GRAND MEETING À COVENT-GARDEN.

Octobre 1843.

L'objet spécial de ce meeting explique l'affluence extraordinaire

qu'il attire. Malgré qu'il ait été construit des galeries

supplémentaires, la salle ne peut contenir la moitié des personnes qui

se présentent.

À sept heures, M. Villiers, m. P., monte au fauteuil et prononce un

discours fréquemment interrompu par les applaudissements.

M. COBDEN ....... Le président vous a clairement expliqué l'objet

de ce meeting. Nous ne cherchons pas à cacher que notre but est

d'en appeler à vos suffrages, de réclamer votre concours

électoral. À vrai dire, tous nos meetings ont un caractère

électoral. Mais, dans cette circonstance, tous les électeurs de

Londres ont été invités à assister à la séance..... Nous sommes

venus vous demander si vous voulez donner vos voix au _monopole_

ou à la _liberté_. Par liberté, nous n'entendons pas l'abolition

de tous droits de douane, ainsi que l'un de vos candidats, M.

Baring, nous l'impute, sans doute par ignorance. Nous avons

répété mille fois que nous n'aspirons point à arracher de la

douane les agents de Sa Majesté, mais les agents que des classes

particulières y ont introduits dans leur intérêt privé, et pour y

percevoir des droits qui ne vont pas au trésor public.

(Applaudissements.) Il y a quelque chose de si évidemment juste

et honnête dans notre cause, que tout écrivain qui se recueille

dans le silence du cabinet, et qui aspire à voir son oeuvre

survivre au terme d'une année, est d'accord avec nous en

doctrine. Bien plus, nous avons assez vécu pour voir les hommes

d'État les plus pratiques, pendant qu'ils sont aux affaires,

amenés par la force de la logique et les lumières de leur siècle,

à admettre la justesse de notre principe, quoiqu'ils

condescendent bassement à gouverner par le principe opposé. Il y

a plus encore; vos candidats, aussi bien M. Baring que M.

Pattison, se placent en théorie sur le même terrain. Il n'y a

entre eux que cette différence: l'un promet d'être conséquent

avec lui-même, et l'autre s'y refuse. (Bruyants

applaudissements.) Eh bien! nous venons demander si vous voulez

choisir pour votre représentant un homme qui, reconnaissant la

justice de la liberté en matière d'échanges, nous la refuse

néanmoins. Le préférez-vous à un homme qui s'engage à mettre

d'accord sa conduite et ses opinions?--M. Baring admet que nos

principes sont vrais, _in abstracto_; cela veut dire que sa

pratique sera fausse _in abstracto_. (Applaudissements.) Quoi!

avez-vous jamais ouï parler d'un père qui enseigne à ses enfants

l'obéissance aux commandements de Dieu, _in abstracto_? Avez-vous

jamais entendu un accusé, après le verdict de condamnation,

s'écrier: «J'ai volé ce mouchoir, mais c'est une abstraction.»

--Et le monopole est-il une abstraction? S'il en est ainsi, je

cède volontiers la place à M. Baring et à son élection. Mais

c'est là une abstraction qui se montre sous la forme

très-corporelle de certains monopoleurs, qui se permettent

d'abstraire ou de soustraire la moitié de votre sucre et de votre

pain. (Rires et applaudissements.)--Mais plaçons-nous un moment

sur le terrain de nos adversaires et examinons leur raisonnement,

quoiqu'à vrai dire ils se sont eux-mêmes interdit la faculté de

raisonner en admettant que ce qui est vrai en principe est faux

en conséquence. Sur quel fondement refusent-ils de mettre leur

théorie en pratique? «Si vous abandonnez le monopole, disent-ils

d'abord, il vous sera impossible de prélever des taxes

suffisantes.» Mais, si je comprends bien l'objection, elle

signifie que nous serons hors d'état de payer à la reine des

impôts pour la marine, l'armée, la magistrature, à moins que nous

ne nous mettions sur le dos des taxes à peu près égales en faveur

du duc de Buckingham, du duc de Richmond et compagnie.

(Rires.--Écoutez! écoutez!) L'objection signifie cela, ou elle

ne signifie rien. C'est un pauvre compliment à faire à notre

siècle que de lui attribuer la découverte de cet argument, car il

n'était certes venu à l'esprit de personne quand on établit les

monopoles. Mais voyons comment les monopoles favorisent les

recettes publiques. En 1834, 35, 36 et 37, le prix du blé fut en

moyenne à 45 sh. Il arriva que le chancelier de l'Échiquier eut

des excédants de recettes, et put diminuer les impôts. En 1838,

39, 40 et 41, lorsque le monopole, s'il froissait le peuple,

devait au moins, selon nos adversaires, favoriser le trésor,

qu'est-il arrivé? les recettes ont baissé; et pendant que le blé

était à 65 sh., nous avons entendu le premier ministre déclarer

que la puissance contributive du peuple était épuisée, et qu'il

ne lui restait d'autre ressource que de mettre un _income-tax_

sur les classes moyennes. J'avoue que les faits et l'expérience

me paraissent des guides plus sûrs, pour se faire une opinion,

que l'autorité, et notamment l'autorité de M. Baring.--Venons au

sucre. Que fait le sucre pour le trésor?--quel est le prix du

sucre à l'entrepôt? 21 sh. Que le payez-vous? 41 sh.[31]. Vous

payez donc un excédant de 20 sh. par quintal, sur 4 millions de

quintaux. Il vaut la peine de lutter, n'est-ce pas?

