Ce tour était très compliqué et formait à son dénouement un très joli
tableau.
J’empruntais deux mouchoirs et trois montres; j’en faisais un paquet que
je mettais dans une sorte de pistolet-tromblon, et j’y joignais trois
cartes choisies dans un jeu par un des spectateurs. Pendant ce temps, on
apportait une guirlande de fleurs que l’on suspendait à de petits rubans
placés au milieu de la scène.
J’annonçais alors que ces fleurs allaient me servir de point de mire, et
que lorsque je ferais feu de ce côté, les montres, les mouchoirs et les
cartes iraient se grouper autour d’elles.
En effet, lorsque le coup partait les cartes apparaissaient sur la
guirlande, les montres en dessous et les mouchoirs pendaient sur le
côté.
(Un erratum à signaler sur le dessin ci-dessus, c’est que le graveur a
oublié d’y mettre les mouchoirs).
Au commencement du tour, bien que je n’eusse besoin que de deux
mouchoirs, j’en empruntais trois, parce que j’en gardais un pour faire
un autre tour sous forme d’intermède, dans le but d’allonger cette
petite scène qui, sans cela, eût été beaucoup trop courte.
Je mettais de l’esprit de vin sur ce mouchoir, je l’enflammais et je
montrais les ravages du feu en passant mon bras par un énorme trou. Puis
sous le prétexte de me servir de ce principe des homœopathes:
_similia similibus curantur_, je versais encore de l’esprit de vin sur
le linge brûlé, je l’enflammais de nouveau, et en frappant seulement
avec la main sur le mouchoir incendié, je le faisais reparaître dans son
état primitif.
Le tour de la guirlande a été représenté pour la première fois le 18
janvier 1850.
[Illustration]