Tous, vous avez droit sur l'histoire. L'individuel est beau comme
individuel, le général comme général; le Fief a raison, la Monarchie
davantage, encore plus la République!... La province doit revivre;
l'ancienne diversité de la France sera caractérisée par une forte
géographie. Elle doit reparaître, mais à condition de permettre que, la
diversité s'effaçant peu à peu, l'identification du pays succède à son
tour. Revive la monarchie, revive la France! Qu'un grand essai de
classification serve une fois de fil en ce chaos. Une telle
systématisation servira, quoique imparfaite. Dût la tête s'emboîter mal
aux épaules, la jambe s'agencer mal à la cuisse, c'est quelque chose de
revivre.
Et à mesure que je soufflais sur leur poussière, je les voyais se
soulever. Ils tiraient du sépulcre qui la main, qui la tête, comme dans
le _Jugement dernier_ de Michel-Ange, ou dans la _Danse des morts_.
Cette danse galvanique qu'ils menaient autour de moi, j'ai essayé de la
reproduire en ce livre. Quelques-uns peut-être ne trouveront cela ni
beau ni vrai; ils seront choqués surtout de la dureté des oppositions
provinciales que j'ai signalées. Il me suffit de faire observer aux
critiques qu'il peut fort bien se faire qu'ils ne reconnaissent point
leurs aïeux, que nous avons entre tous les peuples, nous autres
Français, ce don que souhaitait un ancien, le don d'oublier. Les chants
de Roland et de Renaud, etc., ont certainement été populaires; les
fabliaux leur ont succédé; et tout cela était déjà si loin au seizième
siècle, que Joachim Du Bellay dit en propres termes: «Il n'y a, dans
notre vieille littérature, que le _Roman de la Rose_.» Du temps de Du
Bellay, la France a été Rabelais, plus tard Voltaire. Rabelais est
maintenant dans le domaine de l'érudition. Voltaire est déjà moins lu.
Ainsi va ce peuple se transformant et s'oubliant lui-même.
La France une et identifiée aujourd'hui peut fort bien renier cette
vieille France hétérogène que j'ai décrite. Le Gascon ne voudra pas
reconnaître la Gascogne, ni le Provençal la Provence. À quoi je
répondrai qu'il n'y a plus ni Provence, ni Gascogne, mais une France. Je
la donne aujourd'hui, cette France, dans la diversité de ses vieilles
originalités de provinces. Les derniers volumes de cette histoire la
présenteront dans son unité (1833).
APPENDICE
1--page 4--_En latitude, les zones de la France se marquent par leurs
produits..._
Arthur Young, _Voyage agronomique_, t. II de la traduction, p. 189: «La
France peut se diviser en trois parties principales, dont la première
comprend les vignobles; la seconde, le maïs; la troisième, les oliviers.
Ces plants forment les trois districts: 1º du Nord, où il n'y a pas de
vignobles; 2º du Centre, où il n'y a pas de maïs; 3º du Midi, où l'on
trouve les vignes, les oliviers et le maïs. La ligne de démarcation
entre les pays vignobles et ceux où l'on ne cultive pas la vigne, est,
comme je l'ai moi-même observé, à Coucy, à trois lieues du nord de
Soissons; à Clermont dans le Beauvoisis, à Beaumont dans le Maine, et à
Herbignai près Guérande, en Bretagne.»--Cette limitation, peut-être trop
rigoureuse, est pourtant généralement exacte.
