lanceam ibi (in pugna) ferebam.»--Foulcher de Chartres s'écrie: _Audile
fraudem et non fraudem!_ et ensuite: _Invenit lanceam, fallaciter
occultalam forsitan_, c. X.
71--page 193--_Antioche resta à Bohémond, malgré les efforts de
Raymond_, etc...
«Tancrède, dit son historien Raoul de Caen, eut d'abord grande envie de
tomber sur les Provençaux; mais il se souvint qu'il est est défendu de
verser le sang chrétien; il aima mieux recourir aux expédients de
Guiscard. Il fit entrer ses hommes pendant la nuit, et, lorsqu'ils
furent en nombre, ils tirèrent leurs épées et chassèrent les soldats de
Raymond, avec force soufflets.--L'origine de cette haine, ajoute-t-il,
c'était une querelle pour du fourrage, au siège d'Antioche. Des
fourrageurs des deux nations s'étaient trouvés ensemble au même endroit,
et s'étaient battus à qui aurait le blé.--Depuis lors, chaque fois
qu'ils se rencontraient, ils déposaient leurs fardeaux et se chargeaient
d'une grêle de coups de poing; le plus fort emportait la proie.» C. 98,
99, p. 316.--Ensuite Raymond et les siens soutinrent l'authenticité de
la sainte lance; «parce que les autres nations, dans leur simplicité, y
apportaient des offrandes; ce qui enflait la bourse de Raymond. Mais le
rusé Bohémond (_non imprudens, multividus_, Rad. Cad., p. 317; Robert.
Mon., ap. Bongars, p. 40) découvrit tout le mensonge. Cela envenima la
querelle.» C. 101, 102.
72--page 196--_Le nom de Francs devint le nom commun des Occidentaux..._
Guibert, 1. II, c. I: «L'année dernière je m'entretenais avec un
archidiacre de Mayence au sujet de la rébellion des siens, et je
l'entendais vilipender notre roi et le peuple, uniquement parce que le
roi avait bien accueilli et bien traité partout le seigneur pape Pascal,
ainsi que ses princes: il se moquait des Français à cette occasion,
jusqu'à les appeler par dérision _Francons_. Je lui dis alors: «Si vous
tenez les Français pour tellement faibles ou lâches que vous croyiez
pouvoir insulter par vos plaisanteries à un nom dont la célébrité s'est
étendue jusqu'à la mer indienne, dites-moi donc à qui le pape Urbain
s'adressa pour demander du secours contre les Turcs? N'est-ce pas aux
Français?»--Id., l. IV, c. III: «Nos princes, ayant tenu conseil,
résolurent alors de construire un fort sur le sommet d'une montagne
qu'ils avaient appelée _Malreguard_, pour s'en faire un nouveau point de
défense contre les agressions des Turcs.» La langue française dominait
donc dans l'armée des croisés. Voyez aussi les suites de la quatrième
croisade.
_Le roi de France n'en était pas moins appelé par les Grecs_: [Grec: ho
basileus tôn basileôn, kai archêgos tou Phraggichou stratou].
Mathieu Paris (ad ann. 1254) et Froissart (t. IV, p. 207) donnent au roi
de France le titre de _Rex regum_, et de chef de tous les rois
chrétiens.--Les Turcs eux-mêmes voulurent descendre des Francs: «Dicunt
se esse de Francorum generatione, et quia nullus homo naturaliter debet
esse miles nisi Turci et Franci.» Gesta Francorum, ap. Bongars, p. 7.
73--page 198--_Godefroi languit et mourut..._
Guibert. Nov., l. VII, 22: «Un prince d'une tribu voisine de Gentils lui
envoya des présents infectés d'un poison mortel. Godefroi s'en servit
sans défiance, tomba tout à coup malade, s'alita, et mourut bientôt
après. Selon d'autres, il mourut de mort naturelle.»
74--page 198--_Le langage des contemporains avant la croisade..._
Raym. d'Agiles, ap. Bongars, p. 149: «Jocundum spectaculum tandem post
multa tempora nobis factum... Accidit ibi quoddam satis nobis jocundum
atque delectabile.»--Il raconte encore que le comte de Toulouse fît un
jour arracher les yeux, couper les pieds, les mains et le nez à ses
prisonniers, et il ajoute: «Quanta ibi fortitudine et consilio comes
claruerit non facile referendum est.»
