Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde moderne: la
Révélation et la Révolution. Ces deux puissances se nient
réciproquement, voilà le fond des choses.
La lutte a donné naissance à trois partis:
1º Le parti de la Révélation, ou parti du Christianisme. Le parti
Catholique en est la tête si élevée au-dessus des ignorances et des
bassesses contemporaines, qu’elle semble n’avoir pas de corps; mais
cependant ce corps, souvent presque invisible, existe, et il est même le
plus réellement puissant qui soit sur la terre, parce que,
indépendamment du nombre, il est le seul qui possède véritablement cette
force incomparable et surhumaine qu’on appelle la Foi.
2º Le parti Révolutionnaire, dont les écoles dites libérales ne sont que
les masques indécis et la parole changeante et hypocrite.
3º Le Tiers-Parti, qui prétend tenir des deux autres et qui se croit de
force à les concilier. Le Tiers-Parti se nomme l’Éclectisme et il est la
Confusion, c’est-à-dire l’Impuissance.
Par cela même que le Tiers-Parti adopte la Révolution, il nie le
Christianisme, dont la Révolution est la contradiction absolue et la
négation formelle. Par cela même que le parti Catholique est
l’affirmation de la vérité chrétienne, il nie la Révolution qui est le
mensonge anti-chrétien, il nie le Libéralisme et l’Éclectisme, qui ne
sont, chez la plupart, que l’hypocrisie de ce mensonge, et chez un
certain nombre que le résultat de ses séductions. Le parti Catholique
les nie. Nous les nions comme nos pères ont nié l’idolâtrie, l’hérésie
et le schisme; nous les nions dussions-nous périr; et nous savons que si
nous périssons en ce combat nous ne serons pas vaincus.
C’est sous le drapeau du Tiers-Parti, dans la Confusion, dans
l’Impuissance que le Libéralisme catholique expose ses combinaisons
prétendues conciliatrices, partout mal accueillies, fréquemment
repoussées avec dérision. Les catholiques, qui ont leur conception
dogmatique et leur pratique historique de la liberté, ne veulent pas de
ses systèmes compliqués et louches à tant d’égards; les
révolutionnaires, les libéraux et les éclectiques, qui prétendent avoir
leur christianisme, le renvoient à _son_ église, dont il n’a pas secoué
le joug. Ils lui rappellent que son église ne l’avoue pas, que même elle
l’avertit de prendre garde. Ils lui signifient que son église n’est pas
la leur: dans leur église à eux, les chrétiens ne peuvent entrer que par
la porte de l’apostasie.