Il est trop évident que dans l’état présent du monde, le libéralisme
catholique n’a aucune valeur ni comme doctrine, ni comme moyen de
défense de la religion; qu’il est aussi incapable d’assurer l’Église
dans la paix que de lui procurer le moindre avancement et la moindre
gloire. Il n’a été qu’une illusion, il n’est qu’une obstination et une
attitude. On peut prédire son destin. Promptement abandonné des
intelligences généreuses, auxquelles il doit un certain éclat de
sentiment, il ira s’engouffrer dans l’hérésie générale. Puissent les
adeptes qu’il y entraînera ne pas se transformer alors en ardents
persécuteurs, suivant l’ordinaire inconséquence des faibles têtes
qu’envahit le faux esprit de conciliation! Certains esprits semblent
faits pour l’erreur comme certains tempéraments pour la maladie. Tout ce
qui passe d’insalubre s’accroche là: ils sont pris au premier vent et au
premier sophisme; ils sont le partage, le butin, la chose des puissances
de l’air, et l’on peut les définir comme l’antiquité définit l’esclave,
_non tam viles quam nulli_.
N’entreprenons pas tant de les convaincre, que de leur donner un exemple
qui les puisse préserver.
D’accord avec la foi, la raison nous crie de nous réunir et de nous
affermir dans l’obéissance. _A qui irons-nous?_ Libéraux et non
libéraux, saisis du trouble affreux de ce temps, nous ne savons tous
certainement qu’une chose: c’est que nul homme ne sait rien, excepté
l’homme avec qui Dieu est pour toujours, l’homme qui porte la pensée de
Dieu.
Il faut se serrer autour du Souverain-Pontife, suivre inébranlablement
ses directions inspirées, affirmer avec lui les vérités qui seules
sauveront et nos âmes et le monde. Il faut s’abstenir de toute
entreprise pour réduire sa parole à notre sens: «Quand le
Souverain-Pontife a proclamé une décision pastorale, nul n’a le droit
d’y ajouter ou d’en retrancher la moindre voyelle, _non addere, non
minuere_. Ce qu’il affirme, c’est le vrai pour toujours[23].»
[23] Mgr Berteaud, évêque de Tulle.
Toute autre pratique n’aboutira qu’à nous diviser davantage et qu’à nous
dissoudre. C’est là le malheur des malheurs. Les doctrines dites
libérales nous ont désagrégés. Avant leur invasion, trop favorisée,
hélas! par un mouvement de mauvaise humeur politique, si peu que nous
fussions, nous étions pourtant quelque chose; nous formions un bloc.
Réduisons ce bloc autant qu’on voudra: ce n’était si l’on veut qu’un
caillou: ce caillou du moins avait sa consistance et son poids. Le
libéralisme l’a délité et mis en poussière. S’il tient plus de place,
j’en doute; l’éparpillement n’est pas l’étendue. Dans tous les cas, cent
et mille boisseaux de poussière ne fourniront jamais de quoi charger une
fronde. N’aspirons aujourd’hui qu’à un résultat, ne travaillons qu’à
l’obtenir: jetons-nous dans l’obéissance; elle nous rendra la cohésion
de la pierre, et sur cette pierre, _hanc petram_, la vérité posera son
pied vainqueur.