La petite ville de Vevey reposait, silencieuse, dans son cadre de
montagnes, sous le rayonnement d’une blanche clarté de lune; les arbres,
immobiles, semblaient dormir comme les êtres vivants qu’ils
enveloppaient de leur ombre, comme dormaient les eaux paisibles du lac,
à peine palpitantes sous la caresse d’imperceptibles souffles.
Assis devant sa table à écrire, Robert Noris restait pensif, le regard
loin de la page blanche allongée sous ses yeux. Et pourtant, cette heure
de calme absolu devait lui être précieuse; aucun bruit de pas dans
l’hôtel, devenu tranquille comme un cloître, ni un son de voix, ni le
heurt d’une porte. D’ordinaire, il aimait à travailler ainsi, enveloppé
par cette paix silencieuse de la nuit; mais, ce soir, nuls caractères ne
venaient noircir la page immaculée.
--Je suis incapable aujourd’hui d’écrire quoi que ce soit, fit-il tout à
coup, jetant la plume au hasard, si bien qu’elle roula hors de la table
sur le tapis.
Il se mit à marcher dans la pièce, d’un pas nerveux; puis, brusquement,
il chercha dans un tiroir bien fermé une suite de feuillets,--les notes
écrites par lui depuis le jour où, deux mois plus tôt, il avait quitté
Paris. Et il se prit à lire: