CHAPITRE X.

_Où l'on voit les Cérémonies qui se pratiquent aux

Naissances & aux Enterremens en ces Païs; la maniére

d'administrer la Justice, & plusieurs autres choses

remarquables_.

Un Domestique qui entra en ce tems-là tout échauffé,

interromprit notre Discours: il venoit annoncer au Roi que

la _Mèla_ étoit accouchée d'un Enfant mâle. Il n'y avoit que

deux ans qu'il avoit pris sa premiére Femme, ainsi il étoit

âgé de vingt-sept ans: ce que je dis pour faire remarquer

que le Roi ne peut prendre Femme qu'à vingt-cinq ans, & les

autres en doivent avoir trente, au lieu que les Filles sont

nubiles à vingt. Depuis ce tems-là il en avoit encore épousé

deux. Il avoit eu deux Filles de la premiére, & une de la

seconde. Celle qui venoit de lui donner un Garçon, & dont le

Pére étoit Maréchal d'un des Cantons voisins, étoit la

troisiéme, & comme elle est la légitime Reine, nous la

distinguerons des autres par le nom d'Impératrice; suivant

la Loi du Païs, qui ne donne proprement ce Titre qu'à celle

des Femmes du Souverain qui lui fait un Successeur à la

Couronne. Nous félicitâmes le Roi de la Naissance de ce

jeune Prince, & lui fîmes comprendre que nous désirions

ardemment qu'il pût regner heureusement après lui. Il

témoigna que notre Compliment lui faisoit du plaisir, & pour

nous en convaincre davantage, il nous ordonna de le suivre,

afin d'être témoins de la Cérémonie, que la Coûtume

l'obligeoit d'observer pour imposer un nom à l'Enfant.

Il sortit accompagné de deux de ses Fréres, & de son

Cuisinier, dont l'Emploi est-là fort considérable, & de son

Maître d'Hôtel. L'Impératrice l'attendoit dans un lit

magnifique, tant par sa Sculpture, qu'à cause des autres

Ornemens dont il étoit enrichi. D'abord qu'elle le vit, elle

se fit mettre sur son séant; & l'on prit soin de lui couvrir

les épaules d'un Manteau de Poil de Chévre rouge, tout

couvert de Guimpes & de Guirlandes en Broderie, doublé

d'Hermines blanches comme la Neige; & ayant prié le Roi de

lui permettre de baiser sa main, elle lui témoigna la joye

qu'elle avoit de ce que Dieu lui avoit donné un Fils, puis

que par-là elle avoit l'honneur d'être devenuë Impératrice

d'un si grand Royaume. Là-dessus Un Chapelain s'avança, qui

suivant les Ordres qu'il en avoit, remercia Dieu, au nom du

Roi, de la Reine, & de tout le Peuple, des graces qu'il

venoit de leur accorder: & je puis dire que son éloquence,

jointe à la soûmission & au zéle avec lequel il s'en

aquitta, me pénétra jusqu'à l'ame. Il s'étendit fort au long

sur le néant de l'homme, sur l'infinie grandeur du Monarque

de l'Univers, sur les soins que cette Providence prend

continuellement de sa Créature, nonobstant leur

disproportion, & la distance immense qui sépare des Etres si

différens. Il marqua en quoi ces soins consistoient; & ce

fut alors qu'il parla des Vertus nécessairement requises à

un bon Roi: comment il leur en avoit donné un, digne à tous

égards de l'amour sincére de ses Peuples. Il nous entretint

du jeune Prince, qu'il venoit de leur accorder, des

obligations qu'on lui avoit de tant de bienfaits, & conclut

par un million d'actions de graces. De sorte que cette

action pieuse dura pour le moins une heure. Ensuite, on

présenta l'Enfant au Roi, qui le nomma _Baïol_,

c'est-à-dire, benin. Aussi-tôt après, on nous servit des

fruits secs & confits avec du miel, qui surpasse assurément

le meilleur sucre de l'Amérique. Nous bûmes outre cela de

très-excellent Hidromel, & d'autres Liqueurs, qui ne le

cèdent en rien aux nôtres, hormis au Vin, dont ils sont

absolument destituez: il n'y a pas seulement de Vignes dans

tout le Païs. La Cérémonie du Sacre de l'Impératrice fut

différée jusqu'après ses Couches, qui finirent au bout de

dix-huit jours: mais d'autant qu'elle ne consiste, comme la

précédente, que dans des actions de graces, il n'est pas

nécessaire que je m'amuse à en faire le recit. Au reste, ce

n'est pas seulement dans le Palais du Roi que cela

s'observe, c'est aussi dans tous les Cantons du Royaume, dès

le moment qu'on leur en donne la nouvelle.

A propos de nouvelles, voici l'endroit, si je ne me trompe,

où je dois faire remarquer que tous les jours chaque Village

envoye, de midi jusqu'à une heure, deux hommes sur chaque

chemin des Gantons voisins, & ainsi huit en tout, parce

qu'il n'y a point de Canton qui ne se trouve au milieu de

quatre autres en ligne directe, excepté ceux qui sont aux

extrêmitez du Païs. Sur ces chemins il y a des Pilliers

marquez, à une même distance l'un de l'autre; jusqu'où ils

savent qu'ils doivent aller: & ces distances sont telles,

que ceux que l'on envoye-là avec des Trompettes parlantes,

s'y peuvent aisément entendre. Si donc il est arrivé quelque

chose d'extraordinaire à la Cour, & qui se puisse exprimer

en peu de mots: comme, par exemple, que le Roi soit mort,

marié ou malade, qu'il lui soit né un Enfant, &c. ceux qui

sont envoyez de la Cour le crient à leurs Voisins, ceux-ci à

de plus éloignez, & ceux-là aux autres, jusques à ce que

cela soit parvenu aux derniers: ce qui se fait avec tant de

vîtesse, qu'en moins d'une heure on le sait dans tout le

Royaume. Quand il n'y a point de nouvelles, ils se

contentent de dire que tout va bien. De même, lorsque les

Cantons ont quelque chose à faire savoir à la Cour, leurs

vedetes se servent réciproquement des mêmes moyens. S'il y a

des Paquets ou des Lettres, il y a des Messagers pour cela,

qui partent de la Cour à cinq heures du matin, vers les

Villages voisins: ceux-ci en ont qui à six se mettent en

chemin pour d'autres, ou ils remettent ce qu'ils ont à des

troisiémes, qui vont plus loin à sept, & ainsi des autres.

Pour les grands fardeaux on se sert de Bâteaux, qui vont

aussi avec beaucoup d'ordre, sans que cela coûte un denier à

qui que ce soit, parce que chaque Pére de Famille y employe

ses Enfans, ou ses Domestiques chacun à son tour.

Peu de tems après l'Accouchement de l'Impératrice, les Etats

ou Députez des Satrapes se rendirent à la Cour pour exercer

la Justice, & mettre Ordre à toutes choses. Cette Assemblée

dura vingt-deux jours, & l'on y vuida bien des affaires; à

la plûpart desquelles je puis dire, sans vanité, que j'y eus

indirectement quelque part. Comme ces Messieurs ne

s'assembloient que tous les matins, & que l'on donnoit les

après-dînées, partie au plaisir, & partie à l'examen des

Faits, qui se devoient traiter à la Séance prochaine, le Roi

ne pouvoit s'empêcher de venir à son ordinaire, passer sur

le tard quelques momens avec nous; mais, ce n'étoit pas

alors tant pour voir nos Ouvrages, que pour nous communiquer

familiérement ce qui se devoit proposer le lendemain; sur

quoi il ne manquoit jamais de nous demander ce que l'on

feroit en tel cas en Europe?

Un jour entr'autres, il nous raconta comment un jeune homme

d'un Canton fort reculé, étant souvent maltraité de son

Pére, qui sembloit le haïr mortellement, prit occasion,

qu'ils étoient sortis ensemble en Gondole, dans le dessein

d'aller pêcher du Poisson, de le jetter dans le Canal; & le

voyant entre deux Eaux, il le tenoit-là du bout de sa Rame,

de crainte qu'il n'en revint, & le punit de sa témérité. Le

Pére qui avoit perdu d'abord la tramontane, reprit peu à peu

ses esprits: il sçavoit parfaitement bien nager, de sorte

que se sentant presser par en haut, il se laissa droit

couler à fond, & donnant alors des piez en terre, il revint

en haut à deux pas de-là, où il se mit à nager de toute sa

force vers l'autre bord, pour échaper à la fureur de son

Fils. Comme l'un s'efforçoit de fuïr, & que l'autre hésitoit

s'il devoit le poursuivre, & tâcher de lui casser la tête,

un vieux Pin, planté au bord de ce Canal, suivant la

description que j'en ai faite ailleurs, tombe tout d'un coup

comme une masse de terre, & envelope le Garçon de ses

branches dans la Gondole, de maniére qu'il lui étoit

impossible de se remuër, sans pourtant qu'il en fut blessé

en aucun endroit. Le Vieillard qui gagna cependant le

Rivage, voyant que cet Arbre couvroit tellement le Bachot,

qu'il n'apercevoit point son Enfant, fut émû de compassion,

& ne douta point que cette chûte ne l'eût privé de la Vie.

