Gregor. VII. epist. ad episc: «Francorum Rex vester qui non rex, sed

tyrannus dicendus est, omnem ætatem suam flagitiis et facinoribus

polluit... Quod si vos audire noluerit, per universam Franciam omne

divinum officium publice celebrari interdicite.»--Bruno, de Bello Sax.,

p. 121, ibid.: «Quod si in his sacris canonibus noluisset rex obediens

existere... se eum velut putre membrum anathematis gladio ab unitate S.

Matris Ecclesiæ minabatur abscindere.»

55--page 137--_Sur la terre il y a le pape, et l'empereur qui est le

reflet du pape_, etc...

Gregorii VII epist. ad reg. Angl., ibid. 6: «Sicut ad mundi

pulchritudinem oculis carneis diversis temporibus reprasentandam, Solem

et Lunam omnibus aliis eminentiora disposuit (Deus) luminaria,

sic...»--V. aussi Innoc. III, l. I, epist. 401.--Bonifacii VIII epist.,

ibid. 197: «Fecit Deus duo luminaria magna, scilicet Solem, id est,

ecclesiasticam potestatem, et Lunam, hoc est, temporalem et imperialem.

Et sicut Luna nullum lumen habet nisi quod recipit a Sole, sic...»--La

glose des Décrétales fait le calcul suivant: «Cum terra sit septies

major luna, sol autem octies major terra, restat ergo ut pontiflcatus

dignitas quadragies septies sit major regali dignitate.»--Laurentius va

plus loin: «... Papam esse millies septingenties quater imperatore el

regibus sublimiorem.» (Gieseler, II.)

56--page 141--_Les Normands parlaient français dès la troisième

génération_, etc...

Guill. Gemetic, l. III, c. VIII: «Quem (Richard I) confestim pater

Baiocas mittens... ut ibi lingua eruditus danica suis exterisque

hominibus sciret aperte dare responsa.»--Voy. Depping, _Hist. des

expéditions normandes_, t. II; Estrup, _Remarques faites dans un voyage

en Normandie_, Copenhague, 1821; et _Antiquités des Ango-Normands_.--On

trouve aux environs de Bayeux _Saon_ et _Saonet_. Plusieurs familles

portent le nom de _Saisne_, _Sesne_. Un capitulaire de Charles-le-Chauve

(Scr. fr. VII, 616) désigne le canton de Bayeux par le mot d'_Otlingua

Saxonia_.--Le nom de Caen est saxon aussi: _Cathim_, maison du conseil.

(_Mém. de l'Acad. des Inscript._, t. XXXI, p. 242.)--Beaucoup de

Normands m'ont assuré que dans leur province on ne rencontrait guère le

blond prononcé et le roux que dans le pays de Bayeux et de Vire.

Page 142--_Les Allemands se moquaient de leur petite taille..._

Guill. Apulus, l. II, ap. Muratori, V. 259.

Corpora dérident Normannica, quæ breviora

Esse videbantur.

_Dans leur guerre contre les Grecs et les Vénitiens, se montrent peu

marins..._

Gibbon, XI, 151.

_Rasés comme les prêtres..._

Guill. Malmsbur., ap. Scr. fr. XI, 183.

_Il leur fallait aller gaaignant par l'Europe..._

Gaufred. Malaterra, l. I, c. III: «Est gens astutissima, injuriarum

ultrix; spe alias plus lucrandi, patrios agros vilipendens, quæstus et

dominationis avida, cujuslibet rei simulatrix: inter largitatem et

avaritiam quoddam modium habens.»--Guill. Malmsb., ap. Scr. fr. XI, 185:

«Cum fato ponderare perfîdiam, cum nummo mutare sententiam.»--Guill.

Apulus, l. II, ap. Muratori, 259.

Audit... quia gens semper Normannica prona

Est id avaritiam; plus, qui plus præbet, amatur.

--«Ceux qui ne pouvaient faire fortune dans leur pays, ou qui venaient à

encourir la disgrâce de leur duc, partaient aussitôt pour l'Italie.»