(Applaudissements.) Et vous, boutiquiers, artisans, ouvriers,

boulangers de Londres, que vous revient-il de ce monopole? Le

monopole! oh! c 'est un personnage mystérieux qui s'assoit avec

votre famille autour de la table à thé, et quand vous mettez un

morceau de sucre dans votre coupe, il en prend vitement un autre

dans le sucrier (rires et applaudissements); et lorsque votre

femme et vos enfants réclament ce morceau de sucre qu'ils ont

bien gagné et qu'ils croient leur appartenir, le mystérieux

filou, le monopole, leur dit: je le prends pour votre protection.

(Éclats de rire.) Et combien prend le trésor sur le sucre? M.

Mac-Grégor, secrétaire du _Board of trade_, dans l'enquête de

1840, affirme que si le droit protecteur était aboli, la

consommation serait double, et le trésor gagnerait trois millions

sterling. M. Mac-Grégor est encore secrétaire du _Board of

trade_, position qu'il est certes bien digne d'occuper, et son

témoignage est là qui nous condamne aux yeux du monde. Quel est

donc le prétexte du monopole du sucre? On ne peut pas dire qu'il

est établi dans l'intérêt du trésor, ni dans celui des fermiers

anglais, ni dans celui des nègres des Antilles? Quel est donc le

prétexte qu'on met en avant? que nous ne devons pas acheter du

_sucre-esclave_[32].

[Note 31: Non compris le droit fiscal de 24 sh.]

[Note 32: _Slave-grown sugar, free-grown sugar._ Il faudrait

traduire sucre produit par les esclaves, ou par les hommes

libres. Pour abréger, je me suis permis ces néologismes:

Sucre-esclave, sucre-libre.]

Je crois que l'ambassadeur du Brésil est ici présent, et sans le

blesser, je puis lui faire jouer un rôle dans une petite scène

avec le ministre du commerce. Son Excellence est admise à une

audience avec toute la courtoisie due à son rang. Il présente ses

lettres de créance, et annonce qu'il vient pour arranger un

traité de commerce. Il me semble voir le ministre prendre une

attitude recueillie, solennelle et religieuse[33] (rires) et

dire: «Vous êtes du Brésil. Nous serions heureux de faire des

échanges avec votre pays, mais nous ne pouvons, en conscience,

recevoir des produits-esclaves.» Son Excellence entend bien les

affaires (cela est assez ordinaire aux gens qui viennent du

dehors pour traiter avec nous). (Écoutez! écoutez!) «Eh bien,

dit-elle, nous verrons à vous payer de quelque autre manière.

Qu'avez-vous à nous vendre?--Des étoffes de coton, dit le

ministre, nous sommes en ce genre les plus grands pourvoyeurs du

monde.--Du coton, s'écrie l'ambassadeur, et d'où le

tirez-vous?--Des États-Unis.--Et est-il produit par des esclaves

ou par des hommes libres?» Je vous laisse à penser la réponse et

la contenance de notre président du _Board of trade_.

(Applaudissements.) (Ici quelque confusion se manifeste dans la

salle par suite de la chute d'un banc.) Ne vous effrayez pas, dit

M. Cobden, c'est le présage et le symbole de la chute des

monopoleurs. (Éclats de rire.)--Y en a-t-il quelques-uns parmi

vous dont l'humanité et les sympathies se soient laissé prendre à

ces clameurs contre le sucre-esclave! Connaissez-vous la loi à

cet égard? Nous envoyons nos produits manufacturés au Brésil, par

exemple; nous les échangeons contre du sucre-esclave. Ce sucre,

nous le raffinons dans des entrepôts, c'est-à-dire dans des

magasins où les Anglais seuls ne peuvent pas acheter. De là, il

est envoyé par nos marchands, par ces mêmes marchands qui

déclament aujourd'hui contre le sucre-esclave, et envoyé en

Russie, en Chine, en Turquie, en Égypte, en un mot, aux quatre

coins de la terre. Il se distribue parmi cinq cents millions

d'hommes, et vous seuls ne pouvez y toucher; et pourquoi? parce

que vous êtes ce que ne sont pas les autres hommes, les esclaves

de votre oligarchie. Oh! hypocrites! hypocrites!...

[Note 33: Ce ministre était M. Gladstone, que l'on sait être

sorti depuis des affaires pour des scrupules religieux.]