Pour s'en assurer il alla promptement heurter à la Porte de

la premiére Maison qu'il trouva, & aïant fait lever le monde

qui reposoit encore, parce qu'il étoit grand matin, il leur

dit qu'en passant en un tel endroit avec son Bâteau, un

grand Arbre pourri s'étoit rompu tout d'un coup, & étoit

tombé dessus avec tant d'impétuosité, que lui en avoit été

préscipité dans l'eau, & son Fils brisé en mille piéces. A

ce bruit, tout ce qu'il y avoit-là de gens accoururent pour

voir ce désastre: trois se mirent dans leur Bachot, afin

d'aller secourir le Garçon, si peut-être il étoit encore en

vie. Le drôle, qui se sentoit pris, sans presque sçavoir

comment, & qui n'avoit pas jusqu'alors osé seulement ouvrir

la bouche, apercevant des gens qui travailloient avec

beaucoup de zéle à écarter les branches de l'Arbre, qui les

empêchoit de voir ce qu'il étoit devenu, se mit à crier, en

pleurant: Mon Pére ne me tuez point, je vous en prie, j'ai

tort, je l'avouë, je mérite au double votre haine, il n'a

pas tenu à moi que vous ne soyez mort à l'heure qu'il est,

mais je vous demande mille fois pardon. Plus il se

desespéroit de crier, plus les autres s'efforçoient à le

débarasser d'où il étoit, & plus le misérable croyoit qu'on

lui alloit couper la gorge: Grace, mon très-cher Pére,

grace, s'écria-t-il de nouveau, ce n'est pas moi proprement,

c'est un maudit couroux, une colere que je déteste, qui m'a

poussé à mettre ma main sacrilége sur votre Personne; au

nom de Dieux apaisez-vous. Le Pére qui entendoit tout cela,

ne sçavoit quelle contenance tenir; il auroit bien voulu

châtier son Enfant, mais il ne se soucioit pas que d'autres

en sûssent la cause, cela fut pourtant impossible. Quoi que

la Gondole se tirât enfin de dessous les branches de

l'Arbre, & que le jeune homme vit une multitude de gens, qui

étoient accourus-là au bruit qui s'étoit par tout répandu,

pour le secourir, & qui n'auroient sans doute pas souffert

que le Pére l'eût sacrifié sur le champ à sa vengeance, il

fit tant de mouvemens & de contorsions, & usa de tant de

paroles, qu'il s'accusa lui-même en présence de cent

témoins. Ainsi il ne fut pas en la puissance du Pére de le

disculper, comme il l'avoit bien desiré. Quelques Péres de

Famille, qui se trouvoient-là, apréhendant les conséquences,

s'en saisirent, & le menérent chez le Juge, qui ayant fait

venir le Pére, & les ayant confronter, & examinez

séparément, condamna l'Enfant à aller travailler vingt ans

aux Mines. Le Pére ne fut pas content de ce jugement, il

sçavoit en conscience qu'il avoit provoqué son Fils à ire,

par le trop rude traitement qu'il lui avoit fait:

s'atribuant la cause de son desespoir, il lui fit conseiller

sous main, d'en apeller au Satrape de leur Gouvernement, &

ensuite à la Cour, si la premiére Sentence y étoit

confirmée. Le Satrape, continua le Roi, devant lequel la

Cause a été portée, n'en a pas voulu décider; & de-là vient

qu'elle doit être demain débattuë en ma présence: mais de

bonne foi, je ne sai presque ce que j'en dirai. Quel âge a

le jeune homme; interrompis-je? Il a vingt-deux ans,

repliqua le Roi. Hé bien, Sire, lui dis-je, on le feroit

mourir en nos Quartiers, rien ne seroit capable de l'en

garantir; mais puisque vous n'êtes pas si sévéres ici, que

le Fils déteste son Action, en demande pardon de toute son

ame, & que le Pére confesse avoir donné lieu à cet

emportement, je croi, avec tout le respect que je dois à

votre Majesté, qu'il suffiroit de le faire fouetter de

Verges, & le condamner à porter sur son front un écriteau,

qui contienne en gros caractéres, REBELLE A SON PERE, à

condition, que s'il se comporte bien, il sera absou de cette

honte au bout d'un An. Votre Avis est excellent, dit le Roi,

si l'on m'en veut croire, on imposera cette peine au

Délinquant. Aussi-tôt que le Conseil fut assemblé, on

proposa le Délit, chacun en opina à sa maniére; les uns

vouloient confirmer la Sentence qui en avoit été renduë;

d'autres prétendoient que le jeune Homme devoit faire

Amende-honorable, & avoir le Poing droit coupé, avant qu'il

fut rélégué. Il y en avoit qui vouloient qu'on l'envoyât au

fond de la plus basse Mine pour sa Vie; quelques-uns avoient

encore d'autres Sentimens. Mais le Roi ayant entendu tous

leurs Avis, proposa aussi le sien, qui fut aprouvé de la

Compagnie, & exécuté le même jour. Les deux Parties allérent

témoigner à toute la Cour les obligations qu'ils lui avoient

du Jugement favorable qu'elle avoit prononcé en leur faveur.

