XXIII

Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde moderne: la

Révélation et la Révolution. Ces deux puissances se nient

réciproquement, voilà le fond des choses.

La lutte a donné naissance à trois partis:

1º Le parti de la Révélation, ou parti du Christianisme. Le parti

Catholique en est la tête si élevée au-dessus des ignorances et des

bassesses contemporaines, qu’elle semble n’avoir pas de corps; mais

cependant ce corps, souvent presque invisible, existe, et il est même le

plus réellement puissant qui soit sur la terre, parce que,

indépendamment du nombre, il est le seul qui possède véritablement cette

force incomparable et surhumaine qu’on appelle la Foi.

2º Le parti Révolutionnaire, dont les écoles dites libérales ne sont que

les masques indécis et la parole changeante et hypocrite.

3º Le Tiers-Parti, qui prétend tenir des deux autres et qui se croit de

force à les concilier. Le Tiers-Parti se nomme l’Éclectisme et il est la

Confusion, c’est-à-dire l’Impuissance.

Par cela même que le Tiers-Parti adopte la Révolution, il nie le

Christianisme, dont la Révolution est la contradiction absolue et la

négation formelle. Par cela même que le parti Catholique est

l’affirmation de la vérité chrétienne, il nie la Révolution qui est le

mensonge anti-chrétien, il nie le Libéralisme et l’Éclectisme, qui ne

sont, chez la plupart, que l’hypocrisie de ce mensonge, et chez un

certain nombre que le résultat de ses séductions. Le parti Catholique

les nie. Nous les nions comme nos pères ont nié l’idolâtrie, l’hérésie

et le schisme; nous les nions dussions-nous périr; et nous savons que si

nous périssons en ce combat nous ne serons pas vaincus.

C’est sous le drapeau du Tiers-Parti, dans la Confusion, dans

l’Impuissance que le Libéralisme catholique expose ses combinaisons

prétendues conciliatrices, partout mal accueillies, fréquemment

repoussées avec dérision. Les catholiques, qui ont leur conception

dogmatique et leur pratique historique de la liberté, ne veulent pas de

ses systèmes compliqués et louches à tant d’égards; les

révolutionnaires, les libéraux et les éclectiques, qui prétendent avoir

leur christianisme, le renvoient à _son_ église, dont il n’a pas secoué

le joug. Ils lui rappellent que son église ne l’avoue pas, que même elle

l’avertit de prendre garde. Ils lui signifient que son église n’est pas

la leur: dans leur église à eux, les chrétiens ne peuvent entrer que par

la porte de l’apostasie.

L'illusion libérale · 第 23 / 47 题