M. Baring a dit, à ce que m'apprennent les journaux du jour, que

nous, hommes du Lancastre, nous n'avons rien à voir dans

l'élection de Londres. Je voudrais bien savoir s'il se fait une

loi qui n'oblige pas dans le Lancastre aussi bien que dans le

Middlesex? L'oligarchie du sucre se borne-t-elle à piller ses

commettants?--Au reste, cette prétention va bien aux monopoleurs.

Il est assez naturel que les hommes qui prétendent isoler les

nations, veuillent aussi isoler les provinces. Ils sont

conséquents, et nous montrent jusqu'où ils portent leurs vues.

(Applaudissements.)

Ici, M. Cobden dit qu'en parlant de l'opposition que certains

négociants font à l'élection de M. Pattison, il n'entend pas prétendre

que toute la classe des négociants est contraire à la liberté

illimitée du commerce. Il cite l'opinion de MM. Rothschild,

Samuel-Jones Lloyd et autres riches banquiers. Il continue ainsi:

De toutes parts on alarme, on stimule les propriétaires; on les

appelle à venir défendre les droits de la propriété qu'on accuse

la Ligue de vouloir renverser, et je suis personnellement l'objet

de ces vaines clameurs. J'ose dire que s'il est un homme en

Angleterre qui plaide la cause de la propriété, cet homme, c'est

moi. Et que fais-je autre chose depuis cinq ans? à quoi sont

consacrés tous les travaux de ma vie publique, si ce n'est à

rendre leurs droits de propriété à ceux qui en ont été

injustement dépouillés? (Véhémentes acclamations.) Comme il y a

une espèce particulière de propriété, que M. Baring semble perdre

entièrement de vue, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de le

renvoyer à Ad. Smith. Cet écrivain s'exprime ainsi: «La propriété

du travail, étant le fondement de toutes les autres, est la plus

sacrée et la plus inviolable. Le patrimoine du pauvre consiste

dans la vigueur et la dextérité de ses bras. L'empêcher

d'employer cette vigueur et cette dextérité, comme il l'entend,

sans nuire à autrui, c'est une violation de la plus sacrée de

toutes les propriétés; c'est une usurpation manifeste des droits

de l'ouvrier et de ceux qui pourraient l'occuper.» Fort de

l'autorité d'Adam Smith, je dis que M. Baring et ceux qui

l'appuient, en tant qu'ils soutiennent les monopoles, violent le

droit de propriété dans la personne des ouvriers, et en agissant

ainsi, je répète ici ce que je leur ai dit au dernier meeting, je

les avertis qu'ils sapent les fondements mêmes de la propriété de

quelque espèce qu'elle soit. (Applaudissements.)

Ici, l'orateur démontre par des faits nombreux que la prospérité de

chaque industrie dépend de la prospérité de toutes les autres.

Il vient à parler ensuite de la corruption électorale. Nous traduirons

un extrait de cette partie du discours de M. Cobden, pour montrer

l'importance et la hardiesse des résolutions de la Ligue.

Notre adversaire, si l'on en croit le bruit public, a eu recours

ailleurs à des pratiques que nous ne devons pas tolérer à

Londres. Il faut que l'on sache ce qui se passa à Yarmouth en

1835. On me dira que tout se fit à l'insu du candidat. Mais alors

cette question se présente naturellement: Qui dirigeait ces

manoeuvres? (Écoutez! écoutez!) C'est ma ferme conviction

qu'aucun acte corrupteur n'a lieu sans que le candidat l'autorise

et le paye... Je dis cela après avoir été candidat moi-même. Je

n'ai jamais dépensé 10 l. s. sans savoir pourquoi, et je ne

présume pas que d'autres avancent des 12,000 l. sans en recevoir

la contre-valeur en suffrages. (Rires et approbation.) Je vois

dans les journaux que vraisemblablement on aura recours aux mêmes

manoeuvres dans un quartier de Londres. Le corps électoral

(_constituency_) de Londres est le plus honnête parce qu'il est

le plus nombreux. Mais il y a un cancer rongeur à l'une des

extrémités de la métropole. Je crois utile de prévenir les

personnes qui pourraient se laisser envelopper dans ces

intrigues, qu'elles courent aujourd'hui un danger plus grand que

par le passé, en acceptant des présents, ou d'être défrayées de

leurs dépenses. Que si l'on dit à un pauvre électeur: «Allez en

avant; tout s'arrangera quand le terme prescrit par la loi sera

passé,» je le préviens qu'il n'y a pas de prescription pour la

fraude. La Ligue, parmi les objets qu'elle a en vue, considère,

comme un des plus importants, de vaincre la corruption

électorale; et elle est bien décidée à mettre en oeuvre, dans la

présente élection, le plan qu'elle a conçu pour atteindre ce but.

C'est notre intention de poursuivre criminellement quiconque

pourra être convaincu d'avoir offert, reçu, donné ou demandé un

présent. De plus, l'intention de la Ligue est d'accorder une

récompense de 100 l. s. à celui dont le témoignage aura amené la

condamnation du coupable. Que l'électeur pauvre sache que s'il

offre son suffrage pour une somme d'argent, ou si quelqu'un lui

offre de l'argent pour sa voix, ce sont là deux actes criminels

passibles d'une peine. Je conseille donc au pauvre électeur, si

on lui offre de l'argent, de saisir le corrupteur au collet, de

le livrer à l'officier de police et de le suivre devant le

premier magistrat, veillant bien à ce que, dans le trajet,

l'accusé ne se défasse d'aucun objet, ou ne détruise aucun

papier. (Rires et applaudissements.) Je crois que nous

parviendrons ainsi à prévenir la corruption dans la Cité. Je ne

dis rien des pétitions contre l'élection frauduleuse, parce que

nous entendons bien que M. Baring ne sera pas élu; mais, élu ou

non, tout homme que l'on pourra espérer de convaincre d'un acte

corrupteur, sera poursuivi criminellement devant la Cour de

justice. (Applaudissements.) Dans les cas ordinaires, la pénalité

est d'un an de prison.--Nous préférerions de beaucoup poursuivre

celui qui offre que celui qui reçoit un don corrupteur; c'est

pourquoi nous disons au pauvre électeur d'y aviser et de voir

s'il ne vaut pas mieux, pour lui, gagner 100 l. s. honnêtement,

que 30 sh. en vendant son suffrage. Il est surprenant que l'on

ait fait lois sur lois contre la corruption, qu'on les ait

entassées jusqu'à en faire la risée du peuple, sans qu'on se soit

jamais avisé d'un moyen aussi simple de la déjouer. On raconte

que le chancelier Thurlow, s'embarrassant au milieu des

définitions techniques qu'il voulait donner de la corruption,

comme les gens de sa profession ont coutume de le faire, un

plaisant de la Chambre s'écria: «Ne prenez pas tant de peine; il

n'est aucun de nous qui ne sache fort bien ce que c'est.» (Éclats

de rire.)--Voilà, Messieurs, ce que nous ferons pour en finir

avec la corruption électorale. Nous ne nous adresserons pas au

Parlement, nous ne lui demanderons pas de casser l'élection; nous

en appellerons directement à un jury de nos concitoyens. Y a-t-il

quelqu'un qui puisse dire qu'il n'y a pas autant de pureté dans

notre but que dans nos moyens? Qu'on parle tant qu'on voudra de

notre violence, du caractère révolutionnaire de nos procédés,

nous ne nous sommes jamais écartés des voies légales et

paisibles, etc.

L'orateur, après quelques autres considérations, termine au milieu des

applaudissements.

M. BRIGHT lui succède. Le caractère chaleureux de son éloquence a,

comme toujours, le privilége d'exciter au plus haut degré

l'enthousiasme de l'assemblée.

M. W. J. FOX: Dans le choix important que les électeurs de la

cité de Londres vont être appelés à faire sous peu de jours, il

est remarquable que le plus solide argument, en faveur d'un des

candidats, a été fourni par l'autre. «Si l'on me demandait, a dit

M. Baring, vendredi dernier, dans son exposition de principes aux

électeurs: Reconnaissez-vous abstractivement la justice de la

doctrine de la liberté en matière d'échanges? je répondrais: Oui.

Si l'on me demandait: Désirez-vous voir le commerce dégagé de

toutes les entraves qui le restreignent? je répondrais: Oui.»

Voilà les principes proclamés par M. Baring, voilà ses voeux

avoués. Ce sont précisément les principes que M. Pattison

s'engage à faire pénétrer dans la pratique; ce sont précisément

les voeux que sa carrière parlementaire aurait pour objet de

transformer en réalités. (Applaudissements.) Pourquoi donc M.

Baring ne se trouve-t-il pas parmi les partisans de M. Pattison?

(Rires et applaudissements.) Pourquoi n'agit-il pas dans le sens

de ses propres désirs? Pourquoi repousse-t-il l'application de

ses propres principes? Est-ce lâcheté? est-ce hypocrisie? Est-il

de ceux qui mettent toujours un «je n'ose» après un «je

voudrais;» ou bien qui jettent en avant des phrases sonores pour

leurrer les simples et les débonnaires? Étale-t-il le principe

pour capter vos votes, et l'exception pour réserver le sien?

(Applaudissements.)

