J’avais commencé d’écrire ces pages avec un sentiment d’amertume et
d’angoisse que je n’éprouve plus en terminant. L’illusion libérale n’est
pas seulement vaine au fond, elle a des conseils de faiblesse et de
mensonge qui révèlent sa misérable origine. Cette fausse fierté dont
elle s’enveloppe là où il faut obéir, ne déguise pas assez les
complaisances qu’elle prodigue là où il convient de résister. Elle ne
peut longtemps abuser des âmes faites pour la vraie grandeur. Chez les
catholiques, l’ardente droiture et l’élévation du cœur redressent les
travers de l’esprit. Si ce siècle semble nous promettre une longue
période de médiocres combats sans victoire apparente, des abaissements
de toute sorte; si nous devons être raillés, bafoués, expulsés de la vie
publique; s’il faut, dans ce martyre du mépris, subir le triomphe des
sots, la puissance des pervers et la gloire des faquins, Dieu de son
côté réserve à ses fidèles un rôle dont ils ne refuseront pas et ne
méconnaîtront pas la féconde et durable splendeur. Il leur donne à
porter sa vérité diminuée et réduite comme un flambeau d’autel qu’on
peut mettre aux mains d’un enfant, et il leur commande de braver tout
cet orage; car pourvu que leur foi ne faiblisse pas, la flamme vivante
non-seulement ne sera pas éteinte, mais ne vacillera même pas. Non, elle
ne sera pas éteinte et ne vacillera pas! La terre nous couvrira de ses
poussières, l’Océan nous crachera ses écumes, nous serons foulés aux
pieds des bêtes lâchées sur nous, et nous franchirons ce mauvais passage
de l’histoire humaine. La petite lueur placée dans nos mains déchirées
n’aura pas péri; elle rallumera le feu divin.