Cette pièce mécanique était précédée de plusieurs tours d’escamotage qui
motivaient son introduction sur la scène.
J’empruntais le mouchoir d’une dame; j’en faisais une boule que je
mettais à côté d’un œuf, d’un citron et d’une orange rangés sur ma
table.
Je faisais ensuite passer ces quatre objets les uns dans les autres, et
lorsqu’enfin ils étaient tous réunis dans l’orange, je me servais de ce
fruit pour composer une liqueur fantastique.
Pour cela, je pressais l’orange entre mes mains, et je la réduisais de
grosseur en la montrant de temps à autre sous ses différentes formes, et
je finissais par en faire une poudre que je faisais passer dans un
flacon où il y avait de l’esprit de vin.
On m’apportait alors un oranger dépourvu de fleurs et de fruits. Je
versais dans un petit vase un peu de la liqueur que je venais de
préparer; j’y mettais le feu; je le plaçais au-dessous de l’arbuste, et
aussitôt que l’émanation atteignait le feuillage, on le voyait se
charger de fleurs.
Sur un coup de ma baguette, ces fleurs étaient remplacées par des fruits
que je distribuais aux spectateurs.
Une seule orange était restée sur l’arbre; je lui ordonnais de s’ouvrir
en quatre parties, et l’on apercevait à l’intérieur le mouchoir qui
m’avait été confié. Deux papillons battant des ailes le prenaient par
les angles et le déployaient en s’élevant en l’air.
Ce tour est de ma création.
[Illustration]