Le tableau suivant des importations dont le règne végétal s'est enrichi
en France, donne une haute idée de la variété infinie de sol et de
climat qui caractérise notre patrie:
«Le verger de Charlemagne, à Paris, passait pour unique, parce qu'on y
voyait des pommiers, des poiriers, des noisetiers, des sorbiers et des
châtaigniers. La pomme de terre, qui nourrit aujourd'hui une si grande
partie de la population, ne nous est venue du Pérou qu'à la fin du
seizième siècle. Saint Louis nous a apporté la renoncule inodore des
plaines de la Syrie. Des ambassadeurs employèrent leur autorité à
procurer à la France la renoncule des jardins. C'est à la croisade du
trouvère Thibault, comte de Champagne et de Brie, que Provins doit ses
jardins de roses. Constantinople nous a fourni le marronnier d'Inde au
commencement du dix-septième siècle. Nous avons longtemps envié à la
Turquie la tulipe, dont nous possédons maintenant neuf cents espèces
plus belles que celles des autres pays. L'orme était à peine connu en
France avant François Ier, et l'artichaut avant le seizième siècle. Le
mûrier n'a été planté dans nos climats qu'au milieu du quatorzième
siècle. Fontainebleau est redevable de ses chasselas délicieux à l'île
de Chypre. Nous sommes allés chercher le saule pleureur aux environs de
Babylone; l'acacia dans la Virginie; le frêne noir et le thuya, au
Canada; la belle-de-nuit, au Mexique; l'héliotrope, aux Cordillières; le
réséda en Égypte; le millet altier, en Guinée; le ricin et le
micocoulier, en Afrique; la grenadille et le topinambour, au Brésil; la
gourde et l'agave, en Amérique; le tabac, au Mexique; l'amomon, à
Madère; l'angélique, aux montagnes de la Laponie; l'hémérocalle jaune,
en Sibérie; la balsamine, dans l'Inde; la tubéreuse, dans l'île de
Ceylan; l'épine-vinette et le chou-fleur, dans l'Orient; le raifort, à
la Chine; la rhubarbe, en Tartane; le blé sarrasin, en Grèce; le lin de
la Nouvelle-Zélande, dans les terres australes.» Depping (_Description
de la France_, t. I, p. 51).--V. aussi de Candolle, sur la _Statistique
végétale de la France_, et A. de Humboldt, _Géographie botanique_.
2--page 7--_Le génie de la Bretagne_, etc...
Il a percé bien loin sur une ligne droite, sans regarder à droite ni à
gauche; et la première conséquence de cet idéalisme qui semblait donner
tout à l'homme, fut, comme on le sait, l'anéantissement de l'homme dans
la vision de Malebranche et le panthéisme de Spinoza.
3--page 8--_Saint-Malo et Nantes_, etc...
Ce sont deux faits que je constate. Mais que ne faudrait-il pas ajouter
si l'on voulait rendre justice à ces deux villes, et leur payer tout ce
que leur doit la France?
Nantes a encore une originalité qu'il faut signaler: la perpétuité des
familles commerçantes, les fortunes lentes et honorables, l'économie et
l'esprit de famille; quelque âpreté dans les affaires, parce qu'on veut
faire honneur à ses engagements. Les jeunes gens s'y observent, et les
moeurs y valent mieux que dans aucune ville maritime.
4--page 11, note 3--_Dans les Hébrides et autres îles_, etc... V.
Tolland's Letters, p. 2-3 et Martin's Hébrides, etc. Naguère encore, le
paysan qui voulait se marier demandait femme au lord de Barra, qui
régnait dans ces îles depuis trente-cinq générations. Solin, c. XXII,
assure déjà que le roi des Hébrides n'a point de femmes à lui, mais
qu'il use de toutes.
5--page 14 et note--_Superstitions bretonnes..._
D'autres se découvrent quand l'étoile de Vénus se lève (Cambry, I,
193).--Le respect des lacs et des fontaines s'est aussi conservé: ils y
apportent à certain jour du beurre et du pain. (Cambry, III, 35. Voy.