Le Roi qui vouloit m'en faire honneur, leur dit, que s'ils

en devoient savoir gré à quelqu'un, c'étoit à moi

proprement, à l'exclusion de tout autre. En effet, les

bonnes gens me vinrent remercier de la maniére du monde la

plus honnête & la plus soûmise. Ils se retirérent ensuite

chez eux, où, à ce que l'on m'a dit après, ils ont vécu

ensemble dans une parfaite intelligence.

Il n'est pas concevable combien cette bagatelle nous fit

considérer parmi ces Messieurs les Députez. Le Jugement de

Salomon n'étoit qu'une bagatelle au prix du nôtre, & si on

en avoit voulu croire une Partie, nous aurions été créez

Membres extraordinaires de leur Corps. Lors qu'ils revinrent

à la Diéte suivante, notre Ouvrage étoit presque achevé;

chacun se faisoit un plaisir de le venir voir, & ne pouvoit

se lasser d'en admirer la beauté. La Forêt gravoit

parfaitement bien, & outre qu'il savoit déja dorer, il avoit

si bien apris la maniére du Païs, de dorer avec du Cuivre,

qui est beaucoup plus beau-là, qu'il n'est en nos Quartiers,

que la moindre Piéce avoit un éclat admirable, & surpassoit

infiniment ce que nous avions fait pour notre Canton. Mais

ce fut bien autre chose, lors que l'Année d'aprés, ils

virent l'Horloge montée sur le Dôme de la Maison du Roi,

avec six Quadrans à l'entour, qui indiquoient les heures, ce

que nous avions obmises à la précédente: outre que le Bassin

ou la Cloche qui étoit d'Etaim & de Cuivre mêlez ensemble,

étoit au moins trois fois plus grande, & d'une bien

meilleure résonnance. En récompense de ce bel Ouvrage, le

Roi nous honora chacun d'une Robe de Satrape, & donna Ordre

que l'on eût pour nous les mêmes différences que pour eux.

Nous étions avec cela traitez, ni plus ni moins que des

Princes. Les Cuisiniers & le Sommelier avoient soin qu'il ne

manquât rien sur notre Table; la Biere, le Cidre, l'Hidromel

& le _Pɤηs_, qui est une Boisson délicieuse, & dont on

boit tant que l'on veut sans en être incommodé, faite d'un

certain fruit admirable en toute maniére, de la forme d'un

Mélon d'Espagne, ne nous manquoient non plus que l'eau à la

Riviére. Il n'y avoit sorte de Ragoût, de Tartes & de Pâtez

qu'on ne nous fit tous les jours: & comme les Perdrix, qui y

pésent au moins quatre livres, & les _Tɤlη_, qui sont

ces grosses Poules, dont j'ai parlé en quelqu'endroit, y

sont fort communes, il se faisoit peu de Repas que nous

n'eussions du Gibier; sans compter l'excellent Poisson qu'on

y sert sans faute tous les midis. Nous fûmes promenez trois

jours de suite par le Roi lui-même, avec nos Habits de

Cérémonie, qui est le plus grand Honneur que ce Monarque

fasse à ses Sujets.

