Dans l’année 1847, on se le rappelle, il n’était question que de l’éther
et de ses merveilleuses applications. J’eus alors l’idée d’user à mon
profit l’engouement du public pour en faire un à-propos qui eut un
succès prodigieux.
--Messieurs, disais-je avec le sérieux d’un professeur de la Sorbonne,
je viens de découvrir dans l’éther une nouvelle propriété merveilleuse.
Lorsque cette liqueur est à son plus haut degré de concentration, si on
la fait respirer à un être vivant, le corps du patient devient en peu
d’instants aussi léger qu’un ballon.
Cette exposition terminée, je procédais à l’expérience. Je plaçais trois
tabourets sur un banc de bois. Mon fils montait sur celui du milieu, et
je lui faisais étendre les bras, que je soutenais en l’air au moyen de
deux cannes qui reposaient chacune sur un tabouret.
Je mettais alors simplement sous le nez de l’enfant un flacon vide que
je débouchais avec soin, mais dans la coulisse on jetait de l’éther sur
une pelle de fer très chaude, afin que la vapeur s’en répandît dans la
salle. Mon fils s’endormait aussitôt, et ses pieds, devenus plus légers,
commençaient à quitter le tabouret.
Jugeant alors l’opération réussie, je retirais le tabouret de manière
que l’enfant ne se trouvait plus soutenu que par les deux cannes.
Cet étrange équilibre excitait déjà dans le public une grande surprise.
Elle augmentait encore lorsqu’on me voyait retirer l’une des deux cannes
et le tabouret qui la soutenait; et enfin elle arrivait à son comble,
lorsqu’après avoir élevé avec le petit doigt mon fils jusqu’à la
position horizontale, je le laissais ainsi endormi dans l’espace, et que
pour narguer les lois de la gravitation, j’ôtais encore les pieds du
banc qui se trouvait sous cet édifice impossible, tel que le représente
la gravure ci-dessus.
La première représentation eut lieu le 10 octobre 1849.
[Illustration]