C'est la vulgaire stratégie des sophistes, quand ils s'élèvent

directement contre un grand principe, de lui rendre en paroles un

hommage révérencieux, et d'envelopper le principe antagonique

sous la forme d'une exception, et c'est là la stratégie qui est

l'âme de tout le discours de M. Baring. Il adhère d'abord

largement et clairement au principe de la liberté des échanges;

mais ensuite tout le discours est calculé de manière à montrer

comment et pourquoi ce principe ne doit pas être appliqué,

comment et pourquoi il faut transiger dans l'intérêt d'une

classe, d'un parti, du trésor, de la défense nationale, ou sous

prétexte d'humanité envers les noirs. Mais la chose qu'il plaide,

et qu'il nomme _protection_, tandis que le vrai nom est

_monopole_, n'est pas une exception au principe de la liberté,

c'est un autre principe antagonique à celui-là. Ce qu'il nomme

protection, c'est ce qui élève le prix des subsistances.

Protection signifie ce qui diminue la capacité d'acheter.

Protection signifie ce qui arrache à l'honnête ouvrier une part

de son juste salaire. Protection désigne toutes les formes

variées du monopole, et, entre autres choses en ce moment, le

fardeau de l'_income-tax_. (Applaudissements.) Et à qui entend-il

accorder protection? Voyez ses votes. Il protége les

établissements ecclésiastiques dans leur orgueil et leur

splendeur, mais il ne protége pas le pauvre dissident contre la

saisie de son lit et de sa Bible, pour parfaire la taxe de

l'Église. Il protége le riche électeur qui peut se présenter au

Poll, sûr de ne souffrir ni dans ses moyens pécuniaires, ni dans

sa position sociale, mais il ne protége pas celui que la dureté

des temps a arriéré d'un terme dans le paiement des taxes, et qui

aurait besoin de la protection du scrutin contre les menaces et

les persécutions des puissants du jour. (Applaudissements.) En un

mot, sa protection est acquise aux riches, mais non aux pauvres;

au petit nombre des oppresseurs, mais non aux multitudes

opprimées et mises au pillage. (Applaudissements.) J'essaierai,

si vous le permettez, de poursuivre, dans cette argumentation, la

série des exceptions qu'il oppose à son propre principe. Il dit:

«Les principes de la liberté du commerce doivent être modifiés

par les besoins de la défense nationale, par les nécessités du

trésor, par l'intérêt de quelques classes et par les exigences de

l'humanité et de la philanthropie.» D'où il suit que ces

principes de liberté auxquels il fait profession d'adhérer, il

les croit en même temps en collision avec la sûreté du pays, avec

ses ressources, avec quelques-unes de ses classes les plus

importantes, et enfin avec les devoirs de la charité,--étrange

manière de recommander un principe.... Je crains bien que son

but, sous prétexte de la défense nationale, ne soit de favoriser

quelques intérêts monopoleurs. Il cite Adam Smith, pour prouver

que l'acte de navigation fut un des meilleurs règlements

commerciaux de l'Angleterre. Mais il ne cite qu'une partie de

l'opinion de ce grand homme, et ce n'est certainement pas celle

qui a le mieux résisté à l'épreuve de l'examen et de

l'expérience, car la loi dont parle Adam Smith n'est pas celle

qui nous régit. L'intervention et les représailles de l'Amérique

et de la Prusse nous forcèrent à la modifier profondément; les

hommes d'État que M. Baring fait profession de révérer l'ont

jugée inexécutable, l'ont effacée du _statute-book_, et M. Peel

lui-même, à ce que je crois, a contribué à la réduire à ses

minimes dimensions actuelles. Si M. Baring eût cité le passage

entier, la portée de l'argument eût été toute différente, et il

me semble que c'est manquer de probité logique que d'omettre ce

membre de phrase. «L'acte de navigation n'est pas favorable au

commerce extérieur, ni au développement de la richesse qui en

provient. L'intérêt d'une nation, dans ses relations

commerciales, comme l'intérêt du marchand dans ses transactions,

est d'acheter au prix le plus bas et de vendre au prix le plus

haut possible. En diminuant le nombre de nos vendeurs, nous

diminuons nécessairement le nombre de nos acheteurs, et nous nous

plaçons dans cette position, non-seulement d'acheter les produits

étrangers plus cher, mais encore de vendre les nôtres à meilleur

marché que si l'échange eût été libre.»--Après tout, que gagne la

défense nationale à cette première exception au principe, en

faveur de la navigation? La marine marchande d'Angleterre

doit-elle sa supériorité au monopole? La cherté artificielle du

bois de construction nous donne-t-elle de plus grands et de plus

solides vaisseaux? La cherté artificielle des subsistances nous

met-elle à même de les mieux approvisionner, et la liberté

empêcherait-elle qu'il n'y eût des marins sur nos rivages? Qu'a

donc fait l'acte de navigation pour notre puissance maritime, si

ce n'est d'engendrer cette loi violente, opprobre de notre

civilisation, la presse des matelots? La défense nationale en est

réduite à ce qu'on peut arracher dans les rangs de l'industrie,

par la pratique de la presse des matelots. (Applaudissements.)

