Mais le moyen d'aller, si je suis en prison?
Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes
Ont captivé mon coeur et suspendu mes armes.
GÉRONTE.
Si rien que son sujet ne vous tient arrêté, 715
Faites votre équipage en toute liberté:
Elle n'est pas pour vous; n'en soyez point en peine.
MATAMORE.
Ventre! que dites-vous? Je la veux faire reine.
GÉRONTE.
Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois
Du crotesque[1335] récit de vos rares exploits. 720
La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle:
En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle.
Si pour l'entretenir vous venez plus ici....
MATAMORE.
Il a perdu le sens, de me parler ainsi.
Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable 725
Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable;
Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment?
GÉRONTE.
J'ai chez moi des valets à mon commandement,
Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades[1336],
Répondroient de la main à vos rodomontades. 730
MATAMORE, à Clindor.
Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux.
GÉRONTE.
Adieu: modérez-vous; il vous en prendra mieux;
Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent,
J'ai le sang un peu chaud, et mes gens m'obéissent.
SCÈNE IV.
MATAMORE, CLINDOR.
MATAMORE.
Respect de ma maîtresse, incommode vertu, 735
Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?
Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père[1337],
Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère!
Ah! visible démon, vieux spectre décharné,
Vrai suppôt de Satan, médaille de damné[1338], 740
Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces,
Moi de qui tous les rois briguent les bonnes grâces?
CLINDOR.
Tandis qu'il est dehors, allez, dès aujourd'hui,
Causer de vos amours, et vous moquer de lui.
MATAMORE.
Cadédiou! ses valets feroient quelque insolence. 745
CLINDOR.
Ce fer a trop de quoi dompter leur violence.
MATAMORE.
Oui, mais les feux qu'il jette en sortant de prison
Auroient en un moment embrasé la maison,
Dévoré tout à l'heure ardoises et gouttières,
Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières, 750
Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux,
Parnes, soles, appuis, jambages, traveteaux[1339],
Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre,
Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture[1340], marbre, verre,
Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers,
Offices, cabinets, terrasses, escaliers.
Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse;
Ces feux étoufferoient son ardeur amoureuse.
Va lui parler pour moi, toi qui n'es pas vaillant:
Tu puniras à moins un valet insolent. 760
CLINDOR.
C'est m'exposer....
MATAMORE.
Adieu: je vois ouvrir la porte,
Et crains que sans respect cette canaille sorte.
SCÈNE V.
CLINDOR, LYSE.
CLINDOR, seul[1341].
Le souverain poltron, à qui pour faire peur
Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur!
Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille, 765
Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille.
Lyse, que ton abord doit être dangereux!
Il donne l'épouvante à ce coeur généreux,
Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,
Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines! 770
LYSE.
Mon visage est ainsi malheureux en attraits:
D'autres charment de loin, le mien fait peur de près.
CLINDOR.
S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages:
Il n'est pas quantité de semblables visages.
Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet; 775
Je ne connus jamais un si gentil objet;
L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse,
L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse,
Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats:
Qui seroit le brutal qui ne t'aimeroit pas? 780
LYSE.
De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle?
Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle.
CLINDOR.
Vous partagez vous deux mes inclinations:
J'adore sa fortune, et tes perfections.
LYSE.
Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une, 785
Et mes perfections cèdent à sa fortune.
CLINDOR.
Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi[1342],
Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi?
L'amour et l'hyménée ont diverse méthode:
L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode.
Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien:
Un rien s'ajuste mal avec un autre rien[1343];
Et malgré les douceurs que l'amour y déploie[1344],
Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie.
Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur; 795
Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur,
Sans qu'un soupir échappe à ce coeur, qui murmure
De ce qu'à mes desirs ma raison fait d'injure[1345].
A tes moindres coups d'oeil je me laisse charmer.
Ah! que je t'aimerois, s'il ne falloit qu'aimer, 800
Et que tu me plairois, s'il ne falloit que plaire!
LYSE.
Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire,
Ou remettre du moins en quelque autre saison
A montrer tant d'amour avec tant de raison!
Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage, 805
Qui par compassion n'ose me rendre hommage,
Et porte ses desirs à des partis meilleurs,
De peur de m'accabler sous nos communs malheurs!
