Je préférois jadis les épîtres de Pline et la morale de Sénèque à tous
les ouvrages de Cicéron, à cause de leurs pointes répétées et de la
tournure piquante de leur esprit. Je me rappelle que je trouvois Horace
et Catulle plats et insipides: c'étoit quand j'admirois Martial et
Cowley.
Les mets simples sont plus sains, sans doute, que les ragoûts composés;
mais, quand on a dépravé son appétit avec les seconds, il est difficile
d'en revenir aux premiers. Cette comparaison est juste en littérature.
Le brillant de l'imagination et le drame des paroles peuvent fixer
quelquefois la morale dans l'esprit; mais plus souvent ils rodent autour
de la tête, et ne pénètrent pas dans le cœur.
Cette opposition de mots, ces phrases à prétention remplissent les
places vides de la mémoire, d'apophtegmes, qui luisent dans les écrits
du jour et les cercles à la mode; mais elles manquent de cette splendeur
du vrai savoir, de cette raison, de ce sens exquis, qui font le charme
de la morale.
Les acquisitions que nous faisons en ce genre sont les vrais enfans de
notre sang, tandis que celles que nous fournit notre spirituelle
mémoire, sont reçues aussi froidement dans notre cœur que des enfans
d'adoption.
Ne voilà-t-il pas que je moralise moi-même, du style que je censure!
Quand on condamne une faute, il faut se hâter d'en donner un exemple, et
l'on peut m'appliquer ce qui est dit de Jérémie dans l'_Amour pour
Amour_, (comédie anglaise) _Il a déclamé contre l'esprit avec tout
l'esprit qu'il a pu montrer_.
Eh bien! je suis résolu, messieurs, d'en avoir toujours. La résolution
est une forte chose; elle a rendu plus d'un poltron brave, et quelques
femmes chastes. Le même miracle ne pourra-t-il jamais donner de l'esprit
à un curé!