(Guill. Gemetic, l. VII, XIX, XXX.)--Guill. Apul., l. I, p. 259.

57--page 144--_Les fils de Tancrède de Hauteville..._

Chronic. Malleac, ap. Scr. fr. XI, 644: «Wiscardus... cum generis esset

ignoti et pauperculi.»--Richard. Cluniac.: «Robertus Wiscardi, vir

pauper, miles tamen.»--Alberic. ap. Leibnitzii Access. histor., p. 124:

«Mediocri parentela.»

_Ils s'en allèrent sans argent_, etc...

Gaufred. Malaterra, l. I, c. V: «Per diversa loca militariter lucrum

quærentes.»

_Le gouverneur_ (_ou Kata. pan_)...

[Grec: Kata pan], commandant général. C'est ce que Guillaume de Pouille

exprime par ce vers:

Quod _Catapan_ Græcî, nos _juxta_ dicimus _omne_.

L. I, p. 254.

_Cette république de condottieri_, etc...

Chacun des douze comtes y avait à part son quartier et sa maison:

Pro numero comitum bis sex statuere plateas,

Atque domus comitum totidem fabricantur in urbe.

Id., _ibid._, p. 256.

58--page 147--_Guillaume-le-Bâtard_ (_il s'intitule ainsi lui-même_).

«Ego Guillelmus, cognomento Bastardus...» Voy. une charte citée au

douzième volume du _Recueil des Historiens de France_, p. 568.--Ce nom

de Bâtard n'était sans doute pas une injure en Normandie. On lit dans

Raoul Glaber, l. IV, c. VI (ap. Scr. fr., X, 51): «Bobertus ex concubinâ

Willelmum genuerat... cui... universos sui ducaminis principes

militaribus adstrinxit sacramentis... Fuit enim usui a primo adventu

ipsius gentis in Gallias, ex hujusmodi concubinarum commixtione illorum

principes extitisse.»

Page 156--_C'était un gros homme chauve_, etc...

Will. Malmsb., l. III, ap. Scr. fr. XI, 190: «Justæ fuit staturæ,

immensæ corpulentiæ: facie fera, fronte capillis nuda, roboris ingentis

in lacertis, magnæ dignitatis sedens et stans, quanquam obesitas ventris

nimium protensa.»

59--page 148, note 1--_En 1003, Ethelred avait envoyé une expédition

contre les Normands..._

«Quand ses hommes revinrent, il leur demanda s'ils amenaient le duc de

Normandie: «Nous n'avons point vu le duc, répondirent-ils, mais nous

avons combattu pour notre perte, avec la terrible population d'un seul

comté. Nous n'y avons pas seulement trouvé de vaillants gens de guerre,

mais des femmes belliqueuses, qui cassent la tête avec leurs cruches aux

plus robustes ennemis.» À ce récit, le roi, reconnaissant sa folie,

rougit, plein de douleur.» (Will. Gemetic, l. V, c. IV, ap. Scr. fr. X,

186.) En 1034, le roi Canut, par crainte de Robert de Normandie, aurait

offert de rendre aux fils d'Ethelred moitié de l'Angleterre. (Id., l. V,

c. XII; ibid., XI, 37.)

