Que signifie l’argument de la liberté humaine, qui revient sans cesse
par mille chemins tortueux et couverts dans les thèses du catholicisme
libéral? L’homme a la faculté de faire le mal et de ne pas faire le
bien. Qui l’ignore et qui le conteste? Mais la folie est étrange de
conclure que Dieu, laissant à l’homme cette faculté, lui donne l’exemple
et le modèle de l’indifférence entre la vérité et l’erreur, entre le mal
et le bien. La moindre réflexion nous montre l’abondance des divins et
miséricordieux obstacles dont Dieu a entouré l’exercice mauvais du
pouvoir de choisir et de s’abstenir. Il nous ôte la ressource du néant
et ne nous donne à décider qu’entre deux éternités. S’abstenir c’est
avoir choisi. Voilà ce que l’on appelle avec tant d’emphase la liberté
humaine!
Ce misérable _quiproquo_ est la base sur laquelle toute la doctrine
libérale est édifiée. Non, il n’y a point de liberté humaine dans ce
sens périlleux; Dieu n’a point fait ce dangereux présent à des êtres
faillibles. Dieu seul est libre. Il nous a donné le libre arbitre, point
la liberté.
Ce que nous avons vraiment la liberté de faire, c’est ce que nous
pouvons faire impunément en présence de la justice parfaite. Eh bien,
pouvons-nous impunément ne point obéir à Dieu, ne le point servir, ne
point procurer autant qu’il est en nous que Dieu soit obéi et servi?
Pouvons-nous impunément ne point écouter l’Église?
Ce sont là les termes vrais de la question. Tout effort pour l’éluder,
de quelque applaudissement qu’il soit suivi, n’est que la vaine preuve
d’une vaine dextérité.
A l’occasion de l’Encyclique _Quanta cura_, l’on a vu multiplier ces
jeux frivoles. Diverses explications de l’Encyclique, plus ou moins
respectueuses dans les formes, la réduisaient au fond à peu de chose,
pour ne pas dire à rien. Cela fut très-goûté. Au bout d’une année, ce
sont ces explications qui paraissent peu de chose, qui ne sont rien.
Nous y avons lu que l’Encyclique ne contient absolument que la
condamnation nécessaire et légitime de la _liberté illimitée_.
L’Encyclique ne s’occupe pas de la liberté illimitée, qui est une folie
et une hérésie contre les gouvernements, dont les gouvernements savent
fort bien se défendre; elle avertit les catholiques du péril dans lequel
ils mettraient leurs frères et eux-mêmes, en préconisant, au mépris des
enseignements de l’Église, certaines affirmations téméraires qu’elle
qualifie en bloc la liberté de perdition, _libertatem perditionis_.
L’Encyclique en trace une esquisse, le _Syllabus_ en précise les trop
reconnaissables traits. Il est clair que les notes données aux délires
de l’indifférentisme, de l’incrédulité ou de l’hérésie caractérisée
regardent peu les fidèles. Mais si l’on veut scruter les erreurs
signalées comme contraires aux droits de l’Église, à son pouvoir, à
l’obéissance qui lui est due, on connaîtra la «liberté de perdition».
Et celle-là, les puissances séculières ne la combattent point comme la
démence de la liberté illimitée; mais au contraire elles la favorisent
et même elles l’imposent. Leur instinct ne les trompe pas! Tout ce qui
émancipe l’homme du pouvoir de Dieu le précipite sous les pouvoirs de ce
monde; la barrière qu’il franchit en bravant les défenses divines est
toujours la barrière de l’Éden.