XXV

Les docteurs du libéralisme catholique se flattent d’expliquer la

fameuse devise «l’Église libre dans l’État libre» en disant que par là

ils entendent «la liberté de l’Église fondée sur les libertés

publiques».

Ce n’est pas ainsi que l’entendaient nos ancêtres, remarque le

publiciste anglais que nous avons déjà cité. Et il reproduit ces paroles

du cardinal Wiseman, dans ses Conférences sur les concordats: «Nos pères

étaient si éloignés de redouter les libertés de l’Église qu’il leur

semblait en les développant faire faire autant de progrès aux libertés

civiles. A peine existe-t-il une charte qui ne base son système

d’affranchissement sur la liberté de l’Église et l’exercice illimité de

ses droits.» Faudra-t-il, ajoute M. Lucas, renverser l’ancien ordre de

choses, et au lieu de ces libertés publiques fondées sur l’organisation

chrétienne, chercher dans les libertés politiques la base de celles de

la religion... Cette proposition irait à asseoir l’immuable sur le

mouvant. Prenons garde aux conclusions que l’on peut tirer d’un langage

équivoque: il est périlleux d’habituer toute une génération à porter de

l’ambiguité dans les questions d’une importance vitale, et en vantant

outre mesure la droiture avec laquelle nos ennemis sauraient appliquer

des principes insoutenables, on prépare mal la jeunesse à combattre et à

supporter les persécutions futures.

C’est encore une ambiguité d’avancer que l’Église ne peut être libre

qu’au sein d’une liberté générale. Que veut-on faire entendre, si ce

n’est que la liberté de l’Église dépend de causes extrinsèques? Et

cependant la société chrétienne existant par la volonté divine, ayant

pour chef Jésus-Christ qui lui a assuré une durée impérissable, ne

pourrait qu’être libre par sa nature et son essence; et cette liberté se

communique à toute la société, sur laquelle elle agit comme le levain

dans la pâte et comme l’âme sur le corps.

Il est impossible de comprendre comment la société pourrait être

asservie là où l’Église est vraiment libre; tandis que la société la

plus affranchie en apparence, si elle souffre que l’Église soit liée, se

verra liée elle-même encore plus étroitement, et ne sera en réalité que

libertine, et non pas libre. La police permet beaucoup de choses que la

liberté interdirait, ou plutôt s’interdirait; mais ces licences que

donne la police ne sont point la liberté, ne seront jamais la liberté.

Dans une société qui restreint la liberté de l’Église, l’individu fera

peut-être ce qu’il voudra de son corps, et n’en voudra rien faire de

bon; son âme ne lui appartient pas, et bientôt son corps même ne lui

sera pas laissé.

Si l’Église ne peut être libre qu’au sein d’une liberté générale, c’est

dire qu’elle ne peut être libre qu’à la condition de voir s’élever

contre elle la liberté de la nier et de la détruire par toutes les

offenses et tous les moyens légaux qu’un tel ordre de choses mettra

nécessairement aux mains de ses ennemis. Et comme elle y doit non moins

nécessairement ajouter la renonciation à ses «priviléges», sans quoi il

n’y aurait plus de liberté générale, il en résultera qu’elle perdra

d’autant le pouvoir d’imposer aux hommes le frein intérieur par lequel

ils deviennent capables et se sentent dignes de la liberté. Dès lors,

par une conséquence fatale, le frein politique montera, et la société

verra vite arriver cette heure funeste où César, du consentement de la

«liberté générale», se déclare pontife et dieu: _Divus Cæsar, imperator

et summus pontifex._

Ainsi, par la «liberté générale» et par la «suppression du privilége»,

son corollaire obligé, le Christianisme prendrait dans le monde une

position encore inférieure à celle qu’il occupe aujourd’hui.

L'illusion libérale · 第 25 / 47 题