aussi Depping, 1, 76.)--Jusqu'en 1788, à Lesneven, on chantait
solennellement, le premier jour de l'an: GUY-NA-NÉ. (Cambry, II,
26.)--Dans l'Anjou, les enfants demandaient leurs étrennes, en criant:
MA GULLANNEU (Bodin, _Recherches sur Saumur_).--Dans le département de
la Haute-Vienne en criant: GUI-GNE-LEU.--Il y a peu d'années que dans
les Orcades la fiancée allait au temple de la Lune, et y invoquait Woden
(? Logan, II, 360.)--La fête du Soleil se célébrerait encore dans un
village du Dauphiné, selon M. Champollion-Figeac (_Sur les Dialectes du
Dauphiné_, p. 11).--Aux environs de Saumur, on allait, à la Trinité,
voir paraître _trois soleils_.--À la Saint-Jean, on allait voir danser
le soleil levant. (Bodin, _loco citato_.)--Les Angevins appelaient le
soleil _Seigneur_, et la lune _Dame_. (Idem, _Recherches sur l'Anjou_,
I, 86.)
6--page 16--_Un mot profond a été dit sur la Vendée_, etc..
Témoignage de M. le capitaine Galleran, à la cour d'assises de Nantes,
octobre 1832.
7--page 18--_Le dolmen de Saumur..._
C'est une espèce de grotte artificielle de quarante pieds de long sur
dix de large et huit de haut, le tout formé de onze pierres énormes. Ce
dolmen, placé dans la vallée, semble répondre à un autre qu'on aperçoit
sur une colline. J'ai souvent remarqué cette disposition dans les
monuments druidiques, par exemple, à Carnac.
8--page 21--_L'abbaye de Fontevrault..._
En 1821, il restait de l'abbaye trois cloîtres, soutenus de colonnes et
de pilastres, cinq grandes églises, et plusieurs statues, entre autres
celle de Henri II. Le tombeau de son fils, Richard Coeur-de-Lion, avait
disparu.
9--page 22--_Le Poitou, le pays du mélange, des mulets..._
Les mules du Poitou sont recherchées par l'Auvergne, la Provence, le
Languedoc, l'Espagne même.--La naissance d'une mule est plus fêtée que
celle d'un fils.--Vers Mirebeau, un âne étalon vaut jusqu'à 3,000
francs. (Dupin, _Statistique des Deux-Sèvres_.)
_Des vipères..._
Les pharmaciens en achetaient beaucoup dans le Poitou.--Poitiers
envoyait autrefois ses vipères jusqu'à Venise. (_Stat. de la Vendée_,
par l'ingénieur La Bretonnière.)
10--page 25--_Vers La Rochelle, une petite Hollande_, etc..
Le marais méridional est tout entier l'ouvrage de l'art. La difficulté à
vaincre, c'était moins le flux de la mer que les débordements de la
Sèvre.--Les digues sont souvent menacées.--Les _cabaniers_ (habitants de
fermes appelées cabanes) marchent avec des bâtons de douze pieds pour
sauter les fossés et les canaux.--Le _Marais mouillé_, au delà des
digues, est sous l'eau tout l'hiver. (La Bretonnière.)--Noirmoutiers est
à douze pieds au-dessous du niveau de la mer, et on trouve des digues
artificielles sur une longueur de onze mille toises.--Les Hollandais
desséchèrent le _marais du Petit-Poitou_, par un canal appelé _Ceinture
des Hollandais_. (_Statistique_ de Peuchet et Chanlaire. Voyez aussi la
_Description de la Vendée_, par M. Cavoteau, 1812.)
11--page 26--_Le pape protégea La Rochelle contre les seigneurs..._
Raymond Perraud, né à La Rochelle, évêque et cardinal, homme actif et
hardi, obtint en 1502, pour les Rochellois, des bulles qui défendent à
tout juge forain de les citer à son tribunal.