60--page 149--_L'Église saxonne, comme le peuple, semble avoir été

grossière et barbare..._

«Les Anglo-Saxons, dit Guillaume de Malmesbury, avaient, longtemps avant

l'arrivée des Normands, abandonné les études des lettres et de la

religion. Les clercs se contentaient d'une instruction tumultuaire; à

peine balbutiaient-ils les paroles des sacrements, et ils

s'émerveillaient tous si l'un d'eux savait la grammaire. Ils buvaient

tous ensemble, et c'était là l'étude à laquelle ils consacraient les

jours et les nuits. Ils mangeaient leurs revenus à table, dans de

petites et misérables maisons. Bien différents des Français et des

Normands, qui, dans leurs vastes et superbes édifices, ne font que très

peu de dépense. De là tous les vices qui accompagnent l'ivrognerie, qui

efféminent le coeur des hommes. Aussi, après avoir combattu Guillaume

avec plus de témérité et d'aveugle fureur que de science militaire,

vaincus sans peine en une seule bataille, ils tombèrent eux et leur

patrie dans un dur esclavage.--Les habits des Anglais leur descendaient

alors jusqu'au milieu du genou; ils portaient des cheveux courts, et la

barbe rasée; leurs bras étaient chargés de bracelets d'or, leur peau

était relevée par des peintures et des stigmates colorés; leur

gloutonnerie allait jusqu'à la crapule, leur passion pour la boisson

jusqu'à l'abrutissement. Ils communiquèrent ces deux derniers vices à

leurs vainqueurs; et, à d'autres égards, ce furent eux qui adoptèrent

les moeurs des Normands. De leur côté, les Normands étaient et sont

encore (au milieu du douzième siècle, époque où écrivait Guillaume de

Malmesbury) soigneux dans leurs habits jusqu'à la recherche, délicats

dans leur nourriture, mais sans excès, accoutumés à la vie militaire et

ne pouvant vivre sans guerre; ardents à l'attaque, ils savent, lorsque

la force ne suffit pas, employer également la ruse et la corruption.

Chez eux, comme je l'ai dit, ils font de grands édifices et une dépense

modérée pour la table. Ils sont envieux de leurs égaux; ils voudraient

dépasser leurs supérieurs, et, tout en dépouillant leurs inférieurs, ils

les protègent contre les étrangers. Fidèles à leurs seigneurs, la

moindre offense les rend pourtant infidèles. Ils savent peser la

perfidie avec la fortune, et vendre leur serment. Au reste, de tous les

peuples ils sont les plus susceptibles de bienveillance; ils rendent aux

étrangers autant d'honneur qu'à leurs compatriotes, et ils ne dédaignent

point de contracter des mariages avec leurs sujets.» (Willelm.

Malmesburiensis, de Gestis regum Anglorum, l. III, ap. Scr. fr. XI,

185.)--Math. Paris (éd. 1644), p. 4: «Optimates (Saxonum)... more

christiano ecclesiam mane non petebant, sed in cubiculis et inter

uxorios amplexus matutinarum solemnia ac missarum a presbytero

festinantes auribus tantum prælibabant... Clerici... ut esset stupori

qui grammaticam didicisset.»--Order. Vital, l. IV, ap. Scr. fr. XI, 242:

«Anglos agrestes et pene illiteratos invencrunt Normanni.»

61--page 150--_Harold livré à Guillaume..._

Guill. Pictav., ap. Scr. fr. XI, 87: «Heraldus ei fidelitatem sancto

ritu Christianorum juravit... Se in curia Edwardi, quamdiu superesset,

ducis Guillelmi vicarium fore, enisurum... ut anglica monarchia post

Edwardi decessum in ejus manu confirmaretur; traditurum interim...

castrum Doveram.» (Voy. aussi Guill. Malmsb., ibid. 176, etc.).--Suivant

les uns, dit Wace (_Roman de Rou_, ap. Scr. fr. XIII, 223), le roi

Édouard détourna Harold de ce voyage, lui disant que Guillaume le

haïssait et lui jouerait quelque tour. (Voy. aussi Eadmer, XI, 192.)

Suivant les autres, il l'envoya pour confirmer au duc la promesse du

trône d'Angleterre:

N'en sai mie voire ocoison,

Mais l'un et l'autre escrit trovons.

Guillaume de Jumièges (ap. Scr. XI, 49), Ingulf de Croyland (ibid.,

154), Orderic Vital (ibid., 234), la _Chronique de Normandie_ (XIII,

222), affirment qu'Édouard avait désigné Guillaume pour son successeur.

Eadmer même ne le nie point (XI, 192).--Au lit de mort, Edward, obsédé

par les amis d'Harold, rétracta sa promesse. (Roger de Hoved., ap. Scr.

fr. XI, 312, _Roman de Rou_ et _Chronique de Normandie_, t. XIII, p.