Je n'oublierai jamais de si rares mérites:
Allez continuer cependant vos visites. 810
CLINDOR.
Que j'aurois avec toi l'esprit bien plus content!
LYSE.
Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend.
CLINDOR.
Tu me chasses ainsi!
LYSE.
Non, mais je vous envoie
Aux lieux où vous aurez une plus longue joie[1346].
CLINDOR.
Que même tes dédains me semblent gracieux! 815
LYSE.
Ah! que vous prodiguez un temps si précieux!
Allez.
CLINDOR.
Souviens-toi donc que si j'en aime une[1347] autre[1348]....
LYSE.
C'est de peur d'ajouter ma misère à la vôtre:
Je vous l'ai déjà dit, je ne l'oublierai pas.
CLINDOR.
Adieu: ta raillerie a pour moi tant d'appas, 820
Que mon coeur à tes yeux de plus en plus s'engage,
Et je t'aimerois trop à tarder davantage.
SCÈNE VI.
LYSE.
L'ingrat! il trouve enfin mon visage charmant,
Et pour se divertir il contrefait l'amant[1349]!
Qui néglige mes feux m'aime par raillerie, 825
Me prend pour le jouet de sa galanterie,
Et par un libre aveu de me voler sa foi,
Me jure qu'il m'adore, et ne veut point de moi.
Aime en tous lieux, perfide, et partage ton âme;
Choisis qui tu voudras pour maîtresse ou pour femme;
Donne à tes intérêts à ménager tes voeux;
Mais ne crois plus tromper aucune de nous deux.
Isabelle vaut mieux qu'un amour politique,
Et je vaux mieux qu'un coeur où cet amour s'applique.
J'ai raillé comme toi, mais c'étoit seulement 835
Pour ne t'avertir pas de mon ressentiment.
Qu'eût produit son éclat, que de la défiance?
Qui cache sa colère assure sa vengeance;
Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux[1350]
Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux. 840
Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?
Pour chercher sa fortune est-on si punissable?
Tu m'aimes, mais le bien te fait être inconstant:
Au siècle où nous vivons, qui n'en feroit autant?
Oublions des mépris où par force il s'excite[1351], 845
Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.
S'il m'aime, il se punit en m'osant dédaigner,
Et si je l'aime encor, je le dois épargner.
Dieux! à quoi me réduit ma folle inquiétude,
De vouloir faire grâce à tant d'ingratitude? 850
Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous,
De laisser affoiblir un si juste courroux?
Il m'aime, et de mes yeux je m'en vois méprisée!
Je l'aime, et ne lui sers que d'objet de risée!
Silence, amour, silence: il est temps de punir; 855
J'en ai donné ma foi: laisse-moi la tenir.
Puisque ton faux espoir ne fait qu'aigrir ma peine[1352],
Fais céder tes douceurs à celles de la haine:
Il est temps qu'en mon coeur elle règne à son tour,
Et l'amour outragé ne doit plus être amour. 860
SCÈNE VII.
MATAMORE.
Les voilà, sauvons-nous. Non, je ne vois personne.
Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne.
Je les entends, fuyons. Le vent faisoit ce bruit.
Marchons sous la faveur des ombres de la nuit[1353].
Vieux rêveur, malgré toi j'attends ici ma reine. 865
Ces diables de valets me mettent bien en peine.
De deux mille ans et plus, je ne tremblai si fort.
C'est trop me hasarder: s'ils sortent, je suis mort;
Car j'aime mieux mourir que leur donner bataille,
Et profaner mon bras contre cette canaille. 870
Que le courage expose à d'étranges dangers!
Toutefois, en tout cas, je suis des plus légers;
S'il ne faut que courir, leur attente est dupée:
J'ai le pied pour le moins aussi bon que l'épée.
Tout de bon, je les vois: c'est fait, il faut mourir; 875
J'ai le corps si glacé, que je ne puis courir[1354].
Destin, qu'à ma valeur tu te montres contraire!...
C'est ma reine elle-même, avec mon secrétaire!
