CHAPITRE V.

_Suite des Avantures de l'Auteur & de ces Camarades, jusqu'à

leur entrée dans un Pays habité._

Nous nous trouvâmes frais & gaillards à notre lever, ce qui

nous fit résoudre à lever le piquet: ainsi méprisant cette

manne terrestre, qui nous avoit si fort débilitez, nous

fîmes seulement bonne provision d'oiseaux rôtie, & ayant dit

adieu aux Monumens, nous nous remîmes en campagne. Nous

étions bien alors à cinquante lieuës de la Mer. Le soir nous

voulûmes manger, pour la premiére fois de la journée, mais

l'apétit n'étoit pas assez grand, quoi que nous eussions

bien marché, & eussions passé une Montagne de sept ou huit

lieuës. Trois jours entiers s'écoulérent avant que nous

pussions rien prendre: ce qui nous fit croire, que ce pain

d'arbre devoit être extrêmement nourissant, & qu'il ne

pouvoit être que bon, étant pris avec sobriété. Cependant,

le chemin alloit toûjours en empirant: une grande

consolation pour nous, c'est que les nuits étoient belles, &

que les jours se faisoient longs, à mesure que nous

avancions dans le Printems de ce Pays-là, & que nous nous

éloignions de la Ligne équinoxiale. Le Ciel nous en

paroissoit plus charmant, la campagne plus riante, & l'un &

l'autre fournissoit de matiére à la plupart de nos

entretiens.

Du Puis, sur tout, sembloit être charmé du Soleil, qui

depuis son lever jusqu'à son coucher, ne cessoit de nous

couvrir de ses agréables rayons. Il ne faut pas mentir, nous

dit-il un jour, si je n'étois pas né sous des climats où les

Peuples sont assez heureux pour avoir été instruits dans la

connoissance de leur Créateur, & que je n'eusse jamais ouï

parler de l'Etre des êtres, le flambeau des Cieux seroit

sans contredit la seule & unique Divinité que je croirois

digne de mes adorations: non seulement parce que c'est

l'objet visible du monde le plus agréable, mais aussi à

cause que sans son secours, il n'y a ni plante, ni animal

qui puisse subsister: tout languit au moment qu'il

s'éloigne, & sa présence rend de la vigueur à ce qui

paroissoit mourant. Vous n'êtes pas le seul, lui dis-je, qui

êtes de ce sentiment, il y a encore des Nations entiéres qui

invoquent ce bel Astre, comme la Cause premiére de toutes

choses: & ceux même qui ont reconnu un être souverainement

parfait, n'ont pas pû s'empêcher de lui donner des Epitétes

qui marquoient assez l'estime qu'ils en faisoient. Orphée

l'apelloit l'Œil du Ciel; Homére, celui qui voit & entend

toutes choses: Héraclite, la fontaine de la lumiére céleste:

Saint Ambroise, la beauté du Ciel: Philon, l'idée de la

resplendeur éternelle: Platon, l'ame du monde. Le Roi David

en exalte merveilleusement l'excellence, sur tout dans son

Pseaume dix-huitiéme: & les saints Hommes du vieux & du

nouveau Testament, ne font nul scrupule de nous le

représenter, comme le modéle de la Divinité, qu'ils apellent

en cent endroits, l'Orient d'enhaut, & le Soleil de Justice.

Je me mocque, continua La Forêt, de ce que les autres ont

dit des Astres; je prie Dieu, & si j'ai de la vénération

pour les créatures, ce n'est que par raport au Créateur, qui

est digne d'être admiré dans ses Ouvrages: mais ce qui me

surprend dans le Soleil, ce sont les deux mouvemens opposez

que l'on dit qu'il a, un mouvement journalier d'Orient en

Occident, & un annuel d'Occident en Orient. Il est vrai,

repris-je, que ces deux mouvemens sont directement

contraires l'un à l'autre, si on les attribuë au Soleil

comme ont fait presque tous les Anciens: mais rien n'est

plus naturel si on attribuë ces deux mouvemens à la terre,

qui fait un grand cercle autour du Soleil dans l'espace d'un

an, & tourne une fois sur son Centre, ou sur son Axe, en

vingt-quatre heures: tout comme une boule, ou si vous voulez

un navet que vous auriez poussé d'un bout d'une allée à

l'autre; car en même-tems que ce navet avanceroit vers le

bout de l'allée, il seroit en même-tems plusieurs tours sur

son Axe. La Terre en fait de même, & ses deux différens

mouvemens ont toûjours servi aux hommes pour mesurer le tems

de leur durée. Le tour qu'elle fait sur son Axe fait notre

jour naturel de vingt-quatre heures; & le tems qu'elle met à

faire son grand Cercle autour du Soleil, fait notre année de

trois cens soixante & cinq jours & six heures, à quelques

minutes près. Il est vrai que cette mesure pour l'année n'a

pas été toûjours également bien connuë chez toutes les

Nations. Les Egyptiens, les Caldéens, les Juifs & d'autres

Peuples anciens, ont compté leurs années différemment, & les

ont fait plus longues ou plus courtes les uns que les

autres. Plusieurs entr'eux ont réglé leurs années plûtôt par

le cours de la Lune, que par celui de la Terre, & plusieurs

Nations en sont encore de même aujourd'hui.

