CHAPITRE XLVI.

_Enfin le Sermon commence._

Epître de saint Paul aux Hébreux, chap. 13, vers. 18.

--_Car je suis persuadé d'avoir une bonne conscience..._

«Je suis persuadé?... je suis persuadé d'avoir une bonne conscience?...

S'il y a, en effet, quelque chose dans cette vie sur laquelle un homme

doive compter; s'il y a quelque chose à la connoissance de laquelle il

doive parvenir sur une évidence incontestable, c'est de savoir si sa

conscience est bonne ou non. Il ne lui faut qu'un peu de réflexion pour

connoître le véritable état de ce registre.--Ses pensées, ses désirs

doivent se retracer facilement à la mémoire; il doit se souvenir

aisément de tout ce qu'il a fait.--Les vrais motifs de toutes les

actions de sa vie ne peuvent échapper à la moindre de ses recherches.

»On peut se laisser tromper par les apparences sur d'autres sujets.--A

peine, selon la plainte du sage, pouvons-nous deviner les choses qui

sont sur la terre, et celles qui frappent le plus nos yeux. Mais ici,

quelle différence! L'esprit a tous les faits, toute l'évidence en

lui-même.--La toile qu'il a ourdie est sous sa perception; il en connoît

la texture, la finesse; il sait pour combien chaque passion est entrée

dans ce tissu, en opérant sur les plans divers que le vice ou la vertu

lui a présentés».

Le style en est bon, dit mon père, et Trim lit à merveille.

«Mais si la conscience n'est autre chose que cette faculté qu'a l'esprit

de pouvoir applaudir ou blâmer, et de porter ensuite son approbation ou

sa censure sur les actions successives de notre vie... Je conçois ce que

vous allez m'opposer; vous allez dire qu'il est évident, par les termes

mêmes de la proposition, que si ce témoignage intérieur est contraire à

l'homme, qui ne doit pas naturellement s'accuser lui-même, il s'ensuit

nécessairement que l'homme est coupable,--ou, au contraire, que si ce

rapport intérieur lui est favorable, et que son cœur ne le condamne

point, ce n'est plus alors une matière de confiance, comme l'apôtre

semble l'insinuer, mais que c'est une matière de certitude et de fait,

que la conscience est bonne, et que l'homme, par conséquent, doit être

également bon.»

--Eh bien! je le disois. Nous y voilà, dit le docteur Slop; le

prédicateur a raison, c'est l'apôtre qui a tort.--

Un moment de patience, reprit mon père, et vous verrez bientôt que

Saint-Paul et le prédicateur sont d'accord.--

A-peu-près comme le loup et l'agneau, répliqua le docteur Slop. Mais je

m'y attendois; voilà ce que produit la licence de la presse!--

Au pis-aller, dit à son tour mon oncle Tobie, c'est la licence de la

chaire.--Le sermon est manuscrit, et ne paroît pas avoir jamais été

imprimé.

Oeuvres complètes, tome 1 · 第 88 / 116 题