12--page 27--_La Vendée qui a quatorze rivières, et pas une
navigable..._
Voy. _Statist. du départ. de la Vienne_, par le préfet Cochon, an
X.--Dès 1537, on proposa de rendre la Vienne navigable jusqu'à Limoges;
depuis, de la joindre à la Corrèze qui se jette dans la Dordogne; elle
eût joint Bordeaux et Paris par la Loire; mais la Vienne a trop de
rochers.--On pourrait rendre le Clain navigable jusqu'à Poitiers, de
manière à continuer la navigation de la Vienne. Châtellerault s'y est
opposé par jalousie contre Poitiers.--Si la Charente devenait navigable
jusqu'au-dessus de Civray, cette navigation, unie au Clain par un canal,
ferait communiquer en temps de guerre Rochefort, la Loire et
Paris.--Voy. aussi Texier, _Haute-Vienne_; et La Bretonnière, _Vendée_.
_N'était ni plus religieuse ni plus royaliste que bien d'autres
provinces frontières..._
J'ai déjà cité le mot remarquable de M. le capitaine Galleran.--Genoude,
_Voyage en Vendée_, 1821: «Les paysans disent: Sous le règne de M. Henri
(de Larochejaquelein).»--Ils appelaient _patauds_ ceux des leurs qui
étaient républicains. Pour dire le bon français, ils disaient _le parler
noblat_.--Les prêtres avaient peu de propriétés dans la Vendée; toutes
les forêts nationales, dit La Bretonnière (p. 6), proviennent du comte
d'Artois ou des émigrés; une seule, de cent hectares, appartenait au
clergé.
13--page 29--_Dans les montagnes d'Auvergne..._
L'hiver, ils vivent dans l'étable, et se lèvent à huit ou neuf heures.
(Legrand d'Aussy, p. 283.) Voy. divers détails de moeurs, dans les
_Mémoires_ de M. le comte de Montlosier, 1{er} vol.--Consulter aussi
l'élégant tableau du Puy-de-Dôme par M. Duché; les curieuses Recherches
de M. Gonod sur les antiquités de l'Auvergne; Delarbre, etc.
14--page 31--_Le Rouergue..._
C'est, je crois, le premier pays de France qui ait payé au roi (Louis
VII) un droit pour qu'il y fît cesser les guerres privées. Voy. le
_Glossaire_ de Laurière, t. I, p. 164, au mot _Commun de paix_, et la
Décrétale d'Alexandre III sur le premier canon du concile de Clermont,
publié par Marca.--Sur le Rouergue, voyez Peuchet et Chanlaire,
_Statistique de l'Aveyron_, et surtout l'estimable ouvrage de M.
Monteil.
15--page 34--_Dans les Landes les troupeaux de moutons noirs_, etc...
Millin, t. IV, p. 347.--On trouve aussi beaucoup de moutons noirs dans
le Roussillon (Voy. Young, t. II, p. 59) et en Bretagne. Cette couleur
n'est pas rare dans les taureaux de la Camargue.
_Vous les rencontrez montant des plaines_, etc...
Arthur Young, t. III, p. 83.--En Provence, l'émigration des moutons est
presque aussi grande qu'en Espagne. De la Crau aux montagnes de Gap et
de Barcelonnette, il en passe un million, par troupeaux de dix mille à
quarante mille. La route est de vingt à trente jours. (Darluc, _Hist.
nat. de Provence_, 1782, p. 303,329.)--_Statistique de la Lozère_, par
M. Jerphanion, préfet de ce département, an X, p. 31: «Les moutons
quittent les basses Cévennes et les plaines du Languedoc vers la fin de
floréal, et arrivent sur les montagnes de la Lozère et de la Margéride,
où ils vivent pendant l'été. Ils regagnent le bas Languedoc au retour
des frimas.»--Laboulinière, I, 245: Les troupeaux des Pyrénées émigrent
l'hiver jusque dans les landes de Bordeaux.
_En Espagne, sous la protection de la compagnie de la Mesta_, etc..
_A year in Spain, by an American_, 1832: Au seizième siècle, les
troupeaux de la Mesta se composaient d'environ sept millions de têtes.