75--page 200--_Les chrétiens de la croisade ont essayé de valoir mieux
qu'eux-mêmes..._
Guib. Nov., l. IV, c. XV: «Unde fiebat, ut nec mentio scorti, nec nomen
prostibuli toleraretur haberi: præsertim cum pro hoc ipso scelere,
gladiis Deo judice vererentur addici. Quod si gravidam inveniri
constitisset aliquam earum mulierum quæ probabantur carere maritis,
atrocibus tradebatur cum suo lenone suppliciis.»--«Les moeurs sensuelles
des Turcs contrastaient avec cette chasteté chrétienne. Après la grande
bataille d'Antioche, on trouva dans les champs et les bois des enfants
nouveau-nés dont les femmes turques étaient accouchées pendant le cours
de l'expédition.» Guibert, l. V.
76--page 201--_Avant l'an 1000 les paysans de la Normandie s'étaient
ameutés..._
Will. Gemetic, l. V, ap. Scr. fr. X, 185: «Rustici unanimes per diversos
totius normannicæ patriæ plurima agentes conventicula, juxta suos
libitus vivere decernebant; quatenus tam in silvarum compendiis quam in
aquarum commerciis, nullo obsistente ante statuti juris obice, legibus
uterentur suis... Truncatis manibus ac pedibus, inutiles suis remisit...
His rustici expertis, festinato concionibus omissis, ad sua aratra sunt
reversi.»
77--page 203--_Ils se dirent avec le poète du douzième siècle..._
Rob. Wace, _Roman de Rou_, vers 5979-6038:
Li païsan e li vilain
Cil del boscage et cil del plain,
Ne sai par kel entichement,
Ne ki les meu primierement;
Par vinz, par trentaines, par cenz
Unt tenuz plusurs parlemenz...
Privéement ont porparlè
E plusurs l'ont entre els juré
Ke jamez, par lur volonté,
N'arunt seingnur ne avoé.
Seingnur ne lur font se mal nun;
Ne poent aveir od els raisun,
Ne lur gaainz, ne lur laburs;
Cheseun jur vunt a grant dolurs...
Tute jur sunt lur bestes prises
Pur aïes e pur servises...
«Pur kei nus laissum damagier!
Metum nus fors de lor dangier;
Nus sumes homes cum il sunt,
Tex membres avum cum il unt,
Et altresi grans cors avum,
Et altretant sofrir poum.
Ne nus faut fors cuer sulement;
Alium nus par serement,
Nos aveir e nus defendum,
E tuit ensemble nus tenum.
Es nus voilent guerreier,
Bien avum, contre un chevalier,
Trente u quarante païsanz
Maniables e cumbatans.»
78--page 218--_Abailard était un beau jeune homme..._
Epistola I, Heloissæ ad Abel. (Abel. et Hel. opera, edid. Duchesne):
«Quod enim bonum animi vel corporis tuam non exornabat
adolescentiam?»--Abelardi Liber Calamitatum mearum, p. 10: «Juvenlutis
ei formæ gratia.»
_Personne ne faisait comme lui des vers d'amour en langue vulgaire_,
etc...
Abel. Liber Calam., p. 12: «Jam (à l'époque de son amour) si qua
invenire licebat carmina, erant amatoria, non philosophiæ secreta.
Quorum etiam carminum pleraque, adhuc in multis, sicut et ipse nosti,
frequentantur et decantantur regionibus, ab bis maxime quos vita simul
oblectabat.»--Heloissæ epist. I{a}: «Duo autem, fateor, tibi specialiter
inerant quibus feminarum quarumlibet animos statim allicere poteras:
dictandi videlicet, et cantandi gratia. Quæ cæteros minime philosophos
assecutos esse novimus. Quibus quidem quasi ludo quodam laborem exerciti
recreans philosophici, pleraque amatorio metro vel rhythmo composita
reliquisti carmina, quæ præ nimia suavitate tam dictaminis quam cantus
sæpius frequentata, tuum in ore omnium nomen incessanter tenebant: ut
etiam illiteratos melodiæ dulcedo tui non sineret immemores esse. Atque
hinc maxime in amorem tuum feminæ suspirabant. Et cum horum pars maxima
earminum nostros decantaret amores, multis me regionibus brevi tempore
nunciavit, et multarum in me feminarum accendit invidiam.»