Le Calendrier qu'on suit présentement parmi les Nations de

l'Europe, & qui est venu des anciens Romains, n'a pas été

toûjours si exactement réglé comme à présent: car du tems de

Romulus, Fondateur de Rome, l'année qui doit être le tems

que la Terre employe à parcourir son grand Cercle autour du

Soleil, n'étoit que de trois cens quatre jours, compris en

dix mois: Mars, Mai, Juillet, Octobre, étoient chacun de

trente & un jour, les autres n'en avoient que trente. Numa

Pompilius son Successeur, en ajoûta cinquante & un à ce

nombre, de sorte que l'année avoit alors trois cens

cinquante-cinq jours. Il retrancha outre cela un jour de

chaque petit mois, qu'il ajoûta à ces cinquante & un, & de

leur somme il institua les mois de Janvier de vingt-neuf, et

de Février de vingt-huit jours. Enfin, Jules César, premier

des Empereurs Romains, ayant consulté les plus habiles

Astronomes de son tems, changea de leur consentement,

l'année qui étoit à peu près lunaire, en une année solaire,

en y ajoûtant encore dix jours, lesquels il distribua de

maniére, que Janvier, Août & Décembre, en eurent chacun

deux, & Avril, Juin, Septembre & Novembre un. Cependant,

comme cela ne suffisoit pas encore, parce que l'année est de

trois cens soixante & cinq jours, six heures, moins environ

onze minutes, ce Monarque voulut que toutes les quatre

années on auroit un an de trois cens soixante & six jours,

& ce jour devoit être placé entre la six & septiéme Calande

de Mars: si-bien que l'on avoit deux sixiémes Calendes de

Mars, dans une telle année, qu'on apelloit bissexte, parce

qu'on comptoit deux fois le sixiéme jour avant que de

compter le suivant.

Cette correction pour juste qu'elle parut, ne laissa pas de

causer de l'erreur au Calendrier dans la suite du tems; car

encore que l'année ne fut alors trop longue que d'environ

onze minutes, au lieu que le Soleil, comme on parloit,

entroit de son tems, ou quarante-cinq ans avant la naissance

de Jesus-Christ, dans l'équinoxe du Printems, le

vingt-quatriéme de Mars, il y entra le vingt & uniéme au

Concile de Nicée, en l'an trois cens vingt-sept, & l'onziéme

du tems de Grégoire Treiziéme en 1582: ce que ce Pape ayant

remarqué, il retrancha dix jours de cette année-là, entre le

quatre & le quinziéme d'Octobre, à cause qu'il ne se

trouvoit point-là de Fêtes & de Saints intéressez. Et de

peur qu'on ne retomba dans le même abus, ce qui étoit de

conséquence pour les équinoxes, qui auroient fait avec le

tems une révolution entiére par tous les mois de l'année en

rétrogradant: il ordonna qu'à l'avenir, trois Siécles l'un

après l'autre, on ne compteroit point d'année bissexte à

leur fin, mais seulement au bout du quatriéme: de-là vient

qu'il faut quatre cens années Grégoriennes & trois jours,

pour égaler quatre cens années Juliennes.

Je sçai bon gré à Mr. Du Puis, dit la Forêt, d'avoir donné

une occasion à ce discours; car il y a long-tems que j'avois

desiré d'aprendre ce que l'on entend, par l'année bissexte,

par vieux & nouveau stile, & de sçavoir la véritable cause

de tous ces changemens. Il falut, pour les contenter, leur

expliquer de même à plusieurs reprises, ce que veulent dire

les termes d'Epacte, de nombre d'Or, de Sicle solaire,

d'Indiction Romaine, d'Ides, de Calendes, & presque de tout

ce qu'il faut sçavoir pour composer un Almanac. Ce qui leur

donna le plus d'admiration, fut lorsque je les assurai que

le Soleil qui nous paroît si petit, est infailliblement plus

grand gue toute la Terre. Assurément, disoit la Forêt, cela

surpasse l'imagination, & je croi que tout ce que l'on nous

en sont de pures rêveries. Du Puis qui enchérissit sur tout

ce que son Camarade pouvoit alléguer à cet égard, osa même

me traiter d'extravagant, parce que je soûtenois que cela

étoit véritable; de sorte qu'il falut, malgré moi, en venir,

à des éclaircissements pour leur donner quelque satisfaction

là-dessus.