Nous n'avions pas besoin de l'intervention de cet usage odieux

pour repousser les agressions du dehors, et un moyen beaucoup

plus sûr de pourvoir, en tout temps et en toutes circonstances, à

notre sûreté, c'eût été de laisser au peuple quelque chose à

défendre de plus qu'il ne possède en ce moment. (Bruyantes

acclamations.) Il ne se battra pas pour défendre la taxe du pain;

il ne se battra pas pour servir l'oligarchie qui le foule aux

pieds; il ne se battra pas pour maintenir des institutions qui

favorisent le riche, mais qui écrasent le pauvre. Dans

l'extension, la vaste et rapide extension d'affaires qui naîtrait

de l'abolition de toutes les entraves commerciales, nous

trouverions une défense plus sûre que celle des armes: la

dépendance réciproque des peuples, et par là leur mutuelle

bienveillance. Cela est plus sûr que l'acte de navigation et la

loi sur la presse des matelots. La réponse d'un vieux maître de

boxe trouve ici son application. Quelle est, lui demandait un

jeune homme querelleur, quelle est la meilleure pose

défensive?--La meilleure pose de défense, répondit le vétéran,

c'est de n'avoir jamais dans votre bouche qu'une langue prudente

et honnête. (Rires.) Le commerce travaillant sans cesse à

entrelacer et égaliser les intérêts, les besoins et les

jouissances des peuples, le progrès vers cette unité de sentiment

et d'esprit, qui naît d'une communication universelle, d'un

perpétuel échange de produits, de capitaux, d'énergies et

d'idées, voilà pour la sûreté des nations des garanties plus

solides que les armées, les marines, l'esprit de lutte et de

jalousie. Et si Burke a pu dire que l'honneur était pour les

nations le plus économique des moyens de défense, nous pouvons le

dire à plus forte raison du commerce. Ce n'est pas seulement une

défense économique, c'est une défense qui tend à abolir la

pauvreté, à distribuer dans les masses des satisfactions et du

bien-être. La seconde exception que fait M. Baring au principe de

la liberté est fondée sur les intérêts du revenu public. Elle

dénote une ignorance grossière qui a été souvent exposée dans

cette enceinte. On vous a dit et répété bien souvent que cette

agitation n'a rien à démêler avec les taxes qui ont pour but, qui

ont honnêtement et prudemment pour but le revenu public, mais

bien avec les taxes qui sont imposées au peuple pour satisfaire

la rapacité de quelques classes particulières. Ses exemples me

semblent d'ailleurs mal choisis. Il a dit qu'avec la liberté du

commerce il serait impossible de taxer le tabac à 1,000 pour

cent, et le thé à 300 pour cent. Une telle impossibilité le fait

frissonner, et il y trouve une raison suffisante de modifier son

principe (écoutez! écoutez!); car ne s'ensuivrait-il pas cet

horrible événement, que vous ne payeriez plus quatre guinées pour

un sou valant de tabac, et que vous auriez pour six sous le thé

qui vous coûte aujourd'hui 2 sh.? Voilà un dénouement, un état de

choses qui ne saurait être enduré, et il vient vous demander de

l'envoyer au Parlement, pour s'opposer à ce que ses propres

principes ne réalisent de si terribles résultats.

(Rires.)--Arrivant ensuite à la troisième exception à son

principe tirée des intérêts particuliers, M. Baring, candidat de

la grande cité commerciale de Londres,--désigne cette classe

qu'il s'agit de favoriser. Et quelle classe pensez-vous qu'il en

a vue? les négociants de cette métropole? ses marchands, ses

ouvriers? C'est la classe agricole dont il signale les intérêts

particuliers, comme étant de ceux devant qui les principes de la

liberté doivent courber la tête et passer outre, reconnaissant

qu'ils sont sans aucune application en cette matière. Mais ce

n'est là qu'un des traits de cette disposition que montre en

toutes circonstances le candidat dont je commente les prétentions

parlementaires. L'esprit des Ashburton vit en lui. Si vous

l'envoyez au Parlement, il aura le pied sur le premier degré de

cette échelle de Jacob, qui s'élève au-dessus des barons et des

chevaliers, et le portera un jour au troisième ciel parmi les

pairs du royaume. (Rires.) Dans sa première adresse, il exalte

des services qu'il rendrait, comme membre de la Chambre des

communes, aux intérêts commerciaux, «qui ont dans ce pays,

dit-il, une importance nationale.» Il en parle comme d'une chose

qui a assez grandi pour mériter son patronage, une chose à

laquelle on peut tendre une main condescendante, tandis que,

citoyen de Londres, il n'en devrait parler qu'avec fierté. Il ne

comprend pas cette virile indépendance, cette noble franchise que

l'industrie a soufflée dans l'esprit de l'homme, et qui valut

naguère à un monarque de ce royaume cette fière réponse. Dans un

moment d'humeur, il menaçait de s'éloigner avec sa cour, comme si

la destruction de la cité avait dû s'ensuivre. «J'espère, lui dit

respectueusement un citoyen, qu'il plaira à Sa Majesté de laisser

la Tamise derrière elle.» (Rires.) Mais cette cité a nourri des

hommes qui connaissent leurs droits et qui les maintiendront.....

L'orateur, avec une force de logique et une vigueur d'éloquence qui

nous fait regretter d'être forcé d'abréger ce discours, discute ici

les opinions de M. Baring, et le poursuit à travers ses nombreuses

contradictions. Nous nous bornerons à citer quelques extraits, où il

combat des sophismes qui ont aussi bien cours de ce côté que de

l'autre côté de la Manche.

..... «Nous produisons» (dit M. Baring, et c'est un de ses

arguments pour maintenir le monopole des aliments); «j'ose dire

que, grâce à nos machines, les manufacturiers de ce pays

disposent d'une puissance de production capable de répondre à

tous les besoins des contrées qui pourraient nous fournir du

blé.» S'il en est ainsi, ce doit être en effet une puissance

merveilleuse que celle qui peut accroître indéfiniment la

production, sans exiger plus de travail humain. Je n'ai jamais

ouï parler de machines, quelque ingénieuses qu'elles soient, qui

se passent de la direction de l'homme, et qui, ayant produit

jusqu'ici des résultats déterminés avec un travail humain

déterminé, soient en état de doubler ces résultats sans réclamer

l'intervention d'un travail additionnel. Mais admettons ce

phénomène. Quel en est le remède? Tant qu'il y aura des besoins à

satisfaire, et que cette puissance de production sera le moyen

d'atteindre ce but, on serait tenté de la considérer comme le don

le plus précieux du ciel.--Mais admettant qu'elle soit funeste,

quel en est le remède? L'arrêter, l'anéantir. Nous avons un

excédant de pouvoir producteur qu'il ne faut pas mettre en

exercice. N'est-ce point un singulier état de choses qu'une

immense puissance de production, que la création de choses utiles

doivent être réprimées et forcées à l'inertie? Eh quoi! si nous

voulions suivre les conséquences logiques de cette doctrine, à

quelles absurdités ne nous conduirait-elle pas? Elle nous

induirait à remplacer une machine puissante par une machine moins

puissante, et pourquoi pas diminuer aussi la puissance de la

machine humaine qui met en oeuvre toutes les autres? Si les

hommes travaillent trop, s'ils ont le pouvoir d'acheter du pain

au dehors et l'audace de réclamer ce droit, eh bien, diminuez

cette puissance, coupez-leur les bras et qu'ils ne travaillent

désormais que dans des limites raisonnables qui satisfassent le

système protecteur. Je m'imagine que nous serions quelque peu

surpris si un voyageur nous racontait que, dans ses

pérégrinations, il a vu un pays où tous les ouvriers avaient subi

l'amputation de deux doigts, et notre étonnement ne diminuerait

pas sans doute si un homme politique,--un représentant de cette

métropole, ou qui aspire à l'être, disait: Je devine que ces

hommes s'étaient rendus coupables de sur-production. (Rires.)

Ils travaillaient tant avec leurs cinq doigts infatigables que

cela ne pouvait plus se tolérer. Le pays ne produisait pas assez

de blé pour les satisfaire, et la production du blé devant être

protégée, les propriétaires ont jugé à propos de couper les

doigts aux ouvriers, en sorte que ce peuple _tridigite_ nous

offre le plus bel exemple de la sagesse du régime protecteur, et

combien il est beau d'exclure les _principes abstraits_ de la

législation commerciale. (Applaudissements.)

L'orateur dit que M. Baring se contredit encore en manifestant sa

préférence pour le _droit fixe_ tout en s'engageant à soutenir

l'_échelle mobile_.

..... Ainsi, dit-il, son opinion est pour le droit fixe, et sa

volonté pour l'échelle mobile. Son opinion contredit sa volonté,

et toutes deux violent le principe de la liberté, auquel M.

Baring fait profession d'adhérer aussi.--Et voilà l'homme que

soutiennent ceux qui mettaient naguère toute leur énergie à

renverser l'administration whig parce qu'elle avait osé proposer

un droit fixe!

Je passe à sa quatrième exception, fondée sur les exigences de

ses sentiments philanthropiques. Je comprends qu'un homme hésite

quand il sent qu'il y a contradiction entre les principes et les

sentiments d'humanité, bien qu'une telle contradiction soit

certainement une chose étrange. Mais ici quel est le prétexte de

cet étalage de charité? On veut que le sucre consommé dans ce

pays soit pur de la tache de l'esclavage. M. Baring a tant de

sympathie pour les noirs qu'il exclut de l'Angleterre le

sucre-esclave, tandis qu'il souffre très-bien que ces mêmes noirs

adoucissent leur grog avec du sucre-esclave, venu du Brésil en

Angleterre pour y être raffiné et en être réexporté. (Écoutez

écoutez!) Singulière philanthropie, vraiment! Oh! ce ne sont pas

les noirs, ce sont les planteurs qui vous préoccupent. Vous ne

trouvez pas leurs profits satisfaisants. Le noir n'a que faire

d'une sympathie de cette nature. Il ne regrette pas le fouet et

la canne à sucre. Sa condition actuelle lui convient. Eh quoi! ne

se plaint-on pas déjà de ce qu'il devient trop riche? de ce que

sa femme porte des robes de soie, de ce que lui-même figure dans

son cabriolet comme un homme «respectable,» et de ce qu'il

marchande aujourd'hui la propriété qu'il bêchait autrefois?....