Page 218--_Il avait renoncé à l'escrime des tournois, par amour pour les
combats de la parole..._
Liber Calam., p. 4: «Et quoniam dialecticorum rationum armaturam omnibus
philosophiæ documentis prætuli, bis armis alia commutavi et trophæis
bellorum conflictus prætuli disputationum. Præinde diversas disputando
perambulans provincias...»
_Les seigneurs l'encourageaient..._
Liber. Calam., p. 5: «Quoniam de potentibus terræ nonnullos ibidem
habebat (Guillelmus Campellensis) æmulos, fretus eorum auxilio, voti mei
compos extiti.»
79--page 219--_Le hardi jeune homme simplifiait, expliquait,
popularisait, humanisait..._
«De là l'enivrement des laïques et la stupéfaction des docteurs. Nouveau
Pierre-l'Ermite d'une croisade intellectuelle, il entraînait après lui
une jeunesse tourmentée de l'inextinguible soif de savoir, aventureuse
et militante, impatiente de s'élancer vers un autre Orient inconnu, et
d'y conquérir, non pas le tombeau du Christ, mais le Verbe éternellement
vivant et Dieu lui-même. De l'Europe entière accouraient par milliers
ces jeunes et ardents pèlerins de la pensée, tout bardés de logique et
tout hérissés de syllogismes. «Rien ne les arrêtait, dit un
contemporain, ni la distance, ni la profondeur des vallées, ni la
hauteur des montagnes, ni la peur des brigands, ni la mer et ses
tempêtes. La France, la Bretagne, la Normandie, le Poitou, la Gascogne,
l'Espagne l'Angleterre, la Flandre, les Teutons et les Suédois
célébraient ton génie, t'envoyaient leurs enfants; et Rome, cette
maîtresse des sciences, montrait en te passant ses disciples que ton
savoir était encore supérieur au sien.» (Foulques, prieur de Deuil.)
«Lui seul, ajoute un autre de ses admirateurs, savait tout ce qu'il est
possible de savoir.» De son école, où cinq mille auditeurs ordinairement
venaient acheter sa doctrine à prix d'or, sortirent successivement un
pape (Célestin II), dix-neuf cardinaux, plus de cinquante évêques ou
archevêques, une multitude infinie de docteurs, et avec eux une espèce
de régénération intérieure de l'Église d'Occident.» Les _Réformateurs au
douzième siècle_, par M. N. Peyrat, p. 128, 1860.
80--page 220--_Cette philosophie passa en un instant la mer et les
Alpes..._
Guill. de S. Theodor. epist. ad. S. Bern. (ap. S. Bernardi opera, t. I,
p. 302): «Libri ejus transcunt maria, transvolant Alpes.»--Saint Bernard
écrit en 1140, aux cardinaux de Rome: «Legite, si placet, librum Petri
Abelardi, quem dicit Theologiæ; ad manum enim est, cum, sicut gloriatur,
a pluribus lectitetur in Curia.»
_Partout on discourait sur les mystères..._
Les évêques de France écrivaient au pape, en 1140: «Cum per totam fere
Galliam, in civitatibus, vicis et castellis, a scholaribus, non solum
inter scholas, sed etiam triviatim, nec a litteratis aut provectis
tantum, sed a pueris et simplicibus, aut certe stultis, de S. Trinitate,
quæ Deus est, disputaretur...» S. Bernardi opera, I, 309.--S. Bern.
epist. 88 ad Cardinales: «Irridetur simplicium fides, eviscerantur
arcana Dei, quæstiones de altissimis rebus temerarie ventilantur.»
81--page 224, note 1--_Abailard voulut réformer les moeurs de l'abbaye
de Saint-Denis..._
«Sciebam in hoc regii consilii esse, ut quo minus regularis abbatia illa
esset, magis regi esset subjecta et utilis, quantum videlicet ad lucra
temporalia.» Liber Calamit., p. 27.
82--page 226--_Saint Bernard vint avec répugnance au concile de Sens..._
S. Bern. epist. 189: «Abnui, tum quia puer sum, et ille vir bellator ab
adolescentia: tum quia judicarem indignum rationem fidei humanis
committi ratiunculis agitandam.»