Un matin, que nous passions à l'Occident du Temple, un jeune

Garçon, qui étoit allé voir travailler son Pére sur le Dôme,

s'étant jetté sur la Balustrade de la Galerie, pour voir au

bruit que nous faisions en passant, ce qui se faisoit en

bas, tomba droit sur l'Estomach, & se creva. Cette chute

inopinée donna lieu au Roi, qui ne me laissoit jamais en

repos, de me faire une Objection sur le Mouvement circulaire

de la Terre. Il me vient-là quelque chose dans l'esprit, me

dit-il, à quoi je n'avois point pensé auparavant; qui est

que si la Terre tournoit, comme vous me le voulez toûjours

persuader, il semble que pour peu que cet Enfant soit resté

à tomber, il auroit dû se trouver à une distance

considérable de la Muraille de cet Edifiee, au lieu qu'il y

touchoit, si je ne me trompe, de l'un de ses bras. Car

enfin, le Globe terrestre est grand, & supposé qu'il achève

de faire un tour en vingt-quatre heures, il est nécessaire

que ses parties passe extrémement vîte. Cela est aisé à

déterminer, Sire, interrompis-je. Un degré terrestre

contient soixante milles, vous savez cela, il n'y a qu'à

multiplier par ce nombre-là trois cens soixante degrez, & on

aura pour la circonférence de la Terre sous l'Equateur,

vingt & un mille six cens milles d'Italie, ou vingt & un

million six cens mille Pas géométriques: divisez maintenant

cette quantité par vingt-quatre heures, & neuf cens mille,

qui proviendront de cette opération, par soixante minutes,

vous verrez que dans une minute d'heure il doit passer un

Arc terrestre de quinze mille Pas, par conséquent de deux

cens cinquante Pas dans une Seconde, & plus de quatre dans

une Tierce, qui est bien le moindre tems qu'un Corps puisse

mettre à parcourir la hauteur de ce grand Bâtiment. Mais,

Sire, poursuivis-je, vous ne devez pas considérer l'Air

comme indépendant de la Terre; il tourne également avec

elle, ni plus ni moins que l'Eau de la Mer, qui est

renfermée dans ses propres limites: c'est un duvet qui

l'envelope, l'un & l'autre font partie de ce grand Tout; de

sorte que tomber dans l'un ou dans l'autre, est à cet égard

la même chose. Cependant il y a une autre raison, confirmée

par l'expérience, qui nous aprend que tout Corps qui décend

par un mouvement simple, ou que l'on peut considérer comme

tel, doit tomber sur le Point auquel il correspond au

premier moment de sa chute. Ainsi supposé que je sois au

haut d'un des plus hauts mâts que portent nos Vaisseaux de

Guerre en Europe, & que je laisse de-là tomber une Balle de

Métal, de telle grosseur que l'on voudra, il est constant

qu'elle restera toûjours à la même distance de ce Mât,

jusques à ce qu'elle soit parvenuë sur le Tillac, quelque

grande que soit la rapidité avec laquelle le Vent & le Flux

l'emportent: d'où il s'ensuit que ce Corps ne tombe point

perpendiculairement, comme il le semble, mais parcourt

nécessairement une Ligne parabolique; dont la raison est,

qu'encore qu'il décende par un Mouvement simple en

aparence, il participe néanmoins à deux Mouvemens à la fois,

savoir à l'artificiel du Navire qui se fait sur le plan de

l'Horison, & au naturel de haut en bas. Et cela est

tellement vrai, que si au moment qu'on auroit lâché cette

Balle, le Vaisseau venoit à s'arrêter tout court, on verroit

qu'elle ne tomberoit pas alors le long du Mât, mais devant,

à une distance considérable. Comme il arrive souvent parmi

nous, aux Cavaliers, qui étant au milieu d'une grande

course, sont portez par un Cheval capricieux, qui à la vûë

de quelque Objet dont il a peur, s'arrête tout à coup, car

alors continuant dans ce mouvement, ils sortent des Etriers,

& vont culbuter à quelques pas de la tête de leur Monture.

Et c'est encore pou recette même raison que les bons

Chausseurs, qui ne laissent peut-être pas de l'ignorer pour

cela, tirent rarement en volant, qu'ils ne conduisent

pendant quelques momens l'Oiseau, & de la vûë, & de leur

Arme, afin que la Balle ou la Flèche, aquiére par-là un

mouvement de côté, qui avec le direct, lui fait de même

parcourir une Ligne courbe, par le moyen de laquelle elle

atteint véritablement au but. Je comprens fort bien

tout-cela, dit le Roi, il n'y a rien d'extra-ordinaire, puis

qu'il arrive la même chose aux Corps qui sont poussez avec

violence de quelque hauteur, par une Ligne paralléle à

l'Horison, car il est évident que dés le moment qu'ils sont

sortis de la main de celui qui les jette, ils tombent, &

doivent, comme vous le dites, pour parvenir à terre, décrire

une Ligne semblable à celles qui se font par la Section d'un

cône, qui est paralléle à son côté opposé.

Vous, avez raison, Sire, repartis-je, mais il y a quelque

chose d'admirable en cela, qui passe pour un Paradoxe parmi

bien des gens, & qui consiste en ce que si l'on se sert

d'une de ces Machines qui sont si communes chez nous, je

veux dire un Canon, pointé de niveau sur l'une des Tours les

plus élevées, & que dans le même instant qu'on le décharge,

on laisse tomber une Balle de même forme & grandeur qu'est

celle qu'il porte; nonobstant que l'une soit tirée à un

mille de-là, & que l'autre tombe simplement par une Ligne

perpendiculaire, elles parviendront dans un même instant à

terre. En effet, dit le Roi, voilà qui est surprenant; &

j'avouë que cela ne me seroit jamais venu dans l'esprit:

cependant, je voi fort bien à présent qu'il faut que cela

arrive ainsi, parce qu'encore que ce Boulet soit porté fort

loin, le mouvement qu'il a de haut en bas, doit néanmoins

avoir son cours, & n'en être pas moins rapide pour cela.