224.)

62--page 156--_Le conquérant essaya même d'apprendre l'anglais..._

Order. Vital, ap. Scr. fr. XI, 243. «Anglicam locutionem plerumque

sategit ediscere... Ast a perceptione hujusmodi durior ætas illum

compescebat.»--Il avait commencé par réprimer par des règlements sévères

la licence de ses mercenaires. Guill. Pictav., ibid., 101: «Tutæ erant a

vi mulieres; etiam illa delicta quæ fierent consensu impudicarum...

vetabantur. Potare militem in tabernis non multum concessit...

seditiones interdixit, cædem et omnem rapinam, etc. Portus et quælibet

itinera negotiatoribus patere, et nullam injuriam fîeri jussit.» Ce

passage du panégyriste de Guillaume a été copié par le consciencieux

Orderic Vital, ibid., 238.--«L'homme faible et sans armes, dit encore

Guillaume de Poitiers, s'en allait chantant sur son cheval, partout où

il lui plaisait, sans trembler à la vue des escadrons des

chevaliers.»--«Une fille chargée d'or, dit Huntingdon, eût impunément

traversé tout le royaume.»--(Scr. fr. XI, 211.) Plus tard, la résistance

des Anglo-Saxons irrita Guillaume, et le poussa à ces violences dont

retentissent toutes les Chroniques.

63--page 168--_La chair maudite par l'islamisme..._

«Chez les musulmans les mots «femmes» et «objet défendu par la

religion» peuvent se dire l'un pour l'autre. (Bibl. des Croisades, t.

IV, p. 169.)

_Ils se battent depuis mille ans pour Fatema..._

Fatema entrera dans le Paradis la première après Mahomet; les musulmans

l'appellent la Dame du Paradis.--Quelques Schyytes (sectateurs d'Ali)

soutiennent qu'en devenant mère Fatema n'en est pas moins restée vierge,

et que Dieu s'est incarné dans ses enfants. (_Description des Monuments

musulmans_ du cabinet de M. de Blacas, par M. Reinaud, II, 130, 202.)

_Ils proclament l'incarnation d'Ali..._

Aujourd'hui encore des provinces entières, en Perse et en Syrie, sont

dans la même croyance. «Ceux mêmes des Schyytes qui n'ont pas osé dire

qu'_Ali était Dieu_ ont été persuadés que peu s'en fallait, et les

Persans disent souvent: «Je ne pense pas qu'Ali soit Dieu; mais je ne

crois pas qu'il en soit loin.»--Les Schyytes disent à ce sujet que tel

était l'éclat qui reluisait sur la personne d'Ali, qu'il était

impossible de soutenir ses regards. Dès qu'il paraissait, le peuple lui

criait: _Tu es Dieu!_--À ces mots, Ali les faisait mourir; ensuite il

les ressuscitait, et eux de crier encore plus fort: Tu es Dieu, tu es

Dieu! De là ils l'ont surnommé le Dispensateur des lumières; et, quand

ils peignent sa figure, il lui couvrent le visage. (Reinaud, II, 163.)

_Mahomet est la lumière incréée..._

Suivant quelques docteurs, au moment de la création, l'idée de Mahomet

était sous l'oeil de Dieu, et cette idée, substance à la fois

spirituelle et lumineuse, jeta trois rayons: du premier, Dieu créa le

ciel; du second, la terre; du troisième, Adam et toute sa race. Ainsi la

Trinité rentre dans l'islamisme, comme l'incarnation.--Les Occidentaux

crurent y voir aussi la hiérarchie chrétienne. «Ces nations, dit Guibert

de Nogent, ont leur pape comme nous.» (L. V, ap. Bongars, p. 312-13.)