_Innocent II haïssait Abailard dans son disciple Arnaldo de Brescia..._
S. Bern. epist. ad papam, p. 182: «Procedit Golias (Abælardus.)...
antecedente quoque ipsum ejus armigero, Arnoldo de Brixia. Squama
squamæ conjungitur, et nec spiraculum incedit per eas. Si quidem
sibilavit apis, quæ erat in Francia, api de Italia, et venerunt in unum
adversus Dominum.»--Epist. ad episc. Constant, p. 187: «Utinam tam sanæ
esset doctrinæ quam districtæ est vitæ! Et si vultis scire, homo est
neque manducans, neque bihens, solo cum diabolo esuriens et sitiens
sanguinem animarum.»--Epist. ad Guid., p. 188: «Cui caput columbæ, cauda
scorpionis est; quem Brixia evomuit, Roma exhorruit, Francia repulit,
Germania abominatur, Italia non vult recipere.»--Il avait eu aussi pour
maître Pierre de Brueys. Bulæus, _Hist. Universit. Paris._, II, 155.
Platina dit qu'on ne sait s'il fut prêtre, moine ou ermite.--Trithemius
rapporte qu'il disait en chaire, en s'adressant aux cardinaux: «Scio
quod me brevi clam occidetis?... Ego testem invoco coelum et terram quod
annuntiaverim vobis ea quæ mihi Dominus præcepit. Vos autem contemnitis
me et creatorem vestrum. Nec mirum si hominem me peccatorem vobis
veritatem annuntiantem morti tradituri estis, cum etiam si S. Petrus
hodie resurgeret, ei vitia vestra quæ nimis multiplicia sunt,
reprehenderet, et minime parceretis.» Ibid., 106.
83--page 231--_Robert d'Arbrissel bâtit aux femmes Fontevrault_, etc...
L'ordre de Fontevrault eut trente abbayes en Bretagne.--Fondé vers 1100,
il comptait déjà, selon Suger, en 1145, près de cinq mille
religieuses.--Les femmes étaient cloîtrées, chantaient et priaient; les
hommes travaillaient.--Malade, il appelle ses moines, et leur dit:
«Deliberate vobiscum, dum adhuc vivo, utrum permanere velitis in vestro
proposito; ut scilicet, pro animarum vestrarum salute, obediatis
ancillarum Christi præcepto. Scitis enim quia quæcumque, Deo coopérante,
alicubi ædiflcavi, earum potentatui atque dominatui subdidi... Quo
audito, pene omnes unanimi voce dixerunt: Absit hoc, etc.» Avant de
mourir il voulut donner un chef aux siens. «Scitis, dilectissimi mei,
quod quidquid in mundo ædificavi, ad opus sanctimonialium nostrarum
feci: eisque potestatem omnem facultatum mearum præbui: et quod his
majus est, et me et meos discipulos, pro animarum nostrarum salute,
earum servitio submisi. Quamobrem disposui abbatissam ordinare.»
Considérant qu'une vierge élevée dans le cloître, ne connaissant que les
choses spirituelles et la contemplation, ne saurait gouverner les
affaires extérieures, et se reconnaître au milieu du tumulte du monde,
il nomme une femme veuve et lui recommande que jamais on ne prenne pour
abbesse une des femmes élevées dans le cloître.--Il recommande aussi de
parler peu, de ne point manger de chair, de se vêtir grossièrement.
_Il enseignait la nuit et le jour au milieu d'une foule de disciples des
deux sexes_, etc...
Lettre de Marbodus, évêque de Rennes, à Robert d'Arbrissel: «Mulierum
cohabitationem, in quo genere quondam peccasti, diceris plus amare...
Has ergo non solum communi mensa per diem, sed et communi occubitu per
noctem digeris, ut referunt, accubante simul et discipulorum grege, ut
inter utrosque medius jaceas, utrique sexui vigiliarum et somni leges
præfigas.» D. Morice, I, 499. «Feminarum quasdam, ut dicitur, nimis
familiariter tecum habitare permittis et cum ipsis etiam et inter ipsas
noctu frequenter cubare non erubescis. Hoc si modo agis, vel aliquando
egisti, novum et inauditum, sed infructuosum martyrii genus invenisti...
Mulierum quibusdam, sicut fama sparsit, et nos ante diximus, sæpe
privatim loqueris earum accubitu novo martyrii genere cruciaris.» Lettre
de Geoffroi, abbé de Vendôme, à Robert d'Arbrissel, publiée par le P.
