[189] _Var._ Nous parlions du conseil que je t'avois donné;

Lysandre, je m'assure, en fut bien étonné?

CÉL. Et je venois aussi pour t'en conter l'issue. (1637-57)

[190] _Var._ Masquer ses mouvements de cet excès d'amour,

Qu'après, pour mépriser celle qui le méprise. (1637-57)

[191] _Var._ Cette bigearre humeur n'est jamais sans soupçons. (1637-57)

[192] _Var._ Mais ce qu'elle t'en dit ne vaut pas l'écouter. (1637-57)

[193] _Var._ Que ta Florice même avouera qu'elle a tort. (1637-57)

[194] _Var._ S'il m'échappe un baiser, ne t'en offense pas.

(1637-57)

[195] _Var._ Et ne m'accablez plus de votre impertinence.

(1637-64)

[196] _Var._ Pour me plaire, il faut bien des entretiens

meilleurs. (1637-57)

[197] _Var._ A votre orgueil nouveau mes nouveaux mouvements.

(1637-57)

[198] _Var._ Puisque, le conservant, je songerois à vous. (1637-57)

_Var._ Puisque, le conservant, je penserois à vous. (1660)

_Var._ Parce qu'en le gardant je penserois à vous. (1663-68)

[199] _Var._ Je pense mieux valoir que le refus d'un autre[199-a].

(1637-57)

[199-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.

[200] _Var._ Si, comme je vous fais, vous ne m'offrez des voeux.

(1637-57)

[201] _Var._ Je craindrois, en ce cas, d'être trop bien reçue.

(1637-57)

[202] _Var._ Vous rencontrant d'humeur facile à m'écouter,

Je n'eusse que la honte après de me dédire.

LYS. Vous devez donc souffrir que dessous votre empire

Mon feu soit sans exemple, et que mes passions. (1637-57)

[203] _Var._ J'ai des nippes en haut que je te veux montrer.

(1637-57)

[204] VAR. HIPPOLYTE, LYSANDRE, ARONTE. (1637-60)

[205] _Var._ Quoi qu'un peu de dépit devant elle publie.

(1637-57)

[206] _Var._ C'est choquer la raison, qui veut que je vous aime.

(1637)

[207] _Var._ Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissent

pas. (1648-57)

[210] Regnier l'a dit avant Corneille:

L'amour est une affection

Qui par les yeux dans le coeur entre.

(_Épigrammes._)

Et la Fontaine l'a répété après tous les deux (_Contes_, IV, IX,

_le Diable en enfer_):

Une vertu sort de vous, ne sais quelle,

Qui dans le coeur s'introduit par les yeux.

[209] _Var._ Il fait naître une ardeur ou puissante ou petite.

Moi, si mon feu vers vous se relâche un moment. (1637-57)

[210] _Var._ Car, puisqu'auprès de vous il n'est rien d'admirable,

Ma flamme comme vous doit être incomparable. (1637-57)

[211] _Var._ Un esprit inconstant, quelque part qu'il

s'adresse.... (1637-57)

[212] _Var._ CHRYSANTE, _à Pleirante_. (1648)

[213] _Var._ PLEIRANTE, _à Chrysante_. (1648)

[214] _Var._ La voilà qui s'en doute et s'en met à sourire[214-a].

(1637-57)

[214-a] Entre les vers 933 et 934: _à Lysandre_. (1648)

[215] En marge, dans l'édition de 1637: _Il emmène Lysandre avec

lui_.

[216] _Var._ (Au moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore.

(1637-60)

[217] _Var._ Mais si cela se fait, dans sa comparaison,

Prévoyant cet hymen, il avoit bien raison. (1637-57)

[218] _Var._ Il fût comme forcé de retourner vers elle. (1637-57)

[219] _Var._ Simple, ce qu'il en fait n'est rien qu'à sa prière;

[Et Lysandre tient même à faveur singulière]

Cette peine qu'il prend pour un de ses amis.

HIPP. Mais voyez cependant que le ciel a permis. (1637-57)

[220] _Var._ Ici quelque importun nous pourroit aborder.

