Quand nous disons ces choses, la libre pensée crie au théocrate, comme
elle crierait à l’assasin. Elle prend de feintes épouvantes qui nous
effrayent nous-mêmes beaucoup plus qu’elle n’est effrayée. Par ce moyen
elle exalte la prudence jusqu’au délire, jusqu’à la trahison de la
vérité; elle empêche la revendication et même l’expression la plus
légitime et la plus nécessaire du droit chrétien.
Assurément la prudence n’est que trop motivée. Quand les libres penseurs
affectent de trembler, ils s’estiment dispensés de raison et de justice,
et l’Église peut s’attendre à la persécution. Le catholique libéral ne
néglige pas de toucher cette corde sensible:--«Allez-vous prêcher la
théocratie? Voulez-vous nous faire lapider?» Cependant, parce que nos
adversaires sont irrémédiablement injustes, faut-il que nous devenions
absolument lâches, et la première condition de la liberté où ils nous
convient est-elle de ne plus voir, de ne plus savoir, de ne plus parler,
de ne plus penser? Bravons la fourberie des mots, et que les valets et
les servantes du prétoire où la libre pensée prétend juger le Christ, ne
nous fassent pas dire: «Je ne connais point cet homme!» Nous devons
obéissance à l’Église dans les limites qu’elle a elle-même posées, et
qui sont d’ailleurs assez larges pour que la révolte et l’orgueil n’y
manquent pas d’air. Si cette obéissance est la théocratie, ceux qui en
ont peur sincèrement n’ont pas assez peur d’autre chose. Dans la vie
publique comme dans la vie privée, il n’y a qu’un moyen d’échapper au
règne du diable, c’est de se soumettre au règne de Dieu. Nous avons
derrière nous, dans l’histoire, jusqu’aux portes du présent, et dans le
présent même, assez d’exemples de l’emploi que l’autocratie humaine sait
faire des deux glaives. Il ne faudrait pas chercher longtemps sur la
terre pour trouver le peuple qui gagnerait tout, et premièrement la vie,
si le Vicaire de Jésus-Christ, le Roi spirituel, pouvait dire au roi
temporel: Remets ton glaive au fourreau.