ROMANTISMES

I

_La Baronne Du Rozier à Mgr. Du Rozier, évêque de Vernon._

Château du Lys, près Chantilly, 20 juillet 1828.

Ah! Monseigneur, c'en est fait, je n'en puis plus! Votre frère

impitoyable m'aura trop cruellement délaissée. Comme je vous le mandais

hier encore, mon courage est à bout. Prenez pitié de moi,

secourez-moi!... Certes, je ne suis pas sans faute; vous m'entendrez,

vous me jugerez... Mais si votre charité pouvait deviner ce que c'est

que d'attendre, d'attendre, toujours d'attendre!

Sans doute, on me recherche, on me fête; sans doute, on m'attire à

Paris, on m'y aura vue à l'Opéra, au bal... mais que le comédien chante,

ou que l'on touche seulement un clavecin, et voici mon esprit qui

s'échappe vers les forêts vierges ou les déserts immenses... Avoir un

époux qui est on ne sait où, en danger de mort peut-être, et dont on

ignore tout depuis plus d'un an! Me parle-t-on en quelque niaise romance

de rossignol ou d'alouette? Je rêve aussitôt des vautours géants qui,

dans le silence des nuits tropicales, effleurent mon Sébaste de leurs

grandes ailes. Veut-on m'entretenir de guerres ou de chasses? Je songe

aux hordes tatouées, aux animaux monstrueux ameutés sans doute contre le

cher pélerin.

Tout ce que j'adorai naguère, je le brûle aujourd'hui. Mon existence

n'est plus qu'un long martyre. Et c'est en me flattant du double honneur

d'être votre parente, Monseigneur, et de me croire aussi votre amie, que

je vous supplie ardemment de me faire admettre au saint repos du

cloître. Je veux espérer que votre bonté donnera quelque prompte suite à

cette requête désespérée d'une profondément malheureuse, qui se dit

aujourd'hui et toujours, Monseigneur, votre très humble

DELPHINE, baronne DU ROZIER.

Au pays de Sylvie · 第 28 / 40 题