64--169--_Les Fatemites fondèrent au Caire la loge ou maison de la

sagesse..._

Hammer, _Histoire des Assassins_, p. 4.--La _maison de la sagesse_ n'est

peut-être qu'une même chose avec ce palais du Caire dont Guillaume de

Tyr nous a laissé une si pompeuse description. La progression de

richesses et de grandeur semblerait correspondre à des degrés

d'initiation. Quoi qu'il en soit, nous donnons la traduction de ce

précieux monument:

«Hugues de Césarée et Geoffroi, de la milice du Temple, entrèrent dans

la ville du Caire, conduits par le Soudan, pour s'acquitter de leur

mission; ils montèrent au palais, appelé _Casher_ dans la langue du

pays, avec une troupe nombreuse d'appariteurs qui marchaient en avant,

l'épée à la main et à grand bruit; on les conduisit à travers des

passages étroits et privés de jour, et à chaque porte des cohortes

d'Éthiopiens armés rendaient leurs hommages au Soudan par des saluts

répétés. Après avoir franchi le premier et le second poste, introduits

dans un local plus vaste, où pénétrait le soleil, et exposé au grand

jour, ils trouvent des galeries en colonnes de marbre, lambrissées d'or

et enrichies de sculptures en relief, pavées en mosaïque, et dignes dans

toute leur étendue de ta magnificence royale; la richesse de la matière

et des ouvrages retenait involontairement les yeux, et le regard avide,

charmé par la nouveauté de ce spectacle, avait peine à s'en rassasier.

Il y avait aussi des bassins remplis d'une eau limpide; on entendait les

gazouillements variés d'une multitude d'oiseaux inconnus à notre monde,

de forme et de couleur étranges, et pour chacun d'eux une nourriture

diverse et selon le goût de son espèce. Admis plus loin encore, sous la

conduite du chef des eunuques, ils trouvent des édifices aussi

supérieurs aux premiers en élégance que ceux-ci l'emportaient sur la

plus vulgaire maison. Là était une étonnante variété de quadrupèdes,

telle qu'en imagine le caprice des peintres, telle qu'en peuvent décrire

les mensonges poétiques, telle qu'on en voit en rêve, telle enfin qu'on

en trouve dans les pays de l'Orient et du Midi, tandis que l'Occident

n'a rien vu et presque jamais rien ouï de pareil.-Après beaucoup de

détours et de corridors qui auraient pu arrêter les regards de l'homme

le plus occupé, on arriva au palais même, où des corps plus nombreux

d'hommes armés et de satellites proclamaient par leur nombre et leur

costume la magnificence incomparable de leur maître; l'aspect des lieux

annonçait aussi son opulence et ses richesses prodigieuses. Lorsqu'ils

furent entrés dans l'intérieur du palais, le Soudan, pour honorer son

maître selon la coutume, se prosterna deux fois devant lui, et lui

rendit en suppliant un culte qui ne semblait dû qu'à lui, une espèce

d'adoration. Tout à coup s'écartèrent avec une merveilleuse rapidité les

rideaux, tissus de perles et d'or, qui pendaient au milieu de la salle

et voilaient ainsi le trône; la face du calife fut alors révélée: il

apparut sur un trône d'or, vêtu plus magnifiquement que les rois,

entouré d'un petit nombre de domestiques et d'eunuques familiers.»

Willelm. (Tyrens., l. XIX, c. XVII.)

_Ils menaient par neuf degrés de la, religion au mysticisme..._

Ce mysticisme des Alides leur a souvent fait appliquer, à la dévotion

le langage de l'amour, comme il leur a donné une tendance à s'élever de

l'amour du réel à celui de l'idéal.

Un poète persan dit en s'adressant à Dieu:

«C'est votre beauté, ô Seigneur! qui, toute cachée qu'elle est derrière

un voile, a fait un nombre infini d'amants et d'amantes;

«C'est par l'attrait de vos parfums que Leyla ravit le coeur de

Medjnoun; c'est par le désir de vous posséder que Vamek poussa tant de

soupirs pour celle qu'il adorait.» (Reinaud, I, 52.)

