XXXIV

Nos catholiques libéraux sentent le danger de la doctrine de 89; de là

ces distinctions par lesquelles ils s’efforcent d’en détourner la

conséquence pratique, et de composer un 89 particulier qui les fasse

suffisamment révolutionnaires, et qui les laisse pourtant catholiques.

Mais l’entreprise est de concilier le mal et le bien, elle dépasse donc

les forces humaines.

C’est pourquoi ils prononcent mal le _schibboleth_, et pourquoi la

Révolution ne leur ouvre pas. La Révolution est plus juste envers eux

qu’ils ne le sont eux-mêmes. Elle les flaire catholiques, elle leur fait

l’honneur de ne les pas croire lorsqu’ils la veulent convaincre qu’ils

le sont si peu que personne, hors de l’Église, n’en verra rien, et

qu’ils joueraient très-bien leur personnage d’athée dans cette forme

idéale de gouvernement sans culte et sans Dieu... Qui l’eût dit

pourtant, que M. Dupin levait le drapeau catholique de l’avenir, quand

il glorifiait son régime de 1830 d’être un gouvernement qui ne se

confessait pas!

Mais M. Dupin lui-même s’est confessé, et la Révolution, qui n’avait pas

confiance en lui, s’obstine à n’être pas confiante aux catholiques

libéraux. Elle sait quelles applications elle veut faire de son

principe, elle sait que les catholiques y résisteront jusqu’au dernier

souffle, qu’ils se désabuseront, se rétracteront, et qu’enfin ces

quasi-rebelles voudront donner leur sang pour affirmer ce qu’ils font

mine d’ébranler aujourd’hui.

Le prophète Quinet exclut de la société libérale quiconque ayant reçu

seulement le baptême ne l’aura pas formellement renié. Ce trait de

prévoyance est juste et profond; il montre que M. Quinet se fait une

certaine idée de la puissance du baptême et n’ignore pas

l’incompatibilité qui existe entre la société libérale et la société de

Jésus-Christ. La société libérale proscrira donc le baptême, et,

naturellement, elle prendra soin d’empêcher que quelque baptisé,

s’échappant des catacombes, ne vienne parler aux renégats, car aussitôt

les renégats mêmes cesseraient d’être sûrs. Dès lors, quelle espérance

peut rester aux catholiques libéraux? Ils diront qu’ils n’entendent pas

la liberté comme M. Quinet. Nous le savons bien, tout le monde le sait

bien; mais tout le monde leur criera que c’est comme M. Quinet qu’il

faut l’entendre.

L'illusion libérale · 第 34 / 47 题