Nous croyons devoir donner ici un compte rendu succinct des travaux de
la Ligue en Écosse, du 8 au 18 janvier 1844.
Rien ne nous semble plus propre à donner une idée de la puissance de
l'association, de la vie politique qu'elle fait circuler dans le corps
social, et de son influence sur la diffusion des lumières. Comment ne
pas admirer l'activité prodigieuse, le dévouement infatigable des
Cobden, des Bright, des Thompson? Et quel est le but de tant
d'efforts? propager, vulgariser un grand principe.
Nous aurions pu choisir toute autre semaine de l'année: elle nous
aurait montré la même énergie. On devinera aisément pourquoi nous
avons préféré suivre la Ligue en Écosse.--Il existe en France un
préjugé contre les économistes anglais. On y est imbu de l'idée que
s'ils proclament le principe de la liberté commerciale, s'ils
paraissent même travailler à la réaliser dans la pratique, tout cela
n'est que ruse, hypocrisie, machiavélisme. On répète contre
l'agitation commerciale ce qu'on a dit contre l'agitation
abolitionniste. Ce sont des démonstrations, dit-on, qui cachent un but
secret et funeste aux intérêts des nations. Le caractère écossais est
beaucoup moins impopulaire, et c'est le motif pour lequel j'ai, de
préférence, rendu compte de l'agitation en Écosse. On sera peut-être
bien aise de voir comment sont accueillis les principes de la liberté
du commerce, sur cette terre loyale, parmi ce peuple éclairé, qui a le
premier entendu la grande voix d'Adam Smith.