Tombés à deux millions et demi au commencement du dix-septième, ils
remontèrent sur la fin à quatre millions, et maintenant ils s'élèvent à
cinq millions, à peu près la moitié de ce que l'Espagne possède de
bétail.--Les bergers sont plus redoutés que les voleurs même; ils
abusent sans réserve du droit de traduire tout citoyen devant le
tribunal de l'association, dont les décisions ne manquent jamais de leur
être favorables. La _Mesta_ emploie des _alcades_, des _entregadors_,
des _achagueros_, qui, au nom de la corporation, harcèlent et accablent
les fermiers.
16--page 36--_L'escalier colossal des Pyrénées_, etc..
Dralet, 1,5,--Ramond: «Au midi tout s'abaisse tout d'un coup et à la
fois. C'est un précipice de mille à onze cents mètres, dont le fond est
le sommet des plus hautes montagnes de cette partie de l'Espagne. Elles
dégénèrent bientôt en collines basses et arrondies, au delà desquelles
s'ouvre l'immense perspective des plaines de l'Aragon. Au nord, les
montagnes primitives s'enchaînent étroitement et forment une bande de
plus de quatre myriamètres d'épaisseur... Cette bande se compose de sept
ou huit rangs, de hauteur graduellement décroissante.» Cette
description, contredite par M. Laboulinière, est confirmée par M. Élie
de Beaumont. L'axe granitique des Pyrénées est du côté de la France.
17--page 38--_Comparez les deux versants_, etc..
Dralet, II, p. 197: «Le territoire espagnol, sujet à une évaporation
considérable, a peu de pâturages assez gras pour nourrir les bêtes à
cornes; et comme les ânes, les mules et mulets se contentent d'une
pâture moins succulente que les autres animaux destinés aux travaux de
l'agriculture, ils sont généralement employés par les Espagnols pour le
labourage et le transport des denrées. Ce sont nos départements
limitrophes et l'ancienne province de Poitou, qui leur fournissent ces
animaux; et la quantité en est considérable. Quant aux animaux destinés
aux boucheries, c'est nous qui en approvisionnons aussi les provinces
septentrionales, particulièrement la Catalogne et la Biscaye. La ville
seule de Barcelone traite avec des fournisseurs français pour lui
fournir chaque jour cinq cents moutons, deux cents brebis, trente
boeufs, cinquante boucs châtrés, et elle reçoit en outre plus de six
mille cochons qui partent de nos départements méridionaux pendant
l'automne de chaque année. Ces fournitures coûtent à la ville de
Barcelone deux millions huit cent mille francs par an, et l'on peut
évaluer à une pareille somme celles que nous faisons aux autres villes
de la Catalogne. La Catalogne paie en piastres et quadruples, en huile
et lièges, en bouchons.» Les choses ont dû, toutefois, changer beaucoup
depuis l'époque où écrivait Dralet (1812).
18--page 38--_Aux foires de Tarbes_, etc..
Arthur Young, t. I, p. 57 et 116: «Nous rencontrâmes des montagnards
_qui me rappelèrent ceux d'Écosse_; nous avions commencé par en voir à
Montauban. Ils ont des bonnets ronds et plats, et de grandes
culottes.»--«On trouve des flûteurs, des bonnets bleus, et de la farine
d'avoine, dit sir James Stewart, en Catalogne, en Auvergne et en Souabe,
ainsi qu'à Lochabar.»--Toutefois, indépendamment de la différence de
race et de moeurs, il y en a une autre essentielle entre les montagnards
d'Écosse et ceux des Pyrénées: c'est que ceux-ci sont plus riches, et
sous quelques rapports plus policés que les diverses populations qui les
entourent.
_Le Béarnais et le Basque..._
Iharce de Bidassouet, Gantabres et Basques, 1825, in-8{o}: «Le peuple
basque, qui a conservé avec ses pâturages le moyen d'amender ses champs,
et avec ses chênes celui de nourrir une multitude infinie de cochons,
vit dans l'abondance, tandis que dans la majeure partie des
Pyrénées...»--Laboulinière, t. III, p. 416:
Bearnes
Faus et courtes.
Bigordan
Pir que can.
«Le Béarnais est réputé avoir plus de finesse et de courtoisie que le
Bigordan, qui l'emporterait pour la franchise et la simple droiture
mêlée d'un peu de rudesse.»--Dralet, I, 170: «Ces deux peuples _ont
d'ailleurs peu de ressemblance_. Le Béarnais, forcé par les neiges de
mener ses troupeaux dans les pays de plaine, y polit ses moeurs et perd
de sa rudesse naturelle. Devenu fin, dissimulé et curieux, il conserve
néanmoins sa fierté et son amour de l'indépendance... Le Béarnais est
irascible et vindicatif autant que spirituel; mais la crainte de la
flétrissure et de la perte de ses biens le fait recourir aux moyens
judiciaires pour satisfaire ses ressentiments. Il en est de même des
autres peuples des Pyrénées, depuis le Béarn jusqu'à la Méditerranée:
tous sont plus ou moins processifs, et l'on ne voit nulle part autant
d'hommes de loi que dans les villes du Bigorre, du Comminges, du
Conserans, du comté de Foix et du Roussillon, qui sont bâties le long de
cette chaîne de montagnes.»
19--page 41--_Quantité de hameaux ont quitté les hautes vallées faute de
bois de chauffage..._
Dralet, II, 105. Les habitants allaient voler du bois jusqu'en
Espagne.--Il y a de fortes amendes pour quiconque couperait une branche
d'arbre dans une grande forêt qui domine Cauterels, et la défend des
neiges.-Diodore de Sicile disait déjà (lib. II): «Pyrénées vient du mot
grec _pur_ (feu), parce qu'autrefois, le feu ayant été mis par les
bergers, toutes les forêts brûlèrent.»--Procès-verbal du 8 mai 1670: «Il
n'y a aucune forêt qui n'ait été incendiée à diverses reprises par la
malice des habitants, ou pour faire convertir les bois en prés ou
terrains labourables.»
20--page 43, note 2--_Le Cers_, etc..
Senec. Quæst. natur. I. III, c. XI: «Infestat..... Galliam Circius: cui
ædificia quassanti, tamen incolæ gratias agunt, tanquam salubritatem
coeli sui debeant ei. Divus certe Augustus templum illi, quum in Gallia
moraretur, et vovit et fecit.»
21--page 45--_Les deux Chénier..._
Les deux Chénier naquirent à Constantinople, où leur père était consul
général; mais leur famille était de Limoux, et leurs aïeux avaient
occupé longtemps la place d'inspecteur des mines de Languedoc et de
Roussillon.
22--page 48--_Ils ont préféré les figues fiévreuses de Fréjus..._
Millin, II, 487. Sur l'insalubrité d'Arles, id., III, 645.--Papon, I,
20, proverbe: Avenio ventosa, sine vento venenosa, cum vento
fastidiosa.--En 1213, les évêques de Narbonne, etc., écrivent à Innocent
III qu'un concile provincial ayant été convoqué à Avignon: «multi ex
prælatis, quia generalis corruptio aeris ibi erat, nequivimus colloquio
interesse; sicque factura est ut necessario negotium differetur.»(Epist.
Innoc. III, éd. Baluze, II, 762.) Il y eut des lépreux à Martigues
jusqu'en 1731; à Vitrolles, jusqu'en 1807. En général, les maladies
cutanées sont communes en Provence. (Millin, IV, 35.)
_Les marais pontins de la Provence..._
Il y a quatre cent mille arpents de marais. (Peuchet et Chanlaire,
_Statistique des Bouches-du-Rhône_.) Voy. aussi la _Grande Statistique_
de M. de Villeneuve, 4 vol. in-4{o}.--Les marais d'Hyères rendent cette
ville inhabitable l'été; on respire la mort avec les parfums des fruits
et des fleurs. De même à Fréjus. (_Statistique du Var_, par Fauchet,
préfet, an IX, p. 52, sqq.)