J'avouë, leur dis-je, qu'il est impossible de déterminer au

juste la grandeur des flambeaux célestes; tous ceux qui

l'ont fait ont été des présomptueux, qui ont tâché de nous

en imposer. Les instrumens dont nous nous servons pour

mesurer la Paralaxe du Soleil, sont trop petits et trop mal

divisez, par raport au prodigieux éloignement de cet Astre.

Je n'ai jamais vû d'Astrolabe divisé en minutes, & il seroit

nécessaire qu'il le fut en secondes, & peut-être en de

moindres parties: cela ne se peut, ou il seroit si grand que

l'on ne sçauroit s'en servir. Et une preuve qu'on sy peut

aisément tromper sans cela, c'est que quelques exacts

qu'ayent été les Astronomes, qui non contens de la

spéculation, ont voulu réduire cette question en pratique,

ils se sont abusez si lourdement, que la différence de

l'opinion de l'un à celle de l'autre, est capable de faire

douter s'ils avoient seulement le sens commun de vouloir

donner leurs sentimens pour des véritez. Ticho Brahe, qui

sembloit avoir parcouru les Cieux, comme Christophe Colombe

la Terre, assure que le Soleil est cent trente-neuf fois

plus grand que le globe que nous habitons. Copernic soûtient

que ce nombre va jusqu'à cent soixante-deux. Ptolomée le

fait de cent soixante-six. Le Pére Scheiner de quatre cens

trente-quatre. Wendelinus de quatre mille nonante-six. Et un

de mes Régens le pousse jusqu'à trois millions de fois plus

grand que la même Terre. On ne fait donc rien positivement

de sa grandeur: mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il

est beaucoup plus étendu que ce grand Corps, quelque vaste

qu'il nous paroisse. Car premiérement, si on le pose égal à

la Terre, il est évident que ses rayons rasant les parties

extérieures de cette Sphére terrestre, laisseroient en

continuant, un cilindre d'obscurité au-delà, dont les côtez

seroient paralléles; de sorte que les Planettes qui

passeroient par cette ombre, ne recevant aucune lumiére, &

n'en ayant point d'elles-mêmes, seroient éclipsées. Si le

Soleil étoit plus petit, ses rayons, après avoir rasé la

Terre, iroient en s'élargissant, & formeroient un Cône

tronqué d'ombre, dont la base seroit au Firmament, & le

sommet sur la partie de la Terre opposée au Soleil: d'où il

suit qu'il y auroit encore une plus grande partie du Ciel

obscurcie, & que toutes les Planettes qui s'y

rencontreroient, dévroient, comme il vient d'être dit, ne

rendre aucune clarté. Or il n'y a jamais que la Lune qui

nous paroisse éclipsée: ainsi il paroît que le Soleil doit

être incomparablement plus grand que la Terre; puisque ses

rayons ayant rasé cette grande masse, se réunissent un peu

au-dessus de la Lune, où le Cône formé par l'ombre de la

Terre, finit en pointe. A cette explication j'ajoûtai une

figure sur le sable, pour leur en faciliter l'intelligence.

Je confesse, dit alors Du Puis, que cela est démonstratif,

pour ce qui touche la cause; mais pour les effets dont vous

parlez, ou les défaillances des Planettes, je n'y entends

goute, & je n'ai pas même sçû que les Eclipses eussent rien

d'ordinaire & de naturel. Au contraire, repris-je, il n'y a

rien-là de mistérieux. Les Planettes sont des corps opaques

& durs, qui ressemblent assez à la Terre, & que bien des

gens croyent habitées; elles ne donnent aucune clarté que

par réflexion, & après l'avoir reçûë du Soleil. De-là vient

que nous n'avons d'Eclipse de Lune que lorsque se levant

d'un côté, pendant que le Soleil se couche de l'autre, & que

ces deux Astres sont par conséquent en opposition, la Terre

se trouve directement entre-deux, & empêche qu'ils ne se

puissent voir en face. Mais si le soleil, interrompit La

Forêt, est la source de la lumiére, comment la perd-il à son

tour en de certains tems? D'où lui viennent ces

désaillances, qui alarment si fort le monde, & qui est-ce

qui lui rend son ancien éclat? Comme l'interposition de la

Terre, repliquai-je, cause les Eclipses de Lune,

l'interposition de la Lune obscurcit aussi le Soleil:

c'est-à-dire, que toutes les fois que la Lune est en

conjonction avec le Soleil, & qu'elle passe entre lui & la

Terre en droite ligne, elle fait l'office d'un rideau, qui

nous dérobe la vûë de ce bel Astre; mais cette privation ne

sçauroit durer long-tems, à cause du mouvement différent de

ces Corps. Le cercle que la Terre décrit autour du Soleil

est incomparablement plus grand que n'est celui que la Lune

fait autour de la Terre, & au lieu que celle-là avance

environ treize degrez en un jour, celle-ci n'en franchit

qu'un peu plus d'un en Hyver, & un peu moins en Eté, de

sorte qu'ils se dégagent bien-tôt de l'autre. Comment, dit

La Forêt, la Terre va plus vite en une saison qu'en l'autre?

