Un principe fondamental de la prestidigitation, c’est de produire de
grands effets avec de petites causes; autrement dit, il faut produire,
avec de petits objets, des objets d’un gros volume.
Qu’y-a-t-il d’étonnant en effet de faire sortir d’une boîte à double
fond ce qui peut y être contenu? La difficulté consiste uniquement dans
l’_ingéniosité_ de l’appareil, et tout le mérite revient à l’ébéniste ou
au ferblantier qui a fabriqué la boîte.
Mais le _foulard aux surprises_ est un tour qui ne pouvait laisser
croire à aucune combinaison mécanique, parce que l’instrument qui devait
produire des objets si volumineux pouvait être réduit à de bien petites
proportions.
Ce foulard était confié par un spectateur. Aussitôt que je l’avais entre
les mains, je le pressais, l’étirais et le retournais en tous sens pour
prouver qu’il ne contenait rien, puis, le prenant par le milieu, je le
secouais et j’en faisais sortir un plumet. En retournant le foulard du
côté opposé, j’en retirais un second, un troisième, un quatrième plumet
et jusqu’à un panache de tambour-major. Enfin une véritable pluie de
plumets venait couvrir la scène.
Ces subtilités étaient le préambule d’un tour beaucoup plus surprenant
encore, et qu’on pourrait appeler à plusieurs titres le bouquet de
l’expérience.
Je m’approchais des spectateurs, et après avoir une dernière fois bien
secoué et retourné le foulard de tous côtés, j’en faisais sortir une
énorme corbeille de fleurs que je distribuais aux dames.
Ce tour faisait partie des expériences annoncées sur ma première
affiche.
[Illustration]