Ou la Colonne au gant.
On apportait sur une table un petit automate revêtu du costume de
Garde-Française: il portait un mousquet et se tenait au port d’arme prêt
à recevoir un commandement.
En automate bien appris, il commençait par saluer respectueusement
l’assemblée, et après s’être débarrassé de son arme, il envoyait de la
main droite quelques baisers aux jeunes enfants qu’il apercevait dans la
salle.
J’empruntais à plusieurs dames de l’assemblée quatre bagues et un gant
blanc, j’en faisais un paquet et je le mettais dans le petit fusil que
j’avais préalablement chargé et amorcé.
--Tenez, disais-je à mon Garde-française, je vous rends votre arme
contenant un gant et quatre bagues; montrez maintenant votre adresse, en
envoyant tous ces objets sur ce point de mire. Je lui montrais une
colonne en cristal qui se trouvait sur une autre table.
L’automate mettait en joue, posait le doigt sur la gâchette, visait et,
au signal que je lui en donnais, faisait feu. Les objets contenus dans
le fusil étaient projetés sur la colonne, et le gant, gonflé comme s’il
eût été porté par une main invisible se dressait sur le sommet du
cristal, étalant à chacun de ses doigts une des bagues qui m’avaient été
confiées.
Je variais quelquefois l’expérience. Je mettais dans le fusil une seule
bague et deux cartes choisies secrètement par des spectateurs.
L’automate dirigeait son arme vers un vase de fleurs que je lui
indiquais, et lorsqu’il faisait feu, un petit amour sortait du milieu
des roses en battant des ailes et portait à la main une torche allumée
au bas de laquelle la bague était accrochée. Quant aux deux cartes,
elles avaient dévié de leur chemin et s’étaient fixées sur ma poitrine.
[Illustration]