Tout mon corps se déglace: écoutons leurs discours,
Et voyons son adresse à traiter mes amours. 880
SCÈNE VIII.
CLINDOR, ISABELLE, MATAMORE.
ISABELLE.
(Matamore écoute caché[1355].)
Tout se prépare mal du côté de mon père;
Je ne le vis jamais d'une humeur si sévère:
Il ne souffrira plus votre maître ni vous.
Votre rival d'ailleurs est devenu jaloux[1356]:
C'est par cette raison que je vous fais descendre; 885
Dedans mon cabinet ils pourroient nous surprendre;
Ici nous parlerons en plus de sûreté:
Vous pourrez vous couler d'un et d'autre côté;
Et si quelqu'un survient, ma retraite est ouverte.
CLINDOR.
C'est trop prendre de soin pour empêcher ma perte. 890
ISABELLE.
Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien[1357]
Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien:
Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière,
Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière.
Un rival par mon père attaque en vain ma foi; 895
Votre amour seul a droit de triompher de moi:
Des discours de tous deux je suis persécutée;
Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée[1358],
Et des plus grands malheurs je bénirois les coups[1359],
Si ma fidélité les enduroit pour vous. 900
CLINDOR.
Vous me rendez confus, et mon âme ravie
Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie:
Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux,
Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux!
Mais si mon astre un jour, changeant son influence, 905
Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance,
Vous verrez que ce choix n'est pas fort inégal[1360],
Et que, tout balancé, je vaux bien mon rival[1361].
Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre[1362]
Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre. 910
ISABELLE.
N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas[1363]
L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas.
Je ne vous dirai point où je suis résolue:
Il suffit que sur moi je me rends absolue[1365].
Ainsi tous les projets sont des projets en l'air[1365]. 915
Ainsi....
MATAMORE.
Je n'en puis plus: il est temps de parler.
ISABELLE.
Dieux! on nous écoutoit.
CLINDOR.
C'est notre capitaine:
Je vais bien l'apaiser; n'en soyez pas en peine[1366].
SCÈNE IX.
MATAMORE, CLINDOR.
MATAMORE.
Ah! traître!
CLINDOR.
Parlez bas; ces valets....
MATAMORE.
Eh bien! quoi?
CLINDOR.
Ils fondront tout à l'heure et sur vous et sur moi. 920
MATAMORE le tire à un coin du théâtre[1367].
Viens çà. Tu sais ton crime, et qu'à l'objet que j'aime,
Loin de parler pour moi, tu parlois pour toi-même?
CLINDOR.
Oui, pour me rendre heureux j'ai fait quelques efforts[1368].
MATAMORE.
Je te donne le choix de trois ou quatre morts:
Je vais, d'un coup de poing, te briser comme verre, 925
Ou t'enfoncer tout vif au centre de la terre,
Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers,
Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs,
Que tu sois dévoré des feux élémentaires.
Choisis donc promptement, et pense à tes affaires[1369]. 930
CLINDOR.
Vous-même choisissez.
MATAMORE.
Quel choix proposes-tu?
CLINDOR.
De fuir en diligence, ou d'être bien battu.
MATAMORE.
Me menacer encore! ah, ventre! quelle audace!
Au lieu d'être à genoux, et d'implorer ma grâce!...
Il a donné le mot, ces valets[1370] vont sortir.... 935
Je m'en vais commander aux mers de t'engloutir.
CLINDOR.
Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,
Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.
MATAMORE.
Ils sont d'intelligence. Ah, tête!
CLINDOR.
Point de bruit:
J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit[1371]; 940
Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.
MATAMORE.
Cadédiou! ce coquin a marché dans mon ombre;
Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas:
S'il avoit du respect, j'en voudrois faire cas.
Écoute: je suis bon, et ce seroit dommage 945
De priver l'univers d'un homme de courage.
Demande-moi pardon, et cesse par tes feux[1372]
De profaner l'objet digne seul de mes voeux;
Tu connois ma valeur, éprouve ma clémence.
CLINDOR.
Plutôt, si votre amour a tant de véhémence, 950
Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté.
MATAMORE.
Parbieu, tu me ravis de générosité.
Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices;
Je te la veux donner pour prix de tes services:
Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat! 955
CLINDOR.
A ce rare présent, d'aise le coeur me bat.
Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,
Puisse tout l'univers bruire de votre estime!
SCÈNE X.
ISABELLE, MATAMORE, CLINDOR.
ISABELLE.
Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis
Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis. 960
MATAMORE.
Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme
Vous devoit faire un jour de vous prendre pour femme;
Pour quelque occasion j'ai changé de dessein:
Mais je vous veux donner un homme de ma main;
Faites-en de l'état; il est vaillant lui-même; 965
Il commandoit sous moi.
ISABELLE.
Pour vous plaire, je l'aime.
CLINDOR.
Mais il faut du silence à notre affection.
MATAMORE.
Je vous promets silence, et ma protection.
Avouez-vous de moi par tous les coins du monde:
Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde. 970
Allez, vivez contents sous une même loi.
ISABELLE.
Pour vous mieux obéir, je lui donne ma foi.
CLINDOR.
Commandez que sa foi de quelque effet suivie[1373]....
SCÈNE XI.
GÉRONTE, ADRASTE, MATAMORE, CLINDOR, ISABELLE, LYSE, TROUPE DE
DOMESTIQUES[1374].
ADRASTE.
Cet insolent discours te coûtera la vie,
Suborneur.
MATAMORE.
Ils ont pris mon courage en défaut: 975
Cette porte est ouverte; allons gagner le haut.
(Il entre chez Isabelle, après qu'elle et Lyse y sont
entrées[1375].)
CLINDOR.
Traître! qui te fais fort d'une troupe brigande,
Je te choisirai bien au milieu de la bande.
GÉRONTE[1376].
Dieux! Adraste est blessé, courez au médecin.
Vous autres, cependant, arrêtez l'assassin. 980
CLINDOR.
Ah, ciel! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle[1377]:
Je tombe au précipice où mon destin m'appelle.
GÉRONTE.
C'en est fait, emportez ce corps à la maison;
Et vous, conduisez tôt ce traître à la prison.
SCÈNE XII.
ALCANDRE, PRIDAMANT.
PRIDAMANT.
Hélas! mon fils est mort.
ALCANDRE.
Que vous avez d'alarmes! 985
PRIDAMANT.
Ne lui refusez point le secours de vos charmes.
ALCANDRE.
Un peu de patience, et sans un tel secours
Vous le verrez bientôt heureux en ses amours.
FIN DU TROISIÈME ACTE.
FOOTNOTES:
[1323] _Var._ Je connois votre bien beaucoup mieux que vous-même.
Orgueilleuse, il vous faut, je pense, un diadème,
Et ce jeune baron, avecque tout son bien,
Passe encore chez vous pour un homme de rien!
Que lui manque après tout? bien fait de corps et d'âme,
Noble, courageux, riche, adroit et plein de flamme,
[Il vous fait trop d'honneur.] (1639-57)
[1324] _Var._ Et reconnois fort mal les honneurs qu'il me fait.
(1639-63)
[1325] _Var._ De certains mouvements que le ciel nous inspire
Nous font aux yeux d'autrui souvent choisir le pire.
C'est lui qui d'un regard fait naître en notre coeur
L'estime ou le mépris, l'amour ou la rigueur.
[Il attache ici-bas avec des sympathies.] (1639-57)
--Voyez ci-dessus, p. 309.
[1326] _Var._ Les âmes que son choix a là-haut assorties.
(1639-57)
[1327] _Var._ Impudente, est-ce ainsi que l'on se justifie?
(1639-60)
[1328] _Var._ Ce guerrier valeureux nous tient-il dans ses fers?
(1652-57)
[1329] L'édition de 1648 porte, par erreur sans doute,
_contester_, à l'infinitif.
[1330] _Var._ A l'empêcher de courre après son propre sens;
Mais c'est l'humeur du sexe: il aime à contredire,
Pour secouer, s'il peut, le joug de notre empire. (1639-57)
[1331] _Var._ N'auras-tu point enfin pitié de ma fortune?
(1639-57)
[1332] Ce sont les noms de deux anciens royaumes de la presqu'île
occidentale de l'Hindoustan.