Mais ces beaux exemples ne m'éclaircissent pas encore assez

sur le Mouvement de la Terre, & d'où vient qu'une agitation

si violente ne la secouë point en un million de piéces? Hé

bien, Sire, repliquai-je, prenez un Vase à confitures, fait

de terre blanche, de forme ronde, & dont les bords soient

bas & perpendiculaires sur le fond, mettez-y un Pouce ou

deux d'Eau claire, & dans cette Eau une petite quantité de

limure de Cuivre, du Sable fin, & de la grature de Cire

rouge, & faute de Verre, que vous n'avez point ici, couvrez

ce Vase d'un couvercle bien attaché, puis affermissez-le

avec un peu d'argile, sur le pivot d'un tour de Potier, que

vous mettrez en mouvement: d'abord que ce Vase aura fait

quelques tours, si vous levez le couvercle, qui n'avoit été

mis dessus que pour empêcher que l'eau n'en sortit point

pendant son agitation, vous verrez que toutes les parties de

la matiére qu'on avoit jettée dedans, se sont allez ranger

contre les bords du Vaisseau. Preuve évidente que si les

Cieux, qui sont ici représentez par ces bords, tournoient,

ils faudroit nécessairement que la Terre quittât le lieu

qu'elle occupe, pour s'aller de même ranger contre leur

superficie concave, ou leurs derniéres extrêmitez. Et une

autre preuve incontestable qui confirme la premiére, est que

si on arrête le tour, de sorte que le Ciel, ou le bord du

vaisseau ne tourne plus, l'eau qui continuë son mouvement, &

qui tend par conséquent à proportion à s'éloigner du centre

du Vase où elle est renfermée, force les parties de Cuivre,

de Sable & de Cire, qui en ont moins, à quitter les bords où

elles étoient, pour ainsi dire collées, & à s'aprocher du

Centre, là où elles forment une Masse ronde, dont la plus

basse Région est le Cuivre, la seconde le Sable, & la

derniére la Cire. D'où il paroit qu'il suffit que la

matiére subtile qui environne la Terre, soit agitée, pour

obliger toutes les parties terrestres à se rassembler en un

Globe, aux environs de leur Centre. Ce qui nous fait voir

encore, afin que je le dise en passant, qu'il est impossible

qu'une Pierre jettée dans cette matiére subtile, puisse y

rester un moment, mais qu'elle doit pour les mêmes raisons,

abandonner la Région aërienne, & se rendre vers les autres

Corps de son espéce, en quoi consiste proprement la

pesanteur.

Certes, dit le Roi, vous m'avez souvent entretenu de

Tourbillons, des changemens que les Astronomes remarquent

dans les différens aspects des Planettes, du mouvement du

Soleil autour de son propre Centre, des taches qui couvre sa

surface, & qui confirment ce mouvement, à cause qu'elles

changent de lieu à proportion qu'il avance, aussi bien que

des Périodes que décrivent les autres, ou autour

d'eux-mêmes, ou autour de lui; mais je n'ai encore rien ouï

d'aussi fort que ce que vous venez de me dire. Vous me ferez

plaisir de m'accommoder la Machine dont vous parlez, afin

qu'en l'examinant de près, nous puissions nous en entretenir

encore plus particuliérement: mais il seroit à souhaiter que

le couvert que vous mettrez sur le Vase fut transparent,

parce que sans l'ôter, on pouroit voir à son aise ce qui se

passeroit dans le Vaisseau. J'exécuterai vos ordres, Sire,

lui répondis-je, & si notre Parchemin ne nous peut servir à

cela, j'y suplérai par un trou rond, d'un Pouce ou deux de

diamétre, que je ferai au milieu du couvercle: je croi que

le reste suffira pour empêcher que l'eau n'en rejallisse

dans sa plus grande agitation.

Dans ces entrefaites, un des Fréres du Roi tomba malade, &

mourut: je croyais, voir quelque chose de particulier à ses

Funerailles, mais je fus fort étonné de n'y remarquer pas la

moindre circonstance de plus qu'aux Enterremens du commun.

Toute la Cérémonie consiste à mettre une Robe de fin Lin au

Défunt, que l'on attache au cou, & qu'on lie au milieu du

corps, aux jarets & au dessus des piez. Ensuite on le met

sur la Civiére, que deux hommes emportent, étant précédez

par les quatre plus proches Parens du Mort, & suivis de

deux hommes & de deux Femmes, si ce sont des gens mariez, ou

autrement, de quatre jeunes Personnes de deux Sexes, qui le

pleurent le long du chemin, & s'entretiennent de ses bonnes

qualitez. Quand ils sont parvenus au bout ou à l'extrémité

de l'Habitation où le Défunt demeuroit, on le décend dans

une Fosse faite exprès, que l'on referme d'abord, & sur

laquelle on dresse une petite Piramide de Bois où l'âge & le

Nom de la Personne qui est dessous; sont marquez; après-quoi

chacun se retire chez soi, & on n'en parle non plus que s'il

n'avoit jamais été au monde. Le Frére du Roi fut traité de

la même maniére: deux de ses Fréres, car le Prince est

exempt de cela, avec sa Mére & une de ses Sœurs, furent

du Convoi, & les Pleureux qui sont des gens qui ne vont-là

que pour avoir une Lipée. Ce fut alors que j'apris qu'il est

défendu aux Fréres & aux Sœurs des Rois de ce Païs-la, de

ce marier; cela n'est permis qu'au fils aîné de la Famille

Royale, & encore ne peut-il avoir qu'une Femme avant qu'il

soit Roi.

A propos de Femme, il faut que je dise ici comment notre

Monarque en recouvra une en ma présence, digne de porter le

Diadême. Il y avoit long-tems qu'il projettoit d'aller

visiter l'Ouest du Royaume, mais il vouloit que nous

fussions de la partie, l'Ouvrage que nous avions en main

étoit trop exquis à son gré pour être interrompu: il faloit

attendre qu'il fut achevé, cela en valoit bien la peine.

Là-dessus le mauvais tems survint, puis la Diéte: enfin cela

passa, & nous étions dans la belle Saison: le Roi voulut en

profiter. Il fit un petit Equipage, & prit seulement avec

nous dix Personnes, pour être de sa suite. Il étoit monté

sur un petit Char magnifique, à deux rouës, tiré par quatre

boucs blancs, qui avoient chacun une grande barbe noire, &

des Cornes d'une prodigieuse grandeur. Son Train & son

Bagage étoit dans deux Gondoles, où dans chacune il y avoit

quatre Rameurs, & quatre autres pour les relever.

Je fus ravi de faire ce Voyage, parce que je n'avois pas

encore été de ce côté. La plûpart des Habitans de cette

Lisiére, s'occupent à former des Briques, & de la Poterie,

& de toutes sortes de porcelaines, suivant que la terre est

propre pour ces différens Ouvrages. Nous ne passions par

aucun Village, que tout ce qui avoit de la raison ne sortit

pour voir le Roi: il décendoit quelquefois exprès, &

marchoit assez lentement pour leur donner le loisir de le

considérer à leur aise. Un jour que nous étions dans un

endroit où le monde l'avoit si fort environné, qu'il ne

pouvoit presque pas s'en débarasser, il avisa une jeune

Fille, dont les charmes lui donnérent dans la vûë. Il lui

fit commander de l'aprocher, & après l'avoir considérée, &

trouvée encore plus charmante de près que de loin, il en fit

venir le Pére, auquel il demanda quel âge sa Fille avoit. Le

bon homme l'ayant déja promise à un autre, & se doutant bien

du dessein du Roi, ne savoit que lui répondre: après avoir

pourtant hésité un moment, il lui dit: Sire, elle n'est pas

encore nubile, & par conséquent, ni à vendre, ni à donner.

La Fille aimant mieux être Reine, que la Femme d'un

Charpentier, qui étoit le Drôle à qui elle devoit apartenir,

prit la parole & dit: il est vrai, Sire, que je ne suis pas

nubile, mais j'aurai vingt ans dans deux jours. Hé bien,

repartit le Roi, nous attendrons, bon homme, que le terme

soit échû, pour ne point enfraindre nos Loix: menez

après-demain votre Fille à la Cour, afin que j'en fasse ma

Femme, & gardez vous bien que personne n'en aproche. Quoique

le Vieillard se sentit bien honoré d'avoir le Roi pour son

Gendre, il ne laissoit pas d'être fâché de ne pouvoir tenir

sa parole à l'autre: ce que j'ai bien voulu remarquer ici,

pour montrer la simplicité & la droiture qui regne parmi ces

gens-là. _Pηo_, c'étoit le nom du Personnage, ne manqua

pas de se trouver au lieu assigné dans le tems qui lui avoit

été marqué. Trois jours après que nous y arrivâmes, il

demanda Audience, & présenta lui-même sa Fille au Roi, en

présence de son Chapelain, qui en rendit graces à Dieu sur

le champ. La Nôce dura trois jours, après-quoi _Pηo_ s'en

retourna chez-lui, chargé de cent _Kalη_ ou Piéces de

Cuivre, pour le payement de sa Fille: mais la pauvre jeune

Femme, qui n'avoit point encore eu la petite Vérole, en fut

attaquée trois mois après, & en mourut.

C'est une chose prodigieuse que la quantité de personnes que

cette peste de maladie entraîne, il n'y en a pas un de dix

qui en échape. La plûpart de ceux qui vivent ne l'ont jamais

euë, & pour vieux qu'ils soient, ils en sont si peu exemts,

qu'ils meurent rarement d'un autre mal. Si ce n'étoit cela

le Païs seroit aparement fort peuplé, au lieu qu'il ne l'est

point du tout à cette heure, à proportion de la bonté du

terroir, & de la pureté de l'air.

Peu de tems se passa que le Roi ne fit deux ou trois autres

conquêtes, de sorte que quatre ans après son premier

Mariage, il étoit déja riche de sept Femmes. Nous fûmes mon

Camarade & moi, de toutes ces solemnitez, où nous eûmes

notre bonne part des plaisirs que l'on y prit. Par tout où

nous nous trouvions, on ne manquoit guére de nous louër au

sujet de nos Horloges, à quoi j'avois pourtant la moindre

part, comme cela étoit connu à bien des gens.

Pour me récompenser d'ailleurs, je dis au Roi que nous nous

étions contentez d'orner son Palais d'une Machine dont il

avoit la bonté de paroître content, mais que s'il le

desiroit, je lui en ferois un autre pour mettre au

Frontispice du Temple, qui ne seroit sujette à aucun

changement, & que le Soleil régleroit par son propre cours.

Je conçois bien, reprit ce Monarque, par le peu de

connoissance que j'ai de l'Astronomie, qu'il ne seroit pas

impossible de diviser un jour artificiel en de telles

parties égales que l'on voudroit, par l'ombre que pourroit

donner quelque corps, en la présence de cet Astre: mais nous

n'avons eu personne jusques à présent, que je sache, qui se

soit appliqué à cela. Avant que j'y travaille, repliquai-je,

il faudra que j'examine vers quelle partie du Monde la

Façade de cet Edifice est tournée. Cela n'est pas

nécessaire, interrompit le Roi; je sai quelle décline de

l'Est au Nord de vingt-deux degrez trente minutes, & je le

sai, qui plus est, par expérience. Pardonnez-moi, Sire,

répondis-je, si je prends la liberté de vous demander de

quelle métode vous vous êtes servi pour vous assurer de

cette vérité. J'ai, repartit ce Prince, fait faire exprès

pour cela, un ais parfaitement uni, sur lequel il y a

plusieurs cercles de tirez à différentes ouvertures de

Compas; & au centre, qui leur est commun, j'ai planté

perpendiculairement un Stile ou Verge de fil d'archal bien

uni, au bout duquel il y a un bouton gros comme une

noisette. Je mets cet Instrument quarré contre la muraille

du Temple, à terre & de niveau, ce que je fais assez

aisément par le moyen d'un peu d'eau verseé dessus. Tout

cela étant ainsi préparé, j'attens, le Soleil étant levé de

quelques degrez sur l'Horison, jusques à ce que l'ombre du

bouton de mon Stile tombe sur la circonférence d'un des

cercles de la planche: je remarque cet endroit-là par un

point: ensuite je marque d'un autre point où cette ombre

tombe l'après-dînée sur le côté opposé de la circonférence

du même cercle. Je divise l'arc qui se trouve entre ces

deux points, en deux parties égales, par une ligne droite

qui passe par le centre du Stile: cette ligne est la

Méridienne du lieu où je fais l'opération. Et d'autant qu'il

s'en faut vingt-deux degrez & demi qu'elle ne soit

perpendiculaire à la façade de ce Bâtiment, & qu'elle penche

de cette quantité vers le Levant, il s'ensuit que le

Frontispice de notre Temple décline comme je vous l'ai dit.

Il y a plusieurs moyens, repris-je, par lesquels on peut

aisement parvenir aux mêmes fins, mais celui-là est un des

meilleurs que je connoisse. Hé bien! poursuivis-je, je vous

ferai un Quadran vertical suivant cette déclinaison. Non,

dit le Roi, puisqu'il ne s'agit que de tirer des lignes, il

faut que vous me fassiez le plaisir de m'en enseigner la

construction. Je consentis volontiers à sa demande, ainsi

nous fîmes un Quadran de huit pieds de largeur sur six de

hauteur: & un autre horisontal de cuivre, qui fut posé sur

un piédestal d'Agate à huit pans, devant le Palais du Roi:

l'un & l'autre avec les Signes du Zodiaque. Ces deux

Machines donnérent de nouveau bien de l'admiration à ceux

qui les virent; & je ne doute pas qu'elles ne leur ayent

rendu plus de service que les autres, après notre départ,

puis qu'il n'y avoit personne dans le Royaume, qui, bien

loin d'en faire de semblables, fut seulement en état de les

entretenir.

La Forêt pénétré de toutes les civilitez qu'il recevoit

journellement aussi-bien que moi, de toute la Cour, &

voulant aussi de son côté témoigner qu'il n'étoit pas

insensible, se mit après une Montre de poche, sans m'en dire

pourtant un seul mot, & avant que je m'en aperçusse il étoit

à la fin de son Ouvrage. Quoi qu'il travaillât bien mieux en

grand qu'en petit, une Montre dans un Païs où il ne s'en

étoit jamais vû, étoit un bijou d'une valeur inestimable.

Aussi-tôt qu'il eut achevé celle-là: il alla trouver le Roi,

& après l'avoir complimenté sur les obligations que nous lui

avions, il tira cette montre de sa poche, & le suplia de

l'accepter de sa main, comme une marque sincére de sa juste

reconnoissance. Le Roi s'étant fait montrer ce que c'étoit,

en demeura interdit, il admira la beauté & l'utilité de

cette petite Machine, & lui protesta qu'il ne lui

demanderoit jamais rien, dont il put disposer, qu'il ne le

lui accordât.

Voyages et Avantures de Jaques Massé · 第 20 / 27 题