Oui en aparence, repris-je, cela différe environ quatre

minutes, parce que la Terre étant beaucoup plus éloignée du

Soleil en Eté qu'en Hiver, il faut qu'il semble aussi aller

plus lentement pendant les longs jours, que durant les

courts: comme une voiture qui n'est qu'à cinquante pas de

notre œil, paroît aller bien plus rapidement que

lorsqu'elle en est à cinq cens pas de distance.

Mais, dit du Puis, puisqu'il s'agit de pas, un même feu ne

se fait-il pas mieux sentir à deux pas de distance qu'à dix?

Sans doute, lui-répondis-je. Et si le Soleil qui est chaud,

reprit-il, est plus près de la Terre en Hiver qu'en Eté,

pourquoi la chaleur ne se régle-t-elle pas suivant son

éloignement? & d'où vient que nous tremblons de froid dans

le même tems que nous dévrions suër à grosses goutes? C'est

fort bien dit, repartis-je, cette objection fait voir, que

l'ignorance & la raison ne sont pas incompatibles; cependant

en pensant m'avoir pris, vous vous êtes trompé vous-même. Je

ne veux pas vous prouver qu'il n'y a au monde ni chaud, ni

froid, ni clarté, ni odeur, ni son, ni couleurs, ni aucune

des qualitez que nous apercevons dans les corps: cela me

donneroit trop de peine, & vous ne m'entendriez peut-être

pas, parce que cela dépend de certaines connoissances, dont

vous n'avez seulement pas les principes: je me contenterai

de vous dire, qu'il n'y a à proprement parler, qu'une même

forte de matiére, mais qui, à proportion qu'elle est

figurée, ou en mouvement, produit en nous, par le moyen de

nos organes, de certains effets, que nous attribuons aux

corps, & qui nous les fait apeller chauds, froids, lumineux,

colorez, & ainsi des autres; quoi qu'effectivement le son,

la couleur, le goût, &c. soient proprement en nous, & non

dans ces corps; comme la douleur, qui provient d'une

piqueure, est en nous & nullement dans l'épingle qui l'a

causée. Et marque que votre comparaison n'est pas juste dans

le sens même où vous la voulez employer, c'est que le

coupeau des Alpes qui est plus près du Soleil de toute leur

hauteur, que le pied, demeure couvert de neige en Eté,

pendant que tout périt de chaud dans leurs Valées, qui en

sont d'autant plus éloignées: dont la véritable raison est,

pour ne rien passer sans quelque legére explication, que

l'air est si subtil à une lieuë de la Terre, que dans

quelque agitation qu'il soit, il n'a pas la force de

dissiper les moindres corps; au lieu qu'il est si grossier

sur sa superficie, qu'il est capable d'ébranler nos parties

les plus solides, & de causer ce que nous apellons une

excessive chaleur.

Tout cela est beau assurément, reprit La Forêt, mais je vous

demande pardon si je vous dis, que je ne vois pas que vous

ayez encore rien conclu par raport à l'Hyver & à l'Eté. Cela

est vrai, lui répondis-je, c'est une question d'une autre

nature. Lorsque le Soleil est élevé vers notre zenith, comme

en Eté, quoiqu'il soit fort éloigné de nous, il ne laisse

pas de nous envoyer beaucoup de rayons presque

perpendiculairement; au lieu qu'en Hyver, restant plus bas

vers l'horison, la plûpart de ses rayons, qui ne peuvent

venir que de côté, rejaillissent sur la superficie de notre

Atmosphére; bien peu passent & pénétrent jusqu'à nous:

cependant, c'est dans le grand ou petit nombre de ces

rayons, que consiste le chaud & le froid; comme cela se

prouve aisément par les miroirs & les verres ardents, dont

les effets sont toûjours proportionnez à la quantité des

rayons de lumiére qu'ils rassemblent.

Pendant ces doux entretiens, qui se faisoient plûtôt en vûë

de passer le tems, que d'augmenter le nombre des

Philosophes, puisqu'il auroit falu s'y prendre d'un autre

biais pour y réüssir, nous ne laissions pas d'avancer

considérablement: mais enfin, il falut changer de langage.