23--page 49--_Le Rhône symbole de la contrée..._
On trouve le long de tout le cours du Rhône des traces du culte
sanguinaire de Mithra. On voit à Arles, à Tain et à Valence des autels
tauroboliques; un autre à Saint-Andéol. À la Bâtie-Mont-Saléon,
ensevelie par la formation d'un lac, et déterrée en 1804, on a trouvé un
groupe mithriaque.--À Fourvières, on a trouvé un autel mithriaque
consacré à Adrien; il y en a encore un autre à Lyon consacré à
Septime-Sévère. (Millin, _passim_.)
Page 52 et note 1--_Le drac, la tarasque..._
Millin, III, 453. Cette fête se retrouve, je crois, en Espagne.--L'Isère
est surnommée le _serpent_, comme le Drac le _dragon_; tous deux
menacent Grenoble:
Le serpent et le dragon
Mettront Grenoble en savon.
--À Metz, on promène le jour des Rogations un dragon qu'on nomme le
_graouilli_; les boulangers et les pâtissiers lui mettent sur la langue
des petits pains et des gâteaux. C'est la figure d'un monstre dont la
ville fut délivrée par son évêque, saint Clément.--À Rouen, c'est un
mannequin d'osier, la _gargouille_, à qui on remplissait autrefois la
gueule de petits cochons de lait. Saint Romain avait délivré la ville de
ce monstre, qui se tenait dans la Seine, comme saint Marcel délivra
Paris du monstre de la Bièvre, etc.
24--page 51--_Fréjus..._
«Cette ville devient plus déserte chaque jour, et les communes voisines
ont perdu, depuis un demi-siècle, neuf dixièmes de leur population.»
(Fauchet, an IX, _loc. cit._)
25--page 52 et note I--_Fidélité du peuple provençal aux vieux
usages..._
Millin, III, 346. La fête patronale de chaque village s'appelle
_Romna-Vagi_, et par corruption _Romerage_, parce qu'elle précédait
souvent un voyage de Rome que le seigneur faisait ou faisait faire
(?)--Millin, III, 336. C'est à Noël qu'on brûle le _caligneau_ ou
_calandeau_; c'est une grosse bûche de chêne qu'on arrose de vin et
d'huile. On criait autrefois en la plaçant: _Calene ven, tout ben ven_,
calende vient, tout va bien. C'est le chef de la famille qui doit mettre
le feu à la bûche; la flamme s'appelle _caco fuech_, feu d'amis. On
trouve le même usage en Dauphiné. (Champollion-Figeac, p. 124.) On
appelle _chalendes_ le jour de Noël. De ce mot on a fait _chalendal_,
nom que l'on donne à une grosse bûche que l'on met au feu la veille de
Noël au soir, et qui reste allumée jusqu'à ce qu'elle soit consumée. Dès
qu'elle est placée dans le foyer, on répand dessus un verre de vin en
faisant le signe de la croix, et c'est ce qu'on appelle: _balisa la
chalendal_. Dès ce moment cette bûche est pour ainsi dire sacrée, et
l'on ne peut pas s'asseoir dessus sans risquer d'en être puni, au moins
par la gale.-Millin, III, 339. On trouve l'usage de manger des pois
chiches à certaines fêtes, non seulement à Marseille, mais en Italie, en
Espagne, à Gênes et à Montpellier. Le peuple de cette dernière ville
croit que, lorsque Jésus-Christ entra dans Jérusalem, il traversa une
_sesierou_, un champ de pois chiches, et que c'est en mémoire de ce jour
que s'est perpétué l'usage de manger des _sesés_.--À certaines fêtes,
les Athéniens mangeaient aussi des pois chiches (aux Panepsies.)
26--page 52, note 2--_Procession du bon roi René à Aix_, etc...