_Conseil._
J'y songe... Il m'est échappé deux ou trois mots dans le chapitre
précédent.--S'ils alloient causer quelque méprise!--Si mes charmantes
lectrices alloient s'imaginer que je suis marié!--Jenny, ma chère
Jenny!... Il ne faudroit que cette expression pour le leur faire
croire!--Elle est si tendre! Et puis, ces indices de connoissances
conjugales, répandues çà et là, pourroient encore fortifier cette
idée.--De grâce, madame, soyez aussi équitable envers vous qu'envers
moi, et suspendez votre jugement jusqu'à ce que vous ayiez des preuves
plus claires que celles-ci contre moi.--N'allez pas soupçonner cependant
que je sois assez vain, assez peu raisonnable, pour vouloir vous faire
penser que ma Jenny, ma chère Jenny soit ma maîtresse.--Non,--ce seroit
tomber dans un autre extrême.--Ce seroit donner à mon caractère un air
de licence, qui... et en vérité, il n'y a aucun droit, aucune
prétention... C'est l'affiche de tant d'autres!--La seule chose que je
veuille vous dire à ce sujet, c'est que cette expression cache un secret
impénétrable à l'esprit le plus subtil.--L'Œdipe le plus versé dans
l'art de deviner des énigmes, et de combiner les logogryphes, y
blanchiroit.--Mais il viendra un moment où ce mystère se
développera.--Lisez seulement, madame, quelques volumes de ma vie, et
vous serez initiée.--Il est possible que ma chère Jenny soit ma
fille.--Considérez!... Je suis né en 1718.--On peut aussi supposer que
ma Jenny est mon amie?... Mon amie?... Assurément, madame: qu'y a-t-il
donc en cela de si extraordinaire? L'amitié la plus tendre ne peut-elle
pas régner entre les personnes des deux sexes, sans?... Ah! fi! M.
Shandy.--Mais attendez donc, madame.--Vous pensez ce que je ne veux
point dire.--Lisez, lisez ce que disent sur ce point les meilleurs
romans françois.--Vous serez surprise d'y voir avec quelle variété
d'expressions décentes ce sentiment divin est exprimé. _Prenez-y garde!
Le cas est intéressant._