[1333] _Var._ Où sont vos ennemis, que j'en fasse un carnage?
(1639-60)
[1334] On lit _fureur_, pour _faveur_, dans l'édition de 1657.
[1335] C'est ainsi que le mot est imprimé dans toutes les
éditions. Cette orthographe était générale au commencement du
dix-septième siècle. Voyez le _Lexique_.
[1336] _Var._ Qui se connoissant mal à faire des bravades.
(1639-57)
[1337] _Var._ Que n'ai-je eu cent rivaux à la place d'un père.
(1639)
[1338] _Médaille de damné_, portrait, vraie image de damné.
[1339] _Parnes_, pièces de bois posées sur la charpente d'un
comble pour recevoir les chevrons; on dit plus ordinairement
_pannes_.--_Soles_ signifie proprement les pièces de bois placées
à plat qui portent la cage d'un moulin à vent; il se dit aussi de
celles qui se couchent à terre dans les autres constructions et
machines.--_Traveteaux_, petites poutres, petites solives.
[1340] Les éditions de 1652-64 portent _peintures_, au pluriel.
[1341] Le mot _seul_ manque dans l'édition de 1639 et dans celles
de 1648-57.
[1342] _Var._ Bien que pour l'épouser je lui donne ma foi.
(1639-57)
[1343] _Var._ Un rien s'assemble mal avec un autre rien;
Mais si tu ménageois ma flamme avec adresse,
Une femme est sujette, une amante est maîtresse;
Les plaisirs sont plus grands à se voir moins souvent:
La femme les achète, et l'amante les vend;
Un amour par devoir bien aisément s'altère;
Les noeuds en sont plus forts quand il est volontaire;
Il hait toute contrainte, et son plus doux appas[1343-a]
Se goûte quand on aime et qu'on peut n'aimer pas;
Seconde avec douceur celui que je te porte.
LYSE. Vous me connoissez trop pour m'aimer de la sorte,
Et vous en parlez moins de votre sentiment
Qu'à dessein de railler par divertissement.
Je prends tout en riant comme vous me le dites:
[Allez continuer cependant vos visites.]
CLIND. Un peu de tes faveurs me rendroit plus content. (1639-57)
[1343-a] Voyez tome I, p. 148, note 3.
[1344] Une double erreur typographique a défiguré ce vers et le
suivant dans l'édition de 1682:
Et malgré les douceurs que l'amour déploie,
Deux malheurs ensemble ont toujours courte joie.
[1345] _Var._ De ce qu'à ses desirs ma raison fait d'injure. (1660 et 63)
_Var._ De ce qu'à ces desirs ma raison fait d'injure. (1664 et 68)
[1346] _Var._ Aux lieux où vous trouvez votre heur et votre joie.
(1639-57)
[1347] On lit _un autre_ dans les éditions de 1664-82. Voyez tome
I, p. 228, note 3.
[1348] _Var._ Souviens-toi donc.... LYSE. De rien que m'ait pu dire....
CLIND. Un amant.... LYSE. Un causeur qui prend plaisir à rire[1348-a].
(1639-57)
[1348-a] La scène V finit là dans les éditions indiquées.
[1349] _Var._ Et pour me suborner il contrefait l'amant!
Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie,
Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie.
Perfide, qu'as-tu vu dedans mes actions,
Qui te dût enhardir à ces prétentions?
Qui t'a fait m'estimer digne d'être abusée,
Et juger mon honneur une conquête aisée?
J'ai tout pris en riant, mais c'étoit seulement. (1639-57)
[1350] _Var._ Et ma feinte douceur te laissant espérer,
Te jette dans les rets que j'ai su préparer.
Va, traître, aime en tous lieux, et partage ton âme:
Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme;
Donne à l'une ton coeur, donne à l'autre ta foi;
Mais ne crois plus tromper Isabelle ni moi.
Ce long calme bientôt va tourner en tempête,
Et l'orage est tout prêt à fondre sur ta tête:
Surpris par un rival dans ce cher entretien,
Il vengera d'un coup son malheur et le mien.
Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable[1350-a]? (1639-57)
[1345-a] [Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?