(1637-57)

[221] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. (1648)

[222] Entre les vers 972 et 973: _à Florice, qui sort de chez

Célidée._ (1648)

[223] _Var._ Voyez sa contenance, et jugez du surplus. (1637-57)

[224] _Var._ HIPPOLYTE, _regardant Célidée._ (1660)--Cette

indication manque dans les éditions de 1637-57.

[225] _Var._ Soyez-le de ma honte, et vous fondant en larmes.

(1637)

[226] _Var._ Sur votre faux rapport osant trop me flatter,

Je vantois sa constance, et l'ingrat qui me trompe

Ne se feignit constant qu'afin de m'affronter. (1637-57)

[227] _Var._ Quand je le veux chasser, il est parfait amant;

Quand j'en veux être aimée, il n'en fait plus de conte. (1637-57)

[228] _Var._ Ce traître voyoit bien qu'alors me négliger,

C'étoit à Dorimant abandonner mon âme,

Et voulut par sa feinte, avant que me changer,

Amortir cette flamme. (1637-57)

[229] _Var._ Ou bientôt vos douleurs le mettront au cercueil.

CÉL. Lysandre est en effet la cause de mon deuil. (1637-57)

[230] _Var._ Excusez-moi, Monsieur, si ma confusion

M'étouffe la parole en cette occasion. (1637-57)

[231] En marge, dans l'édition de 1637: _Cléante frappe à la

porte d'Hippolyte.--Cléante frappe chez Hippolyte._ (1648)

[232] _Var._ Ce sont des compliments dont elle a bien affaire!

(1637)

ACTE IV.

SCÈNE PREMIÈRE.

HIPPOLYTE, ARONTE.

HIPPOLYTE.

A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître[233],

Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;

Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.

Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser[234]!

Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,

Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!

Mais je me promets tant de ta dextérité,

Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.

ARONTE.

Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte

Déjà vers son objet malgré moi le remporte; 1050

Et comme s'il avoit reconnu son erreur,

Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:

Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle

Lui jurer que son coeur n'a brûlé que pour elle,

Attaquer son orgueil par des submissions.... 1055

HIPPOLYTE.

J'entends assez le but de tes commissions.

Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage[235]?

ARONTE.

J'emploie auprès de vous le temps de ce message,

Et la ferai parler tantôt à mon retour

D'une façon mal propre à donner de l'amour; 1060

Mais après mon rapport, si son ardeur extrême

Le résout à porter son message lui-même,

Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux

Vaincra notre artifice et parlera pour eux.

HIPPOLYTE.

Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme, 1065

Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme[236].

Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher

Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.

ARONTE.

Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre,

Ce seroit le plus sûr.

HIPPOLYTE.

N'oses-tu l'entreprendre? 1070

ARONTE.

Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux,

Et vous verrez après frapper d'étranges coups.

HIPPOLYTE.

L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale,

Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale[237];

Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur, 1075

Lui montra tant d'amour qu'il regagna son coeur.

ARONTE.

Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble,

Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.

HIPPOLYTE.

Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps,

Puisque de là dépend le bonheur que j'attends. 1080

SCÈNE II.

DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE.

DORIMANT.

Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie?

ARONTE.

Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie,

J'avois doublé le pas sans vous apercevoir.

DORIMANT.

D'où viens-tu?

ARONTE.

D'un logis vers la Croix-du-Tiroir[238].

DORIMANT.

C'est donc en ce Marais que finit ton voyage? 1085

ARONTE.

Non, je cours au Palais faire encore un message.

DORIMANT.

Et c'en est le chemin de passer par ici[239]?

ARONTE.

Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci:

Il meurt d'impatience à force de m'attendre.

DORIMANT.

Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre?

As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris?

ARONTE.

Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris.

DORIMANT.

Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte.

CÉLIDÉE.

Et c'est là seulement le discours qu'il évite.

Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu, 1095

En vain tu veux cacher ce que nous avons vu.

Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître:

Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître?

Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant,

Et te vient d'envoyer lui faire un compliment. 1100

(Aronte rentre.)

SCÈNE III.

DORIMANT, CÉLIDÉE.

CÉLIDÉE.

Après cette retraite et ce morne silence,

Pouvez-vous bien encor demeurer en balance?

DORIMANT.

Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit:

Aronte en me parlant étoit tout interdit,

Et sa confusion portoit sur son visage 1105

Assez et trop de jour pour lire son message.

Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit

Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit?

CÉLIDÉE.

Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle:

Votre amour seulement la lui fait trouver belle. 1110

Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est[240],

N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît;

Et votre affection, de la sienne suivie,

Montre que c'est par là qu'il en a pris envie,

Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober[241]. 1115

DORIMANT.

Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.

En ce dessein commun de servir Hippolyte,

Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:

Son sang me répondra de son manque de foi,

Et me fera raison et pour vous et pour moi. 1120

Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,

Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.

CÉLIDÉE.

Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous[242],

Est-ce faire justice à ce juste courroux?

Pouvez-vous présumer, après sa tromperie, 1125

Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?

Certes pour le punir c'est trop vous négliger,

Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.

DORIMANT.

Pourriez-vous approuver que je prisse avantage[243]

Pour immoler ce traître à mon peu de courage? 1130

J'achèterois trop cher la mort du suborneur,

Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur[244],

Et montrerois une âme et trop basse et trop noire

De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.

CÉLIDÉE.

Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés, 1135

Il est pour vous venger des moyens plus aisés.

Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,

Vous auriez bientôt pris une juste vengeance[245];

Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....

DORIMANT.

Quoi? Ce qu'il m'a volé?

CÉLIDÉE.

Non, mais du moins autant.

DORIMANT.

La foiblesse du sexe en ce point vous conseille:

Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille;

Mais suivre le chemin que vous voulez tenir[246],

C'est imiter son crime au lieu de le punir;

Au lieu de lui ravir une belle maîtresse, 1145

C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse.

(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant avec

Célidée[247].)

C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger;

C'est souffrir un affront, et non pas se venger.

J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire;

Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire 1150

Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur,

Vous pourrez aisément en deviner l'auteur.

CÉLIDÉE.

De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne

Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne.

Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs, 1155

Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs!

SCÈNE IV.

LYSANDRE, ARONTE.

ARONTE.

Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle?

LYSANDRE.

Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle.

N'exerce plus tes soins à me faire endurer;

Ma plus douce fortune est de tout ignorer[248]: 1160

Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte.

ARONTE.

Encor pour Dorimant, il en a quelque honte:

Vous voyant, il a fui.

LYSANDRE.

Mais mon ingrate alors

Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,

Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes! 1165

Tu croyois que son coeur n'eût point d'autres atteintes,

Que son esprit entier se conservoit à moi,

Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi[249]!

ARONTE.

A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même.

Après deux ans passés dans un amour extrême, 1170

Que sans occasion elle vînt à changer,

Je me fusse tenu coupable d'y songer;

Mais puisque sans raison la volage vous change,

Faites qu'avec raison un changement vous venge.

Pour punir comme il faut son infidélité, 1175

Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité.

LYSANDRE.

Misérable! est-ce ainsi qu'il faut qu'on me soulage?

Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage?

Et veux-tu désormais que par un second choix

Je m'engage à souffrir encore une autre fois? 1180

Qui t'a dit qu'Hippolyte à cette amour nouvelle[250]

Se rendroit plus sensible ou seroit plus fidèle?

ARONTE.

Vous en devez, Monsieur, présumer beaucoup mieux.

LYSANDRE.

Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux.

ARONTE.

Son âme....

LYSANDRE.

Ote-toi, dis-je, et dérobe ta tête 1185

Aux violents effets que ma colère apprête:

Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet;

Va, tu l'attirerois sur un sang trop abjet[251].

SCÈNE V[252].

LYSANDRE.

Il faut à mon courroux de plus nobles victimes:

Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes[253]; 1190

Qu'après les trahisons de ce couple indiscret,

L'un meure de ma main, et l'autre de regret.

Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse;

Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse.

Mon coeur, à qui mes yeux apprendront ses tourments,

Permettra le retour à mes contentements;

Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes,

N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes.

Ses douleurs seulement ont droit de me guérir;

Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir[254]. 1200

Frénétiques transports, avec quelle insolence

Portez-vous mon esprit à tant de violence?

Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi;

Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi?

Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse, 1205

Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse?

Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr?

Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir[255]

Qu'un rigoureux combat déchire mon courage!

Ma jalousie augmente et redouble ma rage[256]; 1210

Mais quelques[257] fiers projets qu'elle jette en mon coeur,

L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur.

