Le chrétien est prêtre, le chrétien est roi, et il est fait pour une
gloire plus haute. Dieu doit régner en nous, Dieu doit régner par nous
afin que nous méritions de régner avec Dieu. Voilà des règles de foi que
nous ne pouvons pas écarter de nos règlements de vie politiques. Notre
rang est sublime, notre dignité est divine; nous ne pouvons pas abdiquer
la destinée présente, nous n’en pouvons pas décliner les devoirs
très-augustes et très-pressants,--devoirs d’ordre particulier et d’ordre
public,--sans abdiquer du même coup la dignité future. Nous n’avons la
richesse, la force, la liberté, la vie, nous n’avons rien au monde pour
nous seulement: à tout don qui nous est fait incombe le devoir de
protéger dans leur âme et dans leur corps la multitude de nos frères
faibles et ignorants. Or, la grande protection due aux faibles est
d’établir des lois qui leur facilitent la connaissance de Dieu et la
communication de Dieu. Nous serons examinés et jugés là-dessus, et nul
chrétien ne peut croire qu’au jour où il lui sera demandé compte de ces
petits abandonnés avec mépris ou défendus sans constance et sans amour,
il se justifiera par la réponse de Caïn: _Num custos fratris mei sum
ego?_[8]
[8] _Gen._, IV, 3.