(1644-57)
[1351] _Var._ Oublions les projets de sa flamme maudite,
[Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.]
Que de pensers divers en mon coeur amoureux,
Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux!
Perdre qui me chérit! épargner qui m'affronte!
Ruiner ce que j'aime! aimer qui veut ma honte!
L'amour produira-t-il un si cruel effet?
L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait[1351-a]?
Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte,
L'une peut tout sur moi, l'autre n'est pas moins forte:
N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur,
Et laissons à la haine assurer mon honneur. (1639-57)
[1351-a] L'insolent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait?
(1644-57)
[1352] _Var._ Puisque ton faux espoir n'a fait qu'aigrir ma
peine. (1660)
[1353] _Var._ Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit.
(1639-60)
[1354] _Var._ J'ai le corps tout glacé, je ne saurois courir.
(1639-60)
[1355] Cette indication manque dans l'édition de 1639 et dans
celles de 1648-60.
[1356] _Var._ Notre baron d'ailleurs est devenu jaloux,
Et c'est aussi pourquoi je vous ai fait descendre;
Dedans mon cabinet ils nous pourroient surprendre;
Ici nous causerons en plus de sûreté. (1639-57)
[1357] _Var._ Je n'en puis prendre trop pour conserver un bien
Sans qui tout l'univers ensemble ne m'est rien:
Oui, je fais plus d'état d'avoir gagné votre âme,
Que si tout l'univers me connoissoit pour dame.
[Un rival par mon père attaque en vain ma foi.] (1639-57)
_Var._ Je n'en puis prendre trop pour m'assurer un bien.
(1660-68)
[1358] _Var._ Mais pour vous je me plais à être mal
traitée[1358-a]. (1639)
[1358-a] Nous avons vu déjà des exemples d'hiatus au tome I, p.
173, note 3, et à la page 188, nota 2, de ce volume.
[1359] _Var._ Il n'est point de tourments qui ne me semblent doux,
Si ma fidélité les endure pour vous. (1639-57)
[1360] _Var._ Vous verrez que ce choix n'est pas tant inégal.
(1639-57)
[1361] _Var._ Et que, tout balancé, je vaux bien un rival. (1639)
[1362] _Var._ Cependant, mon souci, permettez-moi de craindre.
(1639-57)
[1363] _Var._ J'en sais bien le remède, et croyez qu'en ce cas.
(1639-57)
[1364] _Var._ Il suffit que sur moi je me rende absolue. (1639)
[1365] _Var._ Que leurs plus grands efforts sont des efforts en l'air,
Et que.... MAT. C'est trop souffrir: il est temps de parler. (1639-57)
_Var._ Ainsi tous leurs projets sont des projets en l'air. (1660-63)
[1366] Dans l'édition de 1692, on lit à la suite de ce vers:
_Isabelle rentre._
[1367] _Var._ _Le tirant à un coin du théâtre._ (1644-60)--Cette
indication ne se trouve pas dans l'édition de 1639.
[1368] _Var._ Oui, j'ai pris votre place, et vous ai mis dehors.
(1639-57)
[1369] _Var._ Choisis donc promptement, et songe à tes affaires.
(1639-57)
[1370] On lit _ses valets_ dans les éditions de 1644, de 1652 et
de 1654.
[1371] Par une erreur singulière, on a imprimé dans les éditions
de 1652-57:
J'ai déjà massacré dix hommes _en_ cette nuit.
[1372] _Var._ Demande-moi pardon, et quitte cet objet,
Dont les perfections m'ont rendu son sujet. (1639-57)
[1373] _Var._ Commandez que sa foi soit d'un baiser suivie.
MAT. Je le veux.
SCÈNE XI.
GÉRONTE, ADRASTE, ETC.
ADR. Ce baiser te va coûter la vie. (1639-57)
[1374] _Var._ TROUPES DE DOMESTIQUES. (1639)
[1375] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
[1376] _Var._ GÉRONTE, _survenant_. (1660)
[1377] _Var._ Hélas! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle.
(1639-64)
ACTE IV.
SCÈNE PREMIÈRE.
ISABELLE.