Celle que nous aimons jamais ne nous offense;

Un mouvement secret prend toujours sa défense:

L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement,

Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant[258].

Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide,

Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide;

Arrachez-lui mon bien: une telle beauté

N'est pas le juste prix d'une déloyauté. 1220

Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices

Il recueillît les fruits dus à mes longs services?

S'il vous faut épargner le sujet de mes feux,

Que ce traître du moins réponde pour tous deux.

Vous me devez son sang pour expier son crime: 1225

Contre sa lâcheté tout vous est légitime;

Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici?

SCÈNE VI.

HIPPOLYTE, LYSANDRE.

HIPPOLYTE.

Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci;

Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère,

En font voir au dehors une marque trop claire[259]. 1230

Je prends assez de part en tous vos intérêts

Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets;

Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines....

LYSANDRE.

Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes;

C'est irriter mes maux que de me secourir; 1235

La mort, la seule mort a droit de me guérir.

HIPPOLYTE.

Si vous vous obstinez à m'en taire la cause,

Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose.

LYSANDRE.

Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.

HIPPOLYTE.

Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point. 1240

C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve,

Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve:

Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi,

Être de belle humeur, ou n'être plus à moi[260].

LYSANDRE.

Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence[261]; 1245

Vous useriez sur moi de trop de violence.

Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs[262]

Veulent en liberté s'exhaler en soupirs.

SCÈNE VII.

HIPPOLYTE[263].

C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte[264]?

Après des voeux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte!

Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours,

Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours!

Dans ce peu de succès des ruses de Florice,

J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice;

Et si j'en puis jamais trouver l'occasion, 1255

J'y mettrai bien encor de la division.

Si notre pauvre amant est plein de jalousie,

Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie.

SCÈNE VIII.

HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.

CÉLIDÉE.

N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous[265]?

Il a bientôt quitté des entretiens si doux. 1260

HIPPOLYTE.

Qu'y feroit-il, ma soeur? Ta fidèle Hippolyte[266]

Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite[267].

Il a beau m'en conter de toutes les façons,

Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons.

CÉLIDÉE.

Le parjure à présent est fort sur ta louange[268]? 1265

HIPPOLYTE.

Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange;

Et quand il vient ensuite à parler de ses feux[269],

Aucune passion jamais n'approcha d'eux.

Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige,

Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige: 1270

C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment;

Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement,

Je te laisse à juger alors si je l'endure.

CÉLIDÉE.

C'est trop prendre, ma soeur, de part en mon injure:

Laisse-le mépriser celle dont les mépris 1275

Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris.

Si Lysandre te plaît, possède le volage,

Mais ne me traite point avec désavantage;

Et si tu te résous d'accepter mon amant,

Relâche-moi du moins le coeur de Dorimant. 1280

HIPPOLYTE.

Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre,

Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre;

Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir,

Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir.

J'estimai fort Lysandre avant que le connoître; 1285

Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître,

Je te répute heureuse après l'avoir perdu.

Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu!

Que son discours est fade avec ses flatteries[270]!

Qu'on est importuné de ses afféteries! 1290

Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui,

Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui[271].

CÉLIDÉE.

Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale

A pris pour nos malheurs une route inégale!

L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux; 1295

L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.

HIPPOLYTE.

Si nous changions de sort, que nous serions contentes!

CÉLIDÉE.

Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes,

Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi.

HIPPOLYTE.

Mais l'autre, tu voudrois....

SCÈNE IX.

PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.

PLEIRANTE.

Ne rompez pas pour moi;

Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles[272]?

HIPPOLYTE.

Nous causions de mouchoirs, de rabats[273], de dentelles,

De ménages de fille.

PLEIRANTE.

Et parmi ces discours,

Vous confériez ensemble un peu de vos amours:

Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable? 1305

HIPPOLYTE.

Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable[274].

Des hommes comme vous ne sont que des conteurs.

Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs!

PLEIRANTE.

Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire,

Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère? 1310

HIPPOLYTE.

J'obéirai toujours à son commandement;

Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement:

Je ne puis deviner ce que vous voulez dire.

PLEIRANTE.

Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire.

HIPPOLYTE.

Vous en voulez par là[275]....

PLEIRANTE.

Ce n'est point fiction 1315

Que ce que je vous dis de son affection.