Il y avoit trente-cinq jours que nous avions quité notre

Troupe, & nous comptions que nous devions avoir fait environ

cent trente lieuës de chemin, lors que tout d'un coup, nous

nous trouvâmes au bord d'un Lac, qui nous paroissoit d'une

fort vaste étenduë. Cet obstacle nous étonna, nous

demeurâmes assez long-tems irrésolus sur ce que nous devions

faire; l'un parloit de s'en retourner, l'autre de rester-là,

& de se loger le mieux que nous pourrions, pour y passer

quelques jours: mais enfin, il fut résolu de nous avancer à

droite, & de côtoyer cette grande eau, pour voir si nous en

trouverions la fin. Après sept ou huit lieuës de marche,

nous commençâmes à voir terre de l'autre côté, & nous étions

ravis de ce qu'à mesure que nous avancions, nous en

discernions toûjours mieux les objets; mais en récompense,

nous aperçûmes que nous entrions insensiblement dans un lieu

marécageux, où la terre étoit molle, tremblante & de

très-mauvaise odeur. Tout le Païs étoit aux environs de-là,

plat & uni; nous ne voyons aucune issuë, & nous ne faisions

plus un pas, de quelque côté que nous tournassions, que nous

n'enfonçassions jusqu'à moitié jambe. J'avois beau

encourager mes gens, il n'y eut pas moyen de passer outre,

il falut même malgré nous retourner sur nos pas; & quoi-que

nous fussions extrémement harassez, nous fûmes obligez de

faire plus de deux grandes lieuës avant que d'oser nous

arrêter, parce que nous étions mouillez, & que jusques-là,

nous n'avions point trouvé de bois pour faire du feu capable

de nous sécher.

Après nous être reposez suffisamment, nous prîmes le parti

de gagner toûjours à gauche, & de voir s'il n'y auroit point

d'empêchement de ce côté-là. Nous marchâmes ainsi quatre

jours de suite, jusques à ce que nous arrivâmes à une Forêt

remplie de chênes d'une hauteur & d'une grosseur

extraordinaire. Nous hésitâmes si nous devions nous y

engager, & nous ne le fîmes qu'à condition que nous ne nous

écarterions du Lac, que le moins qu'il seroit possible: mais

cela ne dura pas long-tems, à peine eûmes-nous fait trois

petites lieuës, que nous nous trouvâmes au pié d'une

Montagne si escarpée, qu'il n'y a point d'animal qui fût

capable d'y monter. Le Roc avançoit même sur le Lac, dont

les eaux quelquefois agitées, en avoient vrai-semblablement

rongé le pié. Nous côtoyâmes cette hauteur de l'autre côté,

pendant tout un jour, sans trouver aucun endroit, qui nous

la rendît accessible: ce n'étoit par tout que précipices &

hauteurs épouventables. A l'aspect affreux de tant

d'obstacles invincibles la patience nous abandonna: mes deux

Camarades me firent de fort sensibles reproches, de ce que

je les avois engagez dans ce mauvais pas.

J'avouë, leur dis-je; que nous avons raison de nous plaindre

de notre malheureux fort; mais vous devez considérer que

rien n'arrive à l'aventure; il y a sans doute une

Providence, qui dirige tout à sa volonté. Comme c'est cette

Sagesse qui nous a conduits, elle nous suggérera bien aussi

les moyens de nous en tirer d'une maniére ou d'autre. C'est

une chose assurée que Dieu n'abandonne jamais les siens, en

quelque part du monde qu'ils aillent: si nous mettons en lui

notre confiance, il nous assistera de son secours. Vous

savez que ce n'est ni le lucre, ni la gloire, qui nous a

attirez ici; nous n'avions même rien à perdre, & moyennant

que nous conservions la vie, nous avons tout ce que nous

aurions eu chez nous. Ne nous rebutons point de ce qui nous

est arrivé jusqu'ici, notre but principal est de courir, &

de découvrir des nouveautez, qui nous fassent plaisir: je ne

desespere pas d'aller plus loin, & de trouver un jour de

quoi nous mettre en état de vivre heureux. Allons, ne

perdons point de tems, poursuivis-je, retournons-nous-en au

Lac, & voyons si nous ne pourrons pas trouver le moyen de le

passer sans trop de danger. Nous avons par bonheur des

haches, & il y a ici du bois en abondance, nous ne serons

pas les premiers qui auront franchi un trajet avec un

Radeau. Si nous en venons à bout, je me flâte après cela

d'une plus heureuse découverte. Jusques ici le Païs est

inhabitable, il est humainement parlant, impossible qu'il

soit de même par tout; & qui fait enfin si nous ne

trouverons pas quelque Peuple civilisé, qui récompensera,

par ses honnêtetez les fatigues & les dangers que nous avons

effuyez pour les aller déterrer, & pour leur aprendre, s'ils

ne le savent pas, qu'il y a d'autres gens qu'eux au monde.

