Le Voltigeur au Trapèze.
J’avais donné à cet automate le nom de Diavolo Antonio, célèbre
acrobate, dont j’avais cherché à imiter les périlleux exercices.
Seulement l’original était un homme, et la copie n’avait que la taille
et les traits d’un enfant.
J’apportais mon jeune artiste de bois entre mes bras, comme je l’eusse
fait pour un être vivant, je le posais sur le bâton d’un trapèze, et là
je lui adressais quelques questions auxquelles il répondait par des
signes de tête.
--Vous ne craignez pas de tomber?
--Non.
--Etes-vous bien disposé à faire vos exercices?
--Oui.
Alors, aux premières mesures de l’orchestre, il saluait gracieusement
les spectateurs, en se tournant vers toutes les parties de la salle,
puis se suspendant par les bras, et suivant la mesure de la musique, il
se faisait balancer avec une vigueur extrême.
Venait ensuite un instant de repos, pendant lequel il fumait sa pipe,
après quoi il exécutait des tours de force sur le trapèze, tels que de
se soulever à la force des bras et de se tenir la tête en bas, tandis
qu’il exécutait avec les jambes des évolutions télégraphiques.
Pour prouver que son existence mécanique était en lui-même, mon petit
Diavolo abandonnait la corde avec ses mains, se pendait par les pieds,
et quittait bientôt entièrement le trapèze.
Cet automate a paru pour la première fois sur mon théâtre le 1er
octobre 1849.
[Illustration]