_Du mysticisme à l'absolue indifférence..._

Le principe de la doctrine ésotérique était: _Rien n'est vrai et tout

est permis._ (Hammer, p. 87.) Un imam célèbre écrivit contre les

Hassanites un livre intitulé: _De la Folie des partisans de

l'indifférence en matière de religion._

65--page 178--_Pierre-l'Ermite..._

Guibert. Nov., l. II, c. VIII: «Le petit peuple, dénué de ressources,

mais fort nombreux, s'attacha à un certain Pierre-l'Ermite, et lui obéit

comme à son maître, du moins tant que les choses se passèrent dans notre

pays. J'ai découvert que cet homme, originaire, si je ne me trompe, de

la ville d'Amiens, avait mené d'abord une vie solitaire sous l'habit de

moine, dans je ne sais quelle partie de la Gaule supérieure. Il partit

de là, j'ignore par quelle inspiration; mais nous le vîmes alors

parcourant les villes et les bourgs, et prêchant partout: le peuple

l'entourait en foule, l'accablait de présents, et célébrait sa sainteté

par de si grands éloges, que je ne me souviens pas que l'on ait jamais

rendu à personne de pareils honneurs. Il se montrait fort généreux dans

la distribution de toutes les choses qui lui étaient données. Il

ramenait à leurs maris les femmes prostituées, non sans y ajouter

lui-même des dons, et rétablissait la paix et la bonne intelligence

entre ceux qui étaient désunis, avec une merveilleuse autorité. En tout

ce qu'il faisait ou disait, il semblait qu'il y eût en lui quelque chose

de divin; en sorte qu'on allait jusqu'à arracher les poils de son mulet,

pour les garder comme reliques: ce que je rapporte ici, non comme

louable, mais pour le vulgaire qui aime toutes les choses

extraordinaires. Il ne portait qu'une tunique de laine, et, par-dessus,

un manteau de bure qui lui descendait jusqu'aux talons: il avait les

bras et les pieds nus, ne mangeait point ou presque point de pain, et se

nourrissait de vin et de poissons.»

66--page 180--_Tous ensemble descendirent la vallée du Danube..._

Les environs du Rhin prirent peu de part à la croisade.--Orientales

Francos, Saxones, Thoringos, Bavarios, Alemannos, propter schisma quod

tempore inter regnum et sacerdotium fuit, hæc expeditio minus permovit.

(Alberic, ap. Leibnit. Acces., p. 119.)--Voyez Guibert, l. II, c. I.

67--page 181--_Le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles..._

Willelm. Tyr., l. VIII, c. VI, 9, 10.--Guibert. Novig., l. VII, c. viii:

Au siège de Jérusalem «il fit crier dans toute l'armée, par les hérauts,

que quiconque apporterait trois pierres pour combler le fossé recevrait

un denier de lui. Or il fallut, pour achever cet ouvrage, trois jours et

trois nuits.»--Radulph. Cadom., c. XV, ap. Muratori, V, 291: «Il fut

tout d'abord un des principaux chefs, et plus tard, lorsque l'argent des

autres s'en fut allé, le sien arriva et lui donna le pas. C'est qu'en

effet toute cette nation est économe et non point prodigue, ménageant

plus son avoir que sa réputation; effrayée de l'exemple des autres, elle

travaillait non comme les Francs à se ruiner, mais à s'engraisser de son

mieux.»--Raymond reçut aussi force présents d'Alexis (... quibus de die

in diem de domo regis augebatur. Albert. Aq., l. II, c. XXIV, ap.

Bongars, p. 205). Godefroi en reçut également, mais il distribua tout au

peuple et aux autres chefs. (Willelm. Tyr., l. II, c. XII.)

