_Enfin le Sermon commence._
Epître de saint Paul aux Hébreux, chap. 13, vers. 18.
--_Car je suis persuadé d'avoir une bonne conscience..._
«Je suis persuadé?... je suis persuadé d'avoir une bonne conscience?...
S'il y a, en effet, quelque chose dans cette vie sur laquelle un homme
doive compter; s'il y a quelque chose à la connoissance de laquelle il
doive parvenir sur une évidence incontestable, c'est de savoir si sa
conscience est bonne ou non. Il ne lui faut qu'un peu de réflexion pour
connoître le véritable état de ce registre.--Ses pensées, ses désirs
doivent se retracer facilement à la mémoire; il doit se souvenir
aisément de tout ce qu'il a fait.--Les vrais motifs de toutes les
actions de sa vie ne peuvent échapper à la moindre de ses recherches.
»On peut se laisser tromper par les apparences sur d'autres sujets.--A
peine, selon la plainte du sage, pouvons-nous deviner les choses qui
sont sur la terre, et celles qui frappent le plus nos yeux. Mais ici,
quelle différence! L'esprit a tous les faits, toute l'évidence en
lui-même.--La toile qu'il a ourdie est sous sa perception; il en connoît
la texture, la finesse; il sait pour combien chaque passion est entrée
dans ce tissu, en opérant sur les plans divers que le vice ou la vertu
lui a présentés».
Le style en est bon, dit mon père, et Trim lit à merveille.
«Mais si la conscience n'est autre chose que cette faculté qu'a l'esprit
de pouvoir applaudir ou blâmer, et de porter ensuite son approbation ou
sa censure sur les actions successives de notre vie... Je conçois ce que
vous allez m'opposer; vous allez dire qu'il est évident, par les termes
mêmes de la proposition, que si ce témoignage intérieur est contraire à
l'homme, qui ne doit pas naturellement s'accuser lui-même, il s'ensuit
nécessairement que l'homme est coupable,--ou, au contraire, que si ce
rapport intérieur lui est favorable, et que son cœur ne le condamne
point, ce n'est plus alors une matière de confiance, comme l'apôtre
semble l'insinuer, mais que c'est une matière de certitude et de fait,
que la conscience est bonne, et que l'homme, par conséquent, doit être
également bon.»
--Eh bien! je le disois. Nous y voilà, dit le docteur Slop; le
prédicateur a raison, c'est l'apôtre qui a tort.--
Un moment de patience, reprit mon père, et vous verrez bientôt que
Saint-Paul et le prédicateur sont d'accord.--
A-peu-près comme le loup et l'agneau, répliqua le docteur Slop. Mais je
m'y attendois; voilà ce que produit la licence de la presse!--
Au pis-aller, dit à son tour mon oncle Tobie, c'est la licence de la
chaire.--Le sermon est manuscrit, et ne paroît pas avoir jamais été
imprimé.