Votre mère sut hier à quel point il vous aime[276],

Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même.

HIPPOLYTE.

Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer,

Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer; 1320

Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle.

SCÈNE X.

PLEIRANTE, CÉLIDÉE.

PLEIRANTE.

Ta compagne est du moins aussi fine que belle[277].

CÉLIDÉE.

Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous.

PLEIRANTE.

Et fort habilement se parer de mes coups.

CÉLIDÉE.

Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre[278].

PLEIRANTE.

Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre.

Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît.

CÉLIDÉE.

Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt?

PLEIRANTE.

Lysandre m'a prié d'en porter la parole.

CÉLIDÉE.

Lysandre!

PLEIRANTE.

Oui, ton Lysandre.

CÉLIDÉE.

Et lui-même cajole....

PLEIRANTE.

Quoi? que cajole-t-il?

CÉLIDÉE.

Hippolyte, à mes yeux.

PLEIRANTE.

Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux;

Et nous sommes tous prêts de choisir la journée

Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée.

Il se plaint toutefois un peu de ta froideur; 1335

Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur.

Parle: ma volonté sera-t-elle obéie?

CÉLIDÉE.

Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie!

Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant,

Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant, 1340

Et traverse par là tout ce qu'à sa prière

Votre vaine entremise avance vers la mère.

Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous?

PLEIRANTE.

Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux!

Et quoi? pour un ami s'il rend une visite, 1345

Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?

CÉLIDÉE.

Je sais ce que j'ai vu.

PLEIRANTE.

Je sais ce qu'il m'a dit,

Et ne veux plus du tout souffrir de contredit.

Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose[279].

CÉLIDÉE.

Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose.

PLEIRANTE.

Quelle bizarre humeur! quelle inégalité[280]

De rejeter un bien qu'on a tant souhaité!

La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices:

Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices.

Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux, 1355

Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux;

Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse,

Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse?

Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus.

CÉLIDÉE.

Monsieur....

PLEIRANTE.

Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.

SCÈNE XI.

CÉLIDÉE.

Fâcheux commandement d'un incrédule père!

Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère!

J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi,

Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi,

Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance, 1365

Unissoit mes desirs à mon obéissance;

Mais, hélas! que depuis cette infidélité

Je trouve d'injustice en son autorité!

Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie

Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie. 1370

Dures extrémités où mon sort est réduit!

On donne mes faveurs à celui qui les fuit;

Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine,

Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne.

Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour 1375

A celui dont je tiens la lumière du jour?

Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte?

Mon coeur en même temps se retient et s'excite.

Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien

Que mon feu ne dépend que de croire le sien. 1380

Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître:

Attends, attends du moins la sienne pour renaître.

A quelle folle erreur me laissé-je emporter!

Il fait tout à dessein de me persécuter.

L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice 1385

Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice[281].

Rentrons, que son objet présenté par hasard

De mon coeur ébranlé ne reprenne une part:

C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine,

Sans que mes yeux encore aident à ma ruine. 1390

SCÈNE XII.

LA LINGÈRE, LE MERCIER.

LA LINGÈRE, après qu'ils se sont entre-poussé une boîte

qui est entre leurs boutiques[282].

J'envoirai tout à bas, puis après on verra.

Ardez[283], vraiment c'est-mon[284], on vous l'endurera!

Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre!

LE MERCIER.

Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre?

LA LINGÈRE.

Aussi votre tapis est tout sur mon battant[285]; 1395

Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant.

LE MERCIER.

Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie,

Et puis on vous jouera dedans la comédie.

LA LINGÈRE.

Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis;

Pour en avoir raison nous manquerions d'amis! 1400

On joue ainsi le monde.

LE MERCIER.

Après tout ce langage,

Ne me repoussez pas mes boîtes davantage.

Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands;

Vous vendez dix rabats contre moi deux galands[286].

Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure[287], 1405

Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure;

Et vous me harcelez et sans cause et sans fin.

Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin!

Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique

Que par un entre-deux mis à votre boutique; 1410

Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler,

Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller.

LA LINGÈRE.

Justement.

SCÈNE XIII.

LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE, CLÉANTE.

LA LINGÈRE[288].

De tout loin je vous ai reconnue.

FLORICE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 02 · 第 4 / 30 段