J'avois beau en conter à mes Camarades, tout cela ne les

satisfaisoit point, & je suis persuadé que s'ils avoient vû

la moindre aparence de retrouver notre Equipage où nous

l'avions laissé, ils auroient sans doute tout hasardé pour

tâcher de la rejoindre. Il falut pourtant se résoudre à

quelque chose. Nous retournâmes au Lac, & le considérâmes de

bien des endroits avant que nous convinsions de celui où

nous hasarderions de le passer. Ces allées & venuës nous

consumérent pourtant huit jours, le neuviéme nous

commençâmes à mettre la main à la besogne. Nous coupâmes

premiérement dix arbres de sept à huit pouces de diamettre,

dont nous ôtâmes les branches, & les accourcîmes jusques à

la longueur de vingt semelles; puis les ayant mis dans

l'eau, nous les attachâmes ensemble du mieux que nous pûmes,

partie avec des joncs entrelacez, & principalement avec de

l'écorce de branches de saules, qui étoient en grande

quantité au bord de l'eau & dont nous tressames des cordes

de telle longueur que nous les voulûmes. Ensuite nous

aprêtames une vingtaine d'autres arbres plus courts que nous

arrangeâmes & liâmes de travers sur les premiers. Enfin nous

en mîmes sur ces seconds une troisiéme étage, du même sens &

de la même longueur que ceux de la premiére couche. Nous

fîmes aussi cinq avirons, ou pêles, qui nous tinrent plus de

tems que tout le reste.

Comme nous étions encore occupez à notre charpenterie, La

Forêt nous avertit qu'il voyoit à soixante pas de-là remuër

quelque chose dans des joncs, qui n'étoient pas fort

éloignez du Lac: en effet, nous reconnûmes d'abord avec lui

qu'il faloit même que ce fût un animal d'une grosseur

considérable. Du Puis & moi prîmes chacun notre fusil, &

l'ayant chargé de quatre balles, nous tirâmes ensemble

dessus, conservant un troisiéme coup pour le nécessaire;

comme l'expérience nous l'avoit enseigné dans notre route,

où nous manquâmes deux ou trois fois d'être déchirez pas des

Ours, pour nous être défaits de tout notre feu. Nos Armes

étoient à peine lâchées que nous fûmes extrémement surpris &

épouventez d'entendre des hurlemens effroyables, & de voir

un trémoussement si prodigieux dans ces roseaux. Nous fûmes

assez long-tems en suspens, si nous devions aller voir ce

que c'étoit ou non; mais après avoir considéré que tout ce

que nous entendions & voyons ne pouvoit être

vrai-semblablement que l'effet d'une playe mortelle, qui

mettoit cette bête hors de deffense, nous rechargeâmes nos

fusils, & nous aprochâmes toûjours, en tremblant pourtant,

de l'endroit où elle se débattoit. D'abord qu'elle nous

aperçût elle redoubla ses cris, & faisoit de grands efforts

pour échaper à notre poursuite; sa peur nous enfla le

cœur; & La Forêt lui voyant lever la tête lui lâcha son

coup si à propos, qu'il la lui ouvrit de part en part, & la

coucha roide morte. Nous restâmes néanmoins encore quelques

momens sans oser en aprocher; mais voyant qu'elle ne se

remuoit plus, nous commençâmes par la toucher du bout de nos

armes, & l'ayant tirée hors de-là, nous reconnûmes que

c'étoit une espéce de Loutre; mais qui n'avoit que deux

jambes fort courtes sur le devant, lesquelles l'un de nous

deux avoit cassées à la premiére décharge; ce qui lavoit

mise hors d'état de fuir. Cet animal devait peser au moins

cent cinquante livres. Nous nous mîmes après à l'écorcher,

ensuite de quoi nous en rôtîmes la meilleure partie. La

chair en étoit bonne, & avoit un goût aprochant de nos

Canards.

