses de telle manière; et doncques li benoiez rois le

soufroit débonnèrement, et donnoit as larrons aucune somme d'argent, et

les envéoit outre mer; et ce fist-il de plusieurs. Il fut tosjors à

autrui moult plein de miséricorde et piteus.» Le Confesseur, p. 302,

388.

135--page 464--_Saint Louis envoyait des Mendiants pour surveiller les

provinces_, etc...

Math. Paris, ad. ann. 1247, p. 493.--Par son testament (1269), il leur

légua ses livres et de fortes sommes d'argent, et institua pour nommer

aux bénéfices vacants un conseil composé de l'évêque de Paris, du

chancelier, du prieur des Dominicains et du gardien des Franciscains.

Bulsæus, III, 1269.--Après la première croisade, il eut toujours deux

confesseurs, l'un dominicain, l'autre franciscain; Gaufred., de Bell.

loc, ap. Duchesne, V, 451.--Le confesseur de la reine Marguerite

rapporte qu'il eut la pensée de se faire dominicain, et que ce ne fut

qu'avec peine que sa femme l'en empêcha.--Il eut soin de faire

transmettre au pape le livre de Guillaume de Saint-Amour. Le pape l'en

remercia, en le priant de continuer aux moines sa protection. Bulæus,

III, 313.

136--page 466 et note I--_En 1246, Pierre Mauclerc forme une ligue

contre le clergé_, etc...

_Trésor des chartes_, Champagne, VI, nº 84; et ap. _Preuves des libertés

de l'Église gallicane_, I, 29.

1247. Ligue de Pierre de Dreux Mauclerc avec son fils le duc Jean, le

comte d'Angoulême et le comte de Saint-Pol, et beaucoup d'autres

seigneurs, contre le clergé.--«À tous ceux qui ces lettres verront, nous

tuit, de qui le séel pendent en cet présent escript, faisons à sçavoir

que nous, par la foy de nos corps, avons fiancez sommes tenu, nous et

notre hoir, à tousjours à aider li uns à l'autre, et à tous ceux de nos

terres et d'autres terres qui voudront estre de cette compagnie, à

pourchacier, à requerre et à défendre nos droits et les leurs en bonne

foy envers le clergié. Et pour ce que grieffsve chose seroit, nous tous

assembler pour cette besogne, nous avons eleu, par le commun assent et

octroy de nous tous, le duc de Bourgogne, le comte Perron de Bretaigne,

le comte d'Angolesme et le comte de Sainct-Pol;... et si aucuns de cette

compagnie estoient excommuniez, par tort conneu par ces quatre, que le

clergié li feist, il ne laissera pas aller son droict ne sa querele pour

l'excommuniement, ne pour autre chose que on li face, etc.» _Preuv. des

lib. de l'Égl. gallic_, I, 99. Voy. aussi p. 95, 97, 98.

137--page 467--_Cette âme tendre et pieuse, blessée dans tous ses

amours_, etc...

Lorsque saint Louis eut résolu de retourner en France «lors me dit robe

entre ly et moy sanz plus, et me mist mes deux mains entre les seues, et

le légat que je le convoiasse jusques à son hostel. Lors s'enclost en sa

garde, commensa à plorer moult durement; et quand il pot parler, si me

dit: Seneschal, je sui moult li, si en rent graces à Dieu, de ce que le

roy et les autres pèlerins eschapent du grand péril là où vous avez esté

en celle terre; et moult sui à mésaise de crier de ce que il me

convendra lessier vos saintes compaingnies, et aler à la court de Rome,

entre cel desloial gent qui y sont.»

138--page 475--_Guillaume de Saint-Amour contre les Mendiants..._

Les ordres Mendiants étaient fort effrayés. «Cum prædicto volumini

respondere fuisset prædicto doctori (Thomæ), non sine singultu et

lacrymis, assignatum, qui de statu ordinis de pugna adversariorum tara

gravium dubitabant, Fr. Thomas ipsum volumen accipiens et se fratrum

orationibus recommendans...», Guill. de Thoco, vit. S. Thomæ, ap. Acta

SS. Martis, I.

139--page 476--_Albert-le-Grand déclara que saint Thomas avait fixé la

règle..._

Processus de S. Thom. Aquin., ap. Acta SS. Martis, I, p. 714: «Concludit

quod Fr. Thomas in scripturis suis imposuit finem omnibus laborantibus

usque ad finem sæculi, et quod omnes deinceps frustra

laborarent.»--«Fuit (S. Thomas) magnus in corpore et rectæ staturæ...

coloris triticei... magnum habens caput... aliquantulum calvus. Fuit

tenerrimæ complexionis in carne.» Acta SS., p. 672.--«Fuit grossus.»

Processus de S. Thom., ibid.

140--page 482--_Le roi apparaît à la poésie féodale comme un lâche..._

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 2 / 10) · 第 41 / 42 段