Nos catholiques libéraux sentent le danger de la doctrine de 89; de là
ces distinctions par lesquelles ils s’efforcent d’en détourner la
conséquence pratique, et de composer un 89 particulier qui les fasse
suffisamment révolutionnaires, et qui les laisse pourtant catholiques.
Mais l’entreprise est de concilier le mal et le bien, elle dépasse donc
les forces humaines.
C’est pourquoi ils prononcent mal le _schibboleth_, et pourquoi la
Révolution ne leur ouvre pas. La Révolution est plus juste envers eux
qu’ils ne le sont eux-mêmes. Elle les flaire catholiques, elle leur fait
l’honneur de ne les pas croire lorsqu’ils la veulent convaincre qu’ils
le sont si peu que personne, hors de l’Église, n’en verra rien, et
qu’ils joueraient très-bien leur personnage d’athée dans cette forme
idéale de gouvernement sans culte et sans Dieu... Qui l’eût dit
pourtant, que M. Dupin levait le drapeau catholique de l’avenir, quand
il glorifiait son régime de 1830 d’être un gouvernement qui ne se
confessait pas!
Mais M. Dupin lui-même s’est confessé, et la Révolution, qui n’avait pas
confiance en lui, s’obstine à n’être pas confiante aux catholiques
libéraux. Elle sait quelles applications elle veut faire de son
principe, elle sait que les catholiques y résisteront jusqu’au dernier
souffle, qu’ils se désabuseront, se rétracteront, et qu’enfin ces
quasi-rebelles voudront donner leur sang pour affirmer ce qu’ils font
mine d’ébranler aujourd’hui.
Le prophète Quinet exclut de la société libérale quiconque ayant reçu
seulement le baptême ne l’aura pas formellement renié. Ce trait de
prévoyance est juste et profond; il montre que M. Quinet se fait une
certaine idée de la puissance du baptême et n’ignore pas
l’incompatibilité qui existe entre la société libérale et la société de
Jésus-Christ. La société libérale proscrira donc le baptême, et,
naturellement, elle prendra soin d’empêcher que quelque baptisé,
s’échappant des catacombes, ne vienne parler aux renégats, car aussitôt
les renégats mêmes cesseraient d’être sûrs. Dès lors, quelle espérance
peut rester aux catholiques libéraux? Ils diront qu’ils n’entendent pas
la liberté comme M. Quinet. Nous le savons bien, tout le monde le sait
bien; mais tout le monde leur criera que c’est comme M. Quinet qu’il
faut l’entendre.