Et voilà sous quel vain prétexte on maintient un système qui

restreint la consommation du sucre dans ce pays, à tel point que,

malgré la population toujours croissante, elle est aujourd'hui ce

qu'elle était il y a vingt ans, au détriment des jouissances et

du bien-être des classes pauvres! Non, non, à travers toutes ces

exceptions, règne un même esprit, un même principe. Déchirez le

masque, et vous trouverez derrière la hideuse et dégoûtante

figure du monopole.--Monopole de la navigation, monopole du blé,

monopole du sucre, les voilà, se couvrant du manteau de la

défense nationale, du revenu public, de l'humanité, mais au fond

ne signifiant qu'une seule et même chose, la spoliation de la

multitude laborieuse par le petit nombre. Et c'est pour maintenir

un tel système qu'on nous invite à sacrifier nos principes, comme

M. Baring méprise les siens. C'est pour maintenir ces anomalies,

ces absurdités, cette oppression et ces abus que nous

abandonnerions l'homme qui veut mettre de l'accord entre ses

opinions et ses actes, pour nommer celui qui déclare publiquement

que sa conduite politique ne sera qu'une perpétuelle exception,

bien plus, une flagrante violation des principes que lui-même

reconnaît fondés sur la justice et la vérité? Gentlemen, je ne

suis pas un de ces hommes qui ont leurs foyers dans le Lancastre,

ce qui, dans certains lieux, semble être une fâcheuse

recommandation. Mais j'aimerais mieux être du Lancastre et avoir

fait à mes compatriotes de Londres ce noble appel que leur

adressent les citoyens de Liverpool, que d'être de Londres, et

d'émettre, au mépris de cet appel, un vote favorable au monopole

et funeste à mes frères. Eh! qu'importe d'où viennent ceux qui

vous adjurent de nommer M. Pattison? J'augurerais mal de Londres,

si je pouvais croire qu'on y sera arrêté par cette frivole

objection. Londres s'est-il tellement rétréci et rapetissé qu'il

n'y ait pas place, qu'il n'y ait pas droit de bourgeoisie pour

quiconque porte un coeur dévoué et travaille avec ardeur au

triomphe de la justice? La patrie de ces hommes du Lancastre est

partout où prévaut l'amour du bien et du vrai. En quelque lieu

que la science pénètre, en quelque lieu que parviennent leurs

innombrables écrits, partout où leurs discours ont éclairé les

intelligences et passionné les coeurs, c'est là qu'est la Ligue.

Partout où un infatigable travail est privé de sa juste

rémunération, partout où dans nos populeuses cités l'ouvrier n'a

qu'une insuffisante nourriture à distribuer à sa famille, partout

où, dans nos campagnes, le laboureur ne peut donner à sa femme et

à ses enfants des habits décents qui leur permettent la

fréquentation de l'église, c'est là qu'est la Ligue, pour relever

l'abattement par l'espérance et inspirer à l'affliction la

confiance en des jours meilleurs. Partout où, dans des contrées

lointaines, la fertilité du sol est frappée d'inertie, partout où

la terre est condamnée à une stérilité artificielle, parce que le

monopole s'interpose entre les libres et volontaires échanges des

hommes, c'est là qu'est la Ligue, promettant au moissonneur de

plus abondantes récoltes et au vigneron de plus riches vendanges.

Et partout aussi où se livrera cette grande lutte sur le terrain

électoral, partout où le génie du monopole opposera ses derniers

et convulsifs efforts au génie de la liberté, c'est là que la

Ligue plantera sa tente pour stimuler les forts et encourager les

faibles, saluer le candidat dévoué aux intérêts sociaux, et

montrer que ce pays a encore une longue carrière de gloire à

parcourir. (Applaudissements.) Et j'espère bien que le résultat

de cette élection sera de montrer au monde que partout où il y a

une représentation qui tient en mains les destinées d'un grand

empire, c'est là que sera aussi l'esprit de la Ligue pour

témoigner que la JUSTICE,--non point la justice abstraite, mais

la justice réelle envers toutes les classes, depuis la plus

élevée jusqu'à la plus infime,--que la justice, dis-je, est le

guide le plus sûr de la législation, comme elle est la source la

plus abondante de la prospérité nationale. (Applaudissements

prolongés.)

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 3 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 43 / 106 题