Mais le dernier mot de l’Église militante ne sera pas une parole
d’apostasie. Je me représente le dernier chrétien en face du suprême
Antechrist, à la fin de ces jours terribles, quand l’insolence de
l’homme se sera stupidement réjouie d’avoir vu les étoiles tomber des
cieux. On l’amène lié, à travers les huées de cette boue de Caïn et de
Judas qui s’appellera encore l’espèce humaine.--Et ce sera l’espèce
humaine en effet; l’espèce humaine parvenue au comble de la science,
descendue au dernier degré de l’abjection. Les anges saluent l’astre qui
n’est pas tombé, l’Antechrist contemple le seul vivant qui refuse
d’adorer le mensonge et de dire que le Mal est le Bien. Il espère encore
le séduire; il demande à ce chrétien comment il veut être traité. Que
penserons-nous que le chrétien réponde, et que peut-il répondre, sinon
qu’on le traite en roi? Il est le dernier fidèle, il est le dernier
prêtre, c’est lui qui est le Roi. Il a tout l’héritage d’Abraham, tout
l’héritage du Christ. Dans ses mains enchaînées, il tient les clefs qui
ouvrent la vie éternelle; il peut donner le baptême, il peut donner le
pardon, il peut donner l’Eucharistie; l’autre ne peut donner que la
mort. Il est roi! Et je défie bien l’Antechrist avec toute sa puissance,
de ne pas le traiter en roi, puisqu’enfin le cachot lui est aussi un
empire et le gibet un trône.
A qui ferait aux catholiques la même question, les catholiques doivent
la même réponse. Le libéralisme moderne veut que les enfants de l’Église
lui donnent un sacre et il leur parle comme le roi sarrazin parlait à
Louis de France:--Si tu veux vivre, fais-moi chevalier.
Le saint captif lui répondit:--Fais-toi chrétien.