Le lendemain, qui étoit le treiziéme jour que nous étions

arrivez-là pour la premiére fois, nous résolûmes de démarer,

& de passer outre. La pesanteur de notre Radeau faisoit que

nous allions fort lentement: il y en avoit toûjours deux qui

travailloient de la pêle, tandis que l'autre prenoit du

repos. L'air étoit par bonheur fort tranquille, le tems le

plus agréable du monde; & je puis dire que nous prîmes bien

du plaisir à ce passage, que nous avions entrepris pourtant

sans savoir ce que nous deviendrions. C'étoit une chose

surprenante de voir la multitude infinie de Poissons qu'il y

avoit dans ce beau Lac: les uns sautoient d'un côté, les

autres venoient heurter contre notre Voiture de l'autre: il

y en avoit même qui nous suivoient avec la tête hors de

l'eau, & donnoient des branlemens de queuë, par lesquels on

eut presque dit qu'ils vouloient témoigner la joye qu'ils

ressentoient de nous voir. Ce petit jeu muet nous rendoit

quelquefois si attentifs, que nous restions de longs

intervales dans l'inaction. Nous en prîmes plusieurs de la

main que nous rejetâmes aussi-tôt dans leur élément; & il ne

tenoit qu'à nous d'en prendre autant que nous en aurions

voulu. Ce qui augmenta sensiblement notre joye, fut que

vers le soir, lors que nous perdions de vûë le rivage que

nous avions quité, nous découvrîmes en même tems celui du

côté où nous tendions. Cette agréable vûë nous donna de

nouvelles forces: nous travaillâmes presque toute la nuit, &

je doute qu'il fut le lendemain, plus de quatre heures

après-midi, lors qu'heureusement nous vînmes donner de notre

Radeau contre le bord. Aussi-tôt que nous fûmes à terre,

nous trouvâmes à propos de nous servir de tout ce que nous

avions, d'attaches pour amarer notre Machine, tant à de

grosses pierres qu'il y avoit sur le rivage, qu'à un pieu,

ou tronc d'arbres que nous enfonçâmes en terre, & que nous

avions aporté à ce dessein, dans l'incertitude où nous

étions si nous nous trouverions mieux ailleurs, & si nous ne

serions peut-être pas forcez de repasser quelque jour par ce

même endroit. Au reste, nous nous sentions si fatiguez de

notre Navigation, que nous campâmes à cent pas de-là, & y

restâmes jusques au lendemain au matin, que nous continuâmes

notre route.

Nous n'eûmes pas fait une demi-lieuë que nous rentrâmes dans

un Bois aussi épais que les précédents, mais que nous eûmes

percé en moins de deux heures. Ce fût-là où nous nous vîmes,

arrêtez tout d'un coup, par des Rochers qui n'avoient non

plus de talut qu'une muraille. Cette nouvelle barriére causa

aussi de nouvelles disputes entre nous: mes Camarades

murmuroient extrêmement, & moi je les encourageois à mon

ordinaire. Il falut même que j'en vinsse jusqu'à leur

assurer, qu'au lieu que mes idées étoient ordinairement si

embrouillée & si mal suivies pendant le sommeil, que je

voyois rarement le dénoûment de mes songes, j'en avois eu un

la nuit précédente, dont l'enchaînure & les circonstances

étoient si particuliéres, qu'il devoit infailliblement nous

augurer quelque chose de fort avantageux: & là-dessus

j'inventai sur le champ quelques fictions, qui, quoi que

peut-être assez mal concertées, ne laissérent pas de faire

tout l'effet que j'en attendois. Sur le matin, leur dis-je &

environ une heure avant le lever du Soleil, il m'a semblé

entendre une voix bruyante comme un tonnerre, qui m'a dit:

Que fais-tu-là, mon enfant? Léve-toi, marche, ta délivrance

est prochaine. En même-tems s'est présenté devant moi une

jeune fille, en vétemens blancs, ayant les cheveux pendans &

éparpillez sur les épaules, la face riante, les jambes

découvertes jusques au-dessous du genou, & tenant en ses

mains un Corbillon d'osier fin, artistement entrelassé de

toutes sortes de fleurs odorantes, & rempli de fruits rares

& délicieux, dont elle nous a invitez de manger. A ma

gauche, il y avoit un champ tout couvert de gerbes du plus

beau froment que la terre porte; & à ma droite, un arbre, au

tronc duquel il y avoit une ouverture, dont sortoit avec

impétuosité, une liqueur claire & vermeille, qui embaumoit

par son odeur. Je me suis retourné pour voir ce qu'il y

avoit derriére moi, mais apercevant un monstre épouventable,

tout hérissé d'épines & de chardons, j'en ai été tellement

saisi d'horreur, qu'encore qu'il me tournât le dos, je n'ai

pas laissé de m'éveiller en sursaut. A ce songe j'ajoutai

une favorable explication, qui ne contribua pas peu à nous

donner de bonnes jambes.

En côtoyant toûjours ces Montagnes du côté de l'Orient, nous

découvrîmes enfin une fente, par où nous nous mîmes à

grimper. Je ne sçaurois exprimer la peine que nous eûmes à

nous porter jusqu'au haut. Quand nous y fûmes parvenus, nous

nous assimes pour reprendre haleine, & mangeâmes un morceau.

Nous étant relevez, nous aperçûmes bien-tôt après un Etang

d'environ un quart de lieuë de circonférence, borné d'un

côté par des pointes de Rocher escarpées, & même penchantes,

jusques sur l'eau, & de l'autre, par une espéce de Digue

fort étroite & raboteuse, qui avoit à droit un précipice,

dont on ne pouvoit découvrir le fond. Ces objets affreux me

rendirent muet comme un Poisson: je ne me sentois plus de

force ni de courage pour rien dire, & j'avouë franchement

que j'aurois alors desiré de tout mon cœur d'être encore

à entreprendre le Voyage. Il n'y avoit aucune aparence de

descendre par-là où nous étions montez, & je voyois trop de

risque à passer outre.