_Ces gens du Midi, commerçants, industrieux, etc.._

Guibert. Nov., l. II, c. XVIII: «L'armée de Raymond ne le cédait, à

aucune autre, si ce n'est à cause de l'éternelle loquacité de ces

Provençaux.»--Radulph. Cadom., c. LXI: «Autant la poule diffère du

canard, autant les Provençaux différaient des Francs par les moeurs, le

caractère, le costume, la nourriture; gens économes, inquiets et avides,

âpres au travail; mais pour ne rien taire, peu belliqueux... Leur

prévoyance leur fut bien plus en aide pendant la famine que tout le

courage du monde à bien des peuples plus guerriers; pour eux, faute de

pain, ils se contentaient de racines, ne faisant pas fi des cosses de

légumes; ils portaient à la main un long fer avec lequel ils cherchaient

leur vie dans les entrailles de la terre: de là ce dicton que chantent

encore les enfants: «Les Francs à la bataille, les Provençaux à la

victuaille.» Il y avait une chose qu'ils commettaient souvent par

avidité, et à leur grande honte; ils vendaient aux autres nations du

chien pour du lièvre, de l'âne pour de la chèvre; et, s'ils pouvaient

s'approcher sans témoin de quelque cheval ou de quelque mulet bien gras,

ils lui faisaient pénétrer dans les entrailles une blessure mortelle, et

la bête mourait. Grande surprise de tous ceux qui, ignorant cet

artifice, avaient vu naguère l'animal gras, vif, robuste et fringant:

nulle trace de blessure, aucun signe de mort. Les spectateurs, effrayés

de ce prodige, se disaient: Allons-nous-en, l'esprit du démon a soufflé

sur cette bête. Là-dessus, les auteurs du meurtre approchaient sans

faire semblant de rien savoir, et comme on les prévenait de n'y pas

toucher: Nous aimons mieux, disaient-ils, mourir de cette viande que de

faim. Ainsi celui qui supportait la perte s'apitoyait sur l'assassin,

tandis que l'assassin se moquait de lui. Alors s'abattant tous comme des

corbeaux sur ce cadavre, chacun arrachait son morceau, et l'envoyait

dans son ventre ou au marché.»

68--page 183--_Bohémond..._

Guibert, 1. III, c. I: «Lorsque cette innombrable armée, composée des

peuples venus de presque toutes les contrées de l'Occident, eut débarqué

dans la Fouille, Bohémond, fils de Robert Guiscard, ne tarda pas à en

être informé. Il assiégeait alors Amalfi. Il demanda le motif de ce

pèlerinage, et apprit qu'ils allaient enlever Jérusalem, ou plutôt le

sépulcre du Seigneur et les lieux saints, à la domination des Gentils.

On ne lui cacha pas non plus combien d'hommes, et de noble race et de

haut parage, abandonnant, pour ainsi dire, l'éclat de leurs honneurs, se

portaient à cette entreprise avec une ardeur inouïe. Il demanda s'ils

transportaient des armes, des provisions, quelles enseignes ils avaient

adoptées pour ce nouveau pèlerinage; enfin quels étaient leurs cris de

guerre. On lui répondit qu'ils portaient leurs armes à la manière

française; qu'ils faisaient coudre à leurs vêtements, sur l'épaule ou

partout ailleurs, une croix de drap ou de toute autre étoffe, ainsi que

cela leur avait été prescrit; qu'enfin, renonçant à l'orgueil des cris

d'armes, ils s'écriaient tous humbles et fidèles: Dieu le veut!»

69--page 190--_Un matin les Francs virent flotter sur la ville le

drapeau de l'empereur_, etc...

«Il envoya en même temps de grands présents aux chefs, sollicitant leur

bienveillance par ses lettres et par la voix de ses députés; il leur

rendit mille actions de grâces pour ce loyal service, et pour

l'accroissement qu'ils venaient de donner à l'empire.» Willelm. Tyr., 1.

III, c. XII.--Il envoya, dit Guibert, I. III, c. IX, des dons infinis

aux princes, et aux plus pauvres d'abondantes aumônes; il jetait ainsi

des germes de haine parmi ceux de condition moyenne, dont sa

munificence semblait se détourner.» Voy. aussi Raymond d'Agiles, p. 142.

70--page 192--_Un homme du peuple, averti par une vision_, etc...

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 2 / 10) · 第 37 / 42 段