Ce tour est un des plus brillants que j’aie jamais exécutés. Il est
toujours très chaleureusement applaudi.
Je me présente en scène ayant en main une petite bouteille remplie de
vin de Bordeaux. Je la vide complètement en versant son contenu dans des
verres et je la rince ensuite avec un peu d’eau, en ayant soin de la
bien faire égoutter.
Ce préambule terminé, je m’avance au milieu des spectateurs et, tenant
toujours la bouteille renversée, je leur offre d’en faire sortir toute
liqueur qu’ils pourront désirer.
Ma proposition est généralement accueillie avec une grande faveur. De
tous côtés des demandes me sont aussitôt faites par des gens aussi
désireux de s’assurer de la réalité du tour que de la qualité des
liqueurs.
Ces liqueurs sont aussitôt fournies que demandées. Il n’en est aucune,
spiritueuse ou aromatique, de quelque pays qu’elle puisse être, qui ne
soit versée avec la plus grande libéralité.
La distribution ne se termine que lorsque le spectateur, craignant de ne
pouvoir consommer tout ce qui sortirait de la bouteille, et trouvant
aussi que plus il ferait prolonger l’expérience, moins sa raison
pourrait lui rendre des comptes, se détermine enfin à cesser ses
demandes.
Pour terminer ce tour d’une manière saisissante, en donnant une preuve
de la libéralité inépuisable de ma bouteille, je prends un grand verre à
boire pouvant contenir au moins la moitié du flacon, et je l’emplis
jusqu’aux bords avec une liqueur qui m’est encore demandée.
_La Bouteille inépuisable_ a été représentée pour la première fois à mon
théâtre le 1er décembre 1847.
[Illustration]