Dans l'embarras où j'étois, je fis un effort considérable

pour monter jusques sur la cime d'un roc, que nous avions

laissé sur le derriére: aussi-tôt que j'y fus parvenu, ma

douleur se changea tout-d'un-coup en une excessive joye,

lorsque je vis qu'immédiatement après ces hauteurs, il

paroissoit un Païs plat, uni & entre-coupé de canaux, sur

les bords desquels il y avoit des arbres plantez en ordre:

il me sembloit même entrevoir des bêtes dans des prez

herbeux, & plus loin de grands corps, qui paroissoient être

des demeures d'hommes. Je sis signe à mes Camarades de me

suivre, & leur marquai par mes gestes & diverses contorsions

de corps que notre délivrance aprochoit. L'envie qu'ils

avoient d'aprendre de bonnes nouvelles, les porta à

m'imiter. Ils pensérent comme moi, s'estropier avant que de

me pouvoir joindre, mais de même aussi, ils furent

incontinent consolez de leur travail, & convinrent sans

hésiter, que cette terre devoit incontestablement être

habitée. La difficulté seulement étoit d'y parvenir, &

cette difficulté nous paroissoit insurmontable. Nous

considérâmes attentivement de cette hauteur où nous étions,

tout ce qu'il y avoit à l'entour; mais rien d'accessible ne

se découvrant à nos yeux, nous nous aidâmes à descendre, &

vînmes examiner de nouveau, le Précipice, & l'Etang.

Pour moi, je fus incontinent d'avis, quelque risque qu'il y

eût, que nous devions retourner sur nos pas, aller couper du

bois dans la Forêt, où nous avions passé la nuit, le traîner

en haut du mieux que nous pourrions, & nous en servir à

franchir ce petit trajet. Du Puis, au contraire, trouvant ma

proposition d'une exécution presque impossible, dit que le

passage qui étoit entre le Lac & le Précipice, paroissoit

avoir autour de deux pieds de largeur aux endroits les plus

étroits, qu'ainsi on pouvoit aisément hazarder de le passer,

& qu'il vouloit bien être notre Guide. Je fus ravi de sa

résolution, & je ne manquai pas de l'apuyer par des exemples

des Pyrenées & des Alpes, dont j'avois lû quelque chose

dans plusieurs Mémoires de Voyageurs: mais La Forêt qui

étoit, disoit-il, sujet aux vertiges, protesta qu'il ne nous

imiteroit point, quoi qu'il en pût arriver, mais que si l'on

étoit résolu de passer, il aimoit mieux le faire à la nage.

L'autre lui donna aussi-tôt raison & s'engagea de porter ses

hardes, & même les miennes, si je me voulois mettre à l'eau

avec lui. Ce qui fut dit fut fait: La Forêt & moi nous

deshabillâmes, nous fîmes un paquet de nos habits, & Du Puis

s'en étant chargé, se mit en devoir de passer, laissant-là

nos haches & nos fusils, qui aussi-bien ne nous étoient plus

utiles à rien, puisque nous n'avions pas trois charges de

poudre de reste; à condition pourtant, que s'il trouvoit le

passage moins dangereux que nous ne nous l'étions imaginé,

il les reviendroit quérir. Comme nous nagions parfaitement

bien l'un & l'autre, nous fûmes bientôt à l'autre rive,

parce que nous avions choisi l'endroit le plus étroit: ainsi

Du Puis qui avoit pris nos habits, s'étoit vû obligé de

faire un assez grand détour avant que de venir à son

passage.

Aussi-tôt que nous fûmes à terre, nous courûmes à sa

rencontre, & fûmes bien-aise de le voir venir gaillardement.

Mais par une fatalité inconcevable, & dont je ne cesserai

d'avoir du regret toute ma vie, comme le malheureux n'avoit

pas dix pas à faire pour être sauvé, un éclat de la Roche

qui le portoit, se détacha tout-d'un-coup, de sorte que la

terre lui manquant sous les pieds, nous le vîmes avec

horreur disparoître en criant: O bon Dieu, ayez pitié de

moi! Nous nous avançâmes avec précipitation, pour voir ce

qu'il étoit devenu, mais helas! nous ne vîmes ni

n'entendîmes plus la moindre chose.

Je prie le Lecteur charitable de s'arrêter ici un moment, &

de faire une sérieuse réflexion sur notre désastre. Le

desespoir où nous étions d'avoir perdu notre Ami, joint à

l'état pitoyable où nous nous voyions, n'ayant ni hardes

pour couvrir notre nudité, ni aucuns moyens humains pour

substenter notre corps, donna si fort la gêne à notre

esprit, que nous pensâmes cent fois nous jetter tête baissée

après lui, & finir ainsi en un instant le cours fâcheux

d'une si malheureuse vie.

Voyages et Avantures de Jaques Massé · 第 15 / 27 题