On se rappelle le tour chinois intitulé par Philippe: _Le Bassin de
Neptune_. J’ai dit que le prestidigitateur du bazar Bonne-Nouvelle, à
l’exemple des habitants du Céleste-Empire, s’était revêtu d’une robe
nécessaire à l’exécution du tour. J’ai dit aussi ma répulsion pour tout
vêtement en dehors de nos usages. Il devait donc sembler impossible de
me voir jamais reproduire cette merveilleuse expérience, lorsqu’un jour,
on vit sur mes affiches l’annonce d’un tour intitulé: _la Pêche
miraculeuse_.
Ce n’était pas autre chose que le tour chinois que je me proposais
d’exécuter, mais dans des conditions beaucoup plus difficiles.
J’arrivais en scène ayant en main un pied de guéridon qui se terminait
par une pointe aiguë. Je le posais devant moi, et près des spectateurs.
Je me saisissais d’un châle que j’étalais en tous sens, et que je
secouais avec force afin de bien prouver qu’il ne contenait rien.
--Voici d’abord comment on doit prendre et poser son épervier. Je
ramassais les plis du châle et je le jetais sur mon épaule. Figurez-vous
maintenant, Messieurs, que la pointe de ce pied de guéridon soit un
étang, je sais qu’il faut se faire une grande illusion pour cela, mais
enfin admettez cette fable pour un instant. Dans cette circonstance, on
s’approche silencieusement de l’étang, on lance son épervier comme cela
sur l’endroit où l’on suppose trouver du poisson, on le relève, et l’on
montre, ainsi que je le fais maintenant, une pêche vraiment
merveilleuse.
A cet instant, un bocal beaucoup plus grand que celui de Philippe,
contenant d’énormes poissons rouges, apparaissait en équilibre sur la
pointe du guéridon, et lorsqu’on voulait l’enlever de cet endroit, il
était impossible de le bouger de place sans répandre de l’eau.
[Illustration]