Sirmond (Daru, _Histoire de Bretagne_, I, 320): «Taceo de juvenculis
quas sine examine religionem professas, mutata veste, per diversas
cellulas protinus inclusisti. Hujus igitur facti temeritatem miserabilis
exitus probat; aliæ enim, urgente partu, fractis ergastulis, elapsæ
sunt; aliæ in ipsis ergastulis pepereunt.» Clypeus nascentis ordinis
Fontebraldensis, t. I, p. 69.
84--page 232 et note 1--_Louis VII reconnaît expressément aux femmes le
droit de siéger comme juges..._
Voy. dans Duchesne, t. IV, la réponse du roi... «apud vos deciduntur
negotia legibus imperatorum; benignior longe est consuetudo regni
nostri, ubi si melior sexus defuerit, mulieribus succedere et
hæreditatem administrare conceditur.»
85--page 236, note 1--_Sur les sceaux, le roi de France est toujours
assis..._
Si Louis VII est quelquefois représenté à cheval (1137, 1138, _Archives
du Royaume_, K. 40), c'est comme Dux Aquitanorum. L'exception confirme
la règle.
86--page 236--_Le descendant de Guillaume-le-Conquérant, quel qu'il
soit_, etc...
On sait l'énorme grosseur de Guillaume-le-Conquérant (Voy. plus haut).
«Quand donc accouchera ce gros homme?» disait le roi de France.
Lorsqu'il fallut l'enterrer, la fosse se trouva trop étroite et le corps
creva. Il dépensait pour sa table des sommes énormes (Gazas
ecclesiasticas conviviis profusioribus insumebal, Guill. Malmsb., 1.
III, ap. Scr. fr. XI, 188). Les auteurs de l'_Art de vérifier les Dates_
(XIII, 15) rapportent de lui, d'après une chronique manuscrite, un trait
de violence singulière. Lorsque Baudoin de Flandre lui refusa sa fille
Mathilde, «il passa jusques en la chambre de la comtesse; il trouva la
fille au comte, si la prist par les trèces, si la traisna parmi la
chambre et défoula à ses piés.»--Son fils aîné Robert était surnommé
_Courte-Heuse_, ou _Bas-Court_ (Order. Vit., ap. Scr. fr. XII,
596:...facie obesa, corpore pingui, brevique stalura, unde vulgo
_Gambaron_ cognominatus est, et _Brevis-ocrea_); il se laissait ruiner
par les histrions et les prostituées (ibid., p. 602: Histrionibus et
parasitis ac meretricibus; item, p. 681).--Le second fils du Conquérant,
Guillaume-le-Roux, était de petite taille et fort replet; il avait les
cheveux blonds et plats, et le visage couperosé (Lingard, t. II de la
trad., p. 167). «Quand il mourut, dit Orderic Vital, ce fut la ruine des
routiers, des débauchés et des filles publiques, et bien des cloches ne
sonnèrent pas pour lui, qui avaient retenti longtemps pour des indigents
ou de pauvres femmes» (Scr. rer. fr. XII, 679).--Ibid. «Legitimam
conjugem nunquam habuit; sed obsconis fornicationibus et frequentibus
moechiis inexplebiliter inhæsit.» P. 635: «Protervus et lascivus.» P.
624: «se Erga Deum et ecclesiæ frequentationem cullumque frigidus
extitit.»--Suger, ibid., p. 12: «Lascivio et animi desideriis deditus...
Ecclesiarum crudelis exactor, etc.»--Huntingd., p. 216: «Luxurias scelus
lacendum exercebat, non occulte, sed ex impudentia coram sole,
etc.»--Henri Beauclerc, son jeune frère, eut de ses nombreuses
maîtresses plus de quinze bâtards. Suivant plusieurs écrivains, sa mort
fut causée par sa voracité en mangeant un plat de lamproies (Lingard,
II, 241). Ses fils, Guillaume et Richard, se souillaient des plus
infâmes débauches. (Huntingd., p. 218: «Sodomitica tabe dicebantur, et
erant irretiti.» Gervas., p. 1339: «Luxuriæ et libidinis omni tabe
maculati.)» Glaber (ap. Scr. fr. X, 51) remarque que dès leur arrivée
dans les Gaules, les Normands eurent presque toujours pour princes des
bâtards.--Les Plantagenets semblèrent continuer cette race souillée.
Henri II était roux, défiguré par la grosseur énorme de son ventre, mais
toujours à cheval et à la chasse. (Petr. Blés., p. 98.) Il était, dit
son secrétaire, plus violent qu'un lion (Leo et leone truculentior, dum
vehementius excandescit, p. 75); ses yeux bleus se remplissaient alors
de sang, son teint s'animait, sa voix tremblait d'émotion (Girald.
Cairibr., ap. Camden, p. 783). Dans un accès de rage, il mordit un page
à l'épaule. Humet, son favori, l'ayant un jour contredit, il le
poursuivit jusque sur l'escalier, et ne pouvant l'atteindre, il rongeait
de colère la paille qui couvrait le plancher. «Jamais, disait un
cardinal, après une longue conversation avec Henri, je n'ai vu d'homme
mentir si hardiment (Ep. S. Thom., p. 566). Sur ses successeurs, Richard
et Jean, voyez plus bas.--L'idéal, c'est Richard III, le Richard III de
Shakespeare, comme celui de l'histoire.
87--page 238--_Tous vrais saints quoique l'Église n'ait, canonisé que le
dernier..._
Encore Louis VII est-il saint lui-même, suivant quelques auteurs. On lit
dans une chronique française, insérée au douzième volume du _Recueil des
historiens de France_, p. 226: «Il fu mors...; sains est, bien le
savons»; et dans une chronique latine (ibid.): «...Et sanctus reputatur,
prout alias in libro vitæ suæ legimus. 9
88--page 239--_Louis VII avait été élevé dans le cloître de
Notre-Dame..._
Voy. une charte de Louis VII, ap. Scr. fr. XII, 90... «Ecclesiam
parisiensem, in cujus claustro, quasi in quodam maternali gremio,
incipientis vito et pueritiæ nostræ exegimus tempora.»
89--page 241--_Saint Bernard refusa d'aller lui-même a la croisade..._
En 1128, il détourne un abbé du pèlerinage de Jérusalem. (Operum, t. I,
p. 85; voy. aussi p. 323.)--En 1129, il écrit à l'évêque de Lincoln, au
sujet d'un Anglais nommé Philippe, qui, parti pour la terre sainte,
s'était arrêté à Clairvaux et y avait pris l'habit: «Philippus vester
volens proficisci Jerosolymam, compendium vise invenit, et cito pervenit
quo volebat... Stantes sunt jam pedes ejus in atriis Jérusalem, et quem
audierat in Euphrata, inventum in campis silvo libenter adorât in loco
ubi steterunt pedes ejus. Ingressus est sanctam civitatem... Factus est
ergo non curiosus tantum spectator, sed et devotus habitator, et civis
conscriptus Jérusalem, non autem terrenæ hujus, cui Arabiæ mons Sina
conjunctus est, quæ servit cum filiis suis, sed liberæ illius quæ est
sursum mater nostra. Et si vultis scire, Claræ-Vallis est» (p.
64).--Voici un passage d'un auteur arabe, qui offre, avec les idées
exprimées par saint Bernard, une remarquable analogie: «Ceux qui volent
à la recherche de la Caaba, quand ils ont enfin atteint le but de leurs
fatigues, voient une maison de pierre, haute, révérée, au milieu d'une
vallée sans culture; ils y entrent, afin d'y voir Dieu; ils le cherchent
longtemps et ne le voient point. Quand avec tristesse ils ont parcouru
la maison, ils entendent une voix au-dessus de leurs têtes: Ô adorateurs
d'une maison! pourquoi adorer de la pierre et de la boue? Adorez l'autre
maison, celle que cherchent les élus!» (Ce beau fragment, dû à un jeune
orientaliste, M. Ernest Fouinet, a été inséré par M. Victor Hugo dans
les notes de ses _Orientales_, p. 416 de la première édition.)
90--page 254--_Les jurisconsultes appelés par Frédéric-Barberousse_,
etc...
Radevicus, II, c. IV, ap. Giesler, Kirchengeschichte, II, P. 2, p. 72.
«Scias itaque omne jus populi in condendis legibustibi concessum, tua
voluntas jus est, sicuti dicitur: «Quod principi placuit, legis habet
vigorem, cum populus et in eum omne suum imperium et poteslatem
concesserit.»--Le conseiller de Henri II, le célèbre Ramilfe de
Glanville, répète cette maxime (de leg. et consuel. reg. anglic., in
proem.).
91--page 257--_Becket conduisait en son propre nom_, etc...