II

La petite ville de Vevey reposait, silencieuse, dans son cadre de

montagnes, sous le rayonnement d’une blanche clarté de lune; les arbres,

immobiles, semblaient dormir comme les êtres vivants qu’ils

enveloppaient de leur ombre, comme dormaient les eaux paisibles du lac,

à peine palpitantes sous la caresse d’imperceptibles souffles.

Assis devant sa table à écrire, Robert Noris restait pensif, le regard

loin de la page blanche allongée sous ses yeux. Et pourtant, cette heure

de calme absolu devait lui être précieuse; aucun bruit de pas dans

l’hôtel, devenu tranquille comme un cloître, ni un son de voix, ni le

heurt d’une porte. D’ordinaire, il aimait à travailler ainsi, enveloppé

par cette paix silencieuse de la nuit; mais, ce soir, nuls caractères ne

venaient noircir la page immaculée.

--Je suis incapable aujourd’hui d’écrire quoi que ce soit, fit-il tout à

coup, jetant la plume au hasard, si bien qu’elle roula hors de la table

sur le tapis.

Il se mit à marcher dans la pièce, d’un pas nerveux; puis, brusquement,

il chercha dans un tiroir bien fermé une suite de feuillets,--les notes

écrites par lui depuis le jour où, deux mois plus tôt, il avait quitté

Paris. Et il se prit à lire:

